Exploiter les gaz de houille en Lorraine

L’exploitation des gaz non-conventionnels fait débat en France. Julien Moulin est le président d’EGL (European Gas Limited) dont il a pris la tête en 2009. Cette entreprise explore les réserves françaises en gaz de houille en Lorraine. Il nous livre son point de vue sur ce sujet très controversé : les gaz de houille en France et leur potentiel au niveau local.

Gaz de houille, gaz de mine, gaz de schiste, le néophyte s’y perd un peu. Quelle est la différence ?

Ce n’est pas leur composition qui les différencie –  il s’agit dans les trois cas principalement de méthane – mais les techniques employées pour les extraire : ce sont des gaz non-conventionnels. Le gaz de houille est un gaz présent dans les veines de charbon. Le gaz de mine, quant à lui, c’est ce même gaz lorsqu’il se libère de la roche et se répand dans les mines ; il se mélange avec l’oxygène dans l’air des galeries. C’est lui qui peut créer des coups de grisou. Gaz de houille et gaz de mine peuvent être exploités sans fracturation hydraulique, à la différence du gaz de schiste qui se trouve dans d’autres types de gisements.

Ce gaz est-il exploité ?

Jusqu’à la liquidation des charbonnages de France en 2007, le gaz de mine a été exploité. Gazonor, qui faisait anciennement partie d’EGL, exploite ce gaz de mine dans le Nord-Pas-de-Calais. Il le revend à un tarif préférentiel au nom de l’intérêt général. Nous, à EGL, nous travaillons sur le gaz de houille, et sur une autre zone : la Lorraine.

Où en êtes vous ?

Nous disposons des anciennes données géologiques de Charbonnages de France sur les réserves de gaz présentes dans les veines de charbon. Nous effectuons des forages tests pour vérifier ces données et les faire certifier par l’IFP. A partir des puits existants, notre travail consistera alors à optimiser l’architecture des forages et des puits. Encore une fois, j’insiste, sans utiliser de fracturation hydraulique. Nous voulons limiter les forages et la place qu’ils prennent en surface, nous sommes dans des régions habitées. Nous espérons entrer en production vers 2015.

Vous faites du gaz de houille, pourquoi ?

Avec le gaz de houille, nous avons la possibilité de transformer ce qui auparavant était une source de malheur, le grisou, en une énergie porteuse de développement économique. Et ainsi d’aider des zones sinistrées. Le potentiel est là, les forages existent déjà et cela nous permet de limiter notre impact à la surface : pas besoin de creuser des centaines de puits, il suffit de réutiliser les infrastructures déjà existantes. L’idée est de faire un usage local de ce gaz afin de développer l’économie et non pas de faire partir ce gaz sur des marchés éloignés. Il faut réinventer un projet industriel. Et en plus, on est au milieu d’infrastructures (de canalisations) qui existent déjà.

Quels sont les volumes ?

Je vais vous donner les chiffre certifiés par l’IFP, c’est-à-dire ceux des volumes réellement commercialisables. En Lorraine, nous avons entre 5 et 10 ans de consommation française de gaz. Notre objectif est de parvenir à sortir 8 % de la consommation française à partir de 2017. C’est un peu plus qu’à Lacq [le grand gisement de gaz du sud-ouest français qui a été exploité pendant 60 ans et vient de fermer].

Quel peut-être l’impact économique de l’exploitation de ces réserves ?

Contrairement à ce qui a été dit par certains lobbyistes des gaz de schiste, notre exploitation du gaz de houille ne va pas changer les prix du gaz, en tout cas au niveau national. Nous devrions toutefois être capables de fournir localement du gaz un peu moins cher. D’abord pour faire du remplacement. Et ensuite, on peut envisager de faire de la pile à combustible en transformant le méthane en hydrogène ou encore de la cogénération. L’avantage du gaz de houille réside dans sa bonne qualité, il contient 96 % de méthane. En raison de sa propreté, il ne nécessite pas de traitements majeurs.

Rencontrez-vous des obstacles dans vos projets au niveau local  ?

Nous faisons face à de nombreuses incertitudes réglementaires et à un ballet des ministres de tutelle, à l’environnement, à l’économie, au redressement productif, etc. Ils sont en concurrence sur leurs prérogatives et ils changent souvent. A chaque fois, il faut tout réexpliquer et le cadre législatif fluctuant ne facilite pas les investissements.

Au niveau local, il existe une certaine opposition, mais je pense que c’est avant tout une question de perception, en raison de la confusion qui existe entre gaz de schiste et gaz de houille. Certains jouent sur les peurs de la population. Dans les réunions publiques, il est parfois difficile de discuter et une partie de la population n’a pas plus confiance ni dans les politiques, ni dans les industriels, ni dans les services de l’Etat ni dans les scientifiques.

Que faire pour surmonter ces oppositions ?

Il faut être respectueux des populations locales et des riverains. Essayer de les faire participer, de les faire bénéficier du projet. Nous avons fait appel  à des investisseurs locaux. Nous sommes aussi des producteurs d’eau, car le charbon est humide. Nous l’avons donnée aux agriculteurs, aux entreprises de construction ou encore à la centrale d’épuration. Plutôt que de la reverser dans la rivière comme les services de l’Etat nous y autorisaient. Enfin, je pense que le gouvernement devrait faire en sorte que les riverains bénéficient plus des forages, car s’ils n’ont que les désagrément comme une tour de 10 mètres qui gâcherait leur paysage et le passage des camions – qui sont peut être utilisés pour les gaz de schistes mais que nous n’utilisons pas -, ils ne seront jamais d’accord.

6 commentaires

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    • therese DELFEL

    M. Julien Moulin s’adressant à la presse, qui relaie docilement ses « opinions » , com’ gratuite et doucereuse, voilà où nous en sommes maintenant ? Je suggère que chacun vérifie ses chiffres et fasse son travail, à commencer par les journalistes ! Les « réunions publiques » dont parle ce monsieur, sont au nombre de … UNE, tenue il y a quelques jours alors que le forage de Tritteling a commencé il y a maintenant 14 mois et que EGL détient les autorisations sur les 6 forages suivants, obtenus 8 JOURS AVANT L’OBLIGATION D’ENQUÊTE PUBLIQUE !! Il Y A OPPOSITION, M. Moulin a raison de le mentionner, qui contrera cette entreprise de désinformation brutale. Ces hydrocarbures extrêmes, gaz de couche/houille (le gaz de mine, même méthane, n’intéresse plus, les anciennes galeries de mines dans lesquelles il s’était accumulé, se vident, naturellement), c’est celui qu’il faut aller forer à 1,5 km de profondeur qui est visé, là où l’eau remontée, distribuée à des agriculteurs crédules, est « fossile » = contaminée par arsenic, chrome, bore, lithium, strontium, baryum, voire radium, = potentiellement radioactives !! La « tour », est un derrick de 35 mètres de haut selon dossier déposé en mairie de Tritteling, consultable depuis les fermetures du secrétariat de mairie lors de l’information première, soit depuis fin juillet 2012.et que M. Moulin DEVRAIT LIRE ! Quant aux réserves P1, « prouvées par estimations », elles se montent SELON EGL, à 28 milliards de m », soit 70% de la consommation d’UNE SEULE et UNIQUE ANNEE pour la France !! Que Goodplanet participe à cette désinformation orchestrée par une société qui ne publie pas ses résultats comptables en France parce que enregistrée en Angleterre et composée essentiellement d’actionnaires/ sociétés INDIVIDUELLES domiciliées OFFSHORE, voilà qui défonce le baril !! Plus que jamais, je me pose la question : suis-je au 21e siècle ou dans un âge plus fossile que jamais ? Suis-je en France, état de droit évolué, ou dans la république de la com’ pour gogos ?

    • therese DELFEL

    Où est le commentaire que je viens de poster, parfaitement correct, mais pas assez servile à votre goût ? A quoi Goodplanet joue-t-il en relayant ce genre de message intox ? Où est votre éthique de journalistes ?

  • […] L'exploitation des gaz non-conventionnels fait débat en France. Julien Moulin est le président d’EGL (European Gas Limited) dont il a pris la tête en 2009. Cette entreprise explore les réserves françaises en gaz de houille en Lorraine.  […]

  • […] L'exploitation des gaz non-conventionnels fait débat en France. Julien Moulin est le président d’EGL (European Gas Limited) dont il a pris la tête en 2009. Cette entreprise explore les réserves françaises en gaz de houille en Lorraine. Il nous livre son point de vue sur les gaz de houille en France et leur potentiel au niveau local. …  […]

    • Robert Cordier

    Bravo Thérèse ! ça c’est envoyé !
    GOODPLANET c’est tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ? ou plutôt GOgOs_PLANET ? En tous cas, le marketing du sieur Moulin a encore bien fonctionné et fait de nouvelles victimes. Et oui, c’est ch… l’INFO, il faut tout le temps se méfier, il faut tout le temps s’informer pour pas se faire avoir par la poudre aux yeux et les gens « apparemment » bien intentionnés. Et là je suis particulièrement bien disposé car j’ai volontairement écarté la possibilité d’une Publi-Info… Allez, bonne journée à touTEs et surtout à Mr Moulin : n’oubliez pas, les Collectifs veillent !
    Robert

    • Ju

    Une interview ne met, par définition, pas les enjeux en balance, mais c’est vrai qu’il est étrange de lire un article goodplanet sans même voir une question telle que « Quelle place pour le gaz de houille dans la transition énergétique?/Quelle bilan carbone pour le gaz de houille en Lorraine? ». Je conseille de jeter un coup d’œil à cette article très claire : http://www.terraeco.net/Gaz-made-in-France-sans,51858.html

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