Quand l’agriculture est porteuse d’espoir en Cisjordanie

En 2004, Abufarha crée la Palestine Faire Trade Association (PFTA), un réseau de 13 coopératives. La même année, il fonde Canaan Fair Trade pour assurer des marchés et des conditions commerciales équitables aux producteurs. La PFTA aide les petits agriculteurs palestiniens à s’organiser pour assurer une production relevant du commerce équitable grâce à la création de coopératives, et pour que leurs produits soient certifiés biologiques. Contrairement aux entreprises israéliennes, qui attendent qu’il y ait un surplus sur le marché pour faire baisser les prix, Canaan achète les produits pendant la saison des récoltes à un prix fixe et pour un volume important afin de toucher l’ensemble du marché. Ainsi, les agriculteurs ne se retrouvent pas « coincés » à devoir attendre que chaque culture finance la suivante. Et, en quatre ans, le prix de l’huile est passé de 2 dollars US à 5,50 dollars US le kilo grâce aux efforts de Canaan.

Nasser Abufarha explique : « Les petits producteurs ne peuvent pas garantir de telles conditions à moins d’être regroupés dans un réseau de coopératives. C’est ça ou ils n’ont pas accès aux marchés. Nous avons donc groupé leurs produits et nous les avons aidés à obtenir une certification commerce équitable et agriculture biologique, ce qui a donné une plus-value environnementale et sociale à leur production. Et tandis que l’occupation israélienne vise à accroître la dépendance des Palestiniens, les méthodes biologiques qui font appel aux ressources naturelles les ont au contraire aidés à s’émanciper sur le plan économique grâce aux principes du commerce équitable. »

En 2009, les ventes d’huile d’olive aux États-Unis et en Europe approchaient les 4 millions de dollars. Canaan Fair Trade a conclu des partenariats avec la société Dr. Bronner’s Magic Soap, avec l’Américain Whole Foods, le Britannique Sainsbury’s et plusieurs épiceries fines aux États-Unis et en Europe. Tous les produits, parmi lesquels l’huile d’olive, les tomates séchées et le maftoul, un couscous typique de la région, sont certifiés biologiques. Canaan se lance aujourd’hui dans le renforcement de ses capacités en créant un programme de recherche et d’extension en matière d’agriculture biologique.

L’objectif est de propager les méthodes de culture biologiques à travers le monde et de faire des recherches sur des techniques locales, durables et traditionnelles qui puissent être enseignées aux agriculteurs afin qu’ils augmentent leur rendement.

Mais les difficultés liées au conflit israélo-palestinien n’ont pas pour autant disparu, un conflit qui, comme le note Nasser Abufarha, se traduit par les sommes que Canaan doit verser pour acheminer les produits via des itinéraires parallèles et par les procédures auxquelles il faut se plier pour franchir les points de contrôle. Quant aux agriculteurs, nombreux sont ceux qui perdent des terres ou qui ont un accès limité à leur exploitation et à l’eau à cause de la présence israélienne. « On leur refuse quasiment tout accès à l’eau pour irriguer », déclare Nasser Abufarha, ce qui a provoqué un certain nombre d’affrontements entre les forces israéliennes et les agriculteurs palestiniens. Ceux-ci sont obligés de se cacher pour creuser la terre et trouver de l’eau, car Israël ne leur accorde aucun permis pour le faire. À cette situation politique se sont ajoutées plusieurs sécheresses l’an dernier, si bien que la production n’a atteint que 20 % de son niveau normal. « Les investissements sont très limités dans la région du fait du conflit, c’est pourquoi des associations comme Canaan sont absolument vitales pour la Cisjordanie. »

Aujourd’hui, la Palestine Fair Trade Association compte 1200 membres, 49 coopératives et 20 propriétaires de pressoirs à olives qui peuvent prendre part au programme de Canaan et assurer ainsi des prix décents aux petits producteurs afin que « plus personne ne puisse acheter d’huile d’olive à des conditions abusives ». Et ce programme continue à porter ses fruits. Il s’est auto-entretenu pendant ses six premières années d’existence et il vient de recevoir deux nouvelles subventions de la part du Centre belge du commerce pour le développement et de l’agence gouvernementale néerlandaise EVD afin de développer un système de contrôle qualité ISO 22000. Canaan a également lancé l’opération « Trees for Life » dont le but est de planter des arbres et de faire redémarrer des exploitations dans des zones ravagées par le conflit israélo-palestinien. En outre, un programme de micro-prêt destiné aux femmes palestiniennes a reçu le soutien d’associations à but non lucratif en France et aux États-Unis, ainsi que celui de nombreux donateurs, et il existe désormais un programme conçu pour verser 10 bourses universitaires à des enfants d’agriculteurs. Ce dernier programme fait partie d’un projet d’animation que Canaan espère lancer dans plusieurs communautés.

Réfléchissant au recul que lui a apporté toute cette expérience et à l’avenir du développement durable au niveau mondial, Nasser Abufarha conclut : « Nous sommes parvenus à apporter le développement économique et social dans les Territoires palestiniens de façon positive grâce à nos méthodes de production innovantes. Les Palestiniens font partie d’un mouvement international pour la durabilité et peuvent désormais faire entendre leur voix. Il faut regarder la durabilité à la fois sous l’angle environnemental et sous l’angle social. Nous devons apporter la même attention à la santé de l’environnement, à cette terre qui produit les aliments qui nous permettent de vivre et qui doit se régénérer, qu’à la santé des communautés dans lesquelles vivent nos producteurs. Elles doivent elles aussi être en mesure de se régénérer. »

2 commentaires

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    • albert heijn

    il en faudrait plus des gens comme !a
    bonne initiative, il faudrait vraiment plus de personnes comme ça pour faire changer les choses

    • Charles Sutherland

    GMO farming: « The Poison Planters »
    I thought you and your members would be interested in this new book, « The Poison Planters », which discusses some of the dangers of GMO crops and rBGH milk.

    It is written as a novel in order to reach a wider audience. It is on http://www.amazon.com, or http://www.thepoisonplanters.com.

    Thanks for what you are doing, and for your support.

    Charles Sutherland

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