Jean Jouzel : « 2 degrés est un objectif politique »

2 degrés, ce simple chiffre est au centre de toutes les discussions actuelles sur le climat et de celles à venir lors du sommet de Paris e, 2015.  Climatologue et vice-président du groupe scientifique du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), Jean Jouzel explique l’origine de l’objectif de limitation du changement climatique à deux degrés Celsius d’augmentation des températures moyennes du globe.

Comment est né l’objectif de stabilisation du climat à 2 degrés ?

Stabiliser le climat à 2 degrés Celsius d’augmentation des température est avant tout une décision politique prise par la Convention climat des Nations-Unies (UNFCCC ou CCNUCC en français). Elle se fonde sur les travaux scientifiques du Giec qui présentent différents scénarios d’évolution du climat d’ici à la fin du siècle. L’UNFCC organise les sommets sur le climat dont celui de Paris en 2015 et tente de fixer des objectifs de stabilisation du climat et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le chiffre de 2 degrés y est évoqué depuis 2003. L’objectif a d’abord été proposé par l’Union européenne puis il a été discuté lors de la conférence de Bali en 2007 avant d’être mentionné dans l’accord de Copenhague en 2009 et adopté à Cancun en 2010. C’est donc un objectif politique au sens noble du terme.

Pourquoi avoir choisi un objectif en degré Celsius ?

C’est un symbole fort et facile à comprendre pour tout le monde tant le lien entre le climat et les températures se montre direct. C’est une mesure plus compréhensible par le public et les décideurs que les PPM (particules par millions) de gaz à effet de serre qui sont employées pour mesurer la proportion de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. De plus, scientifiquement ce seuil nous permet encore de préparer notre adaptation aux nouvelles conditions climatiques.

Et scientifiquement ?

Avec une telle hausse limitée des températures, on espère possible de s’adapter au réchauffement climatique. Si la hausse atteint les 4 degrés d’ici à la fin du siècle alors le réchauffement sera lourd de conséquences et tous les voyants seront au rouge. Avec 2 degrés, certes les océans feront face à une acidification accrue qui affectera la majorité des coraux et la montée du niveau des mers atteindra 40 à 50 centimètres par endroit, mais cela se fera progressivement, nous laissant du temps pour nous adapter.

Comment les scientifiques se sont justement approprié cet objectif ?

Le chiffre a fait l’aller-retour entre les politiques et les scientifiques. Le Giec évoquait déjà cet objectif dans son 4e rapport en 2007, mais c’est vraiment à partir du 5e rapport sorti en 2013 et 2014 que les chercheurs l’étudient, proposent des solutions pour parvenir à stabiliser l’effet de serre.

Enfin, où en sommes-nous de cet objectif de 2 degrés de hausse ?

Depuis le début de l’ère industrielle, les températures moyennes ont augmenté de 0,6 degré Celsius. Il nous reste donc 1,5 degré si on regarde les températures. Mais si on regarde les quantités de gaz à effet de serre émises, il nous reste de 25 à 30 années d’émissions de gaz carbonique au niveau actuel (le plus haut jamais enregistré dans l’histoire humaine). Nous avons déjà émis les 2/3 de notre capital en gaz à effet de serre pour stabiliser le climat à 2 degrés de hausse. Et ce n’est pas un objectif aisé parce que les réserves d’énergies fossiles pas encore exploitées contiennent 5 000 milliards de tonnes de CO2 ; or, pour rester sous la barre des 2 degrés, il ne faut pas en consommer et en rejeter plus que 1 000 milliards de tonnes. C’est un vrai défi que de se limiter, cela implique de changer nos modèles de développement, et c’est tout l’enjeu des négociations sur le climat.

Propos recueillis par Julien Leprovost

6 commentaires

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  • […] Deux degrés, chiffre au centre de toutes les discussions actuelles et futures sur le climat. Jean Jouzel du Giec explique les enjeux derrière deux degrés.  […]

    • Jipebe29

    Dans cette affaire, tout est politique: les statuts du GIEC, le résumé pour les décideurs (SPM), qui n’a aucune valeur scientifique, et le résumé de l’AR5, qui est obligé de s’aligner sur le SPM, donc qui n’a aucune valeur scientifique.

    Par contre, ce qui est non-politique, c’est le fait que la TMAG (température moyenne annuelle globale) soit stable depuis 18 ans, quoique, sur cette période, nous ayons émis 40% de toutes nos émissions depuis le début de l’ère industrielle, et le fait que les projections des modèles numériques divergent de plus en plus des observations.

    Mais en climatologie mainstream, « politisée », on ne remet jamais en cause un modèle qui se plante lamentablement, et on continue à nous bassiner avec des prévisions climatiques aussi cataclysmiques qu’infondées….et le cataclysmique est fonction inverse de la crédibilité des thèses du GIEC….

    • DUCLOS Jean

    Ce qui est étonnant c’est qu’on fixe une température à ne pas dépasser: 2 deg. et qu’on prétend en déduire précisément la quantité de CO2 à laquelle elle correspond alors que GIEC lui-même dit que l’efficacité climatique du CO2, déterminée par les modèles, est très incertaine et comprise entre 1,5 et 4,5 deg. soit un facteur 3 d’incertitude ???

    • Houessou

    Salut,
    Pour moi, Jean Jouzel est une référence en climatologie qu’on ne présente plus: la qualité scientifique de ses publications en dit long. En tant que Géographe-Climatologue, je rêve de rencontrer le Professeur Jouzel pour un échange d’intérêt scientifique. Mais où et quand ? Le temps et l’espace décideront du reste.
    Sentiments déférents,
    Dr. Satognon Florent Houessou (Bénin, Université d’Abomey-Calavi)

  • […] [1] A ceux qui se poseraient la question de pourquoi 2°C et pas 1 ou 3, cette décision a été prise par la CCNUCC (Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques)et fait suite aux travaux du Giec qui estime qu’un réchauffement supérieur à 2°C risque de déclencher un emballement climatique qui ne pourrait être maîtrisé à court terme même en stoppant totalement nos émissions de gaz à effet de serre. (Sources : 1 et 2) […]

    • LUCE

    Ne pas dépasser 2°C de réchauffement moyen, c’est un peu comme le 3% de déficit…Un peu arbitraire…?

Sous l’effet du réchauffement climatique, du méthane emprisonné dans les glaces arctiques libéré

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