Energies fossiles : les réserves s’épuisent, pas la polémique

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 5 minutes  

Champs pétrolifères Qatar pétrole énergies fossiles
Les énergies fossiles sont les énergies tirées du pétrole, du gaz naturel et du charbon. Leur exploitation a accompagné le développement du monde industriel. L’épuisement annoncé des réserves, l’augmentation importante du prix du baril – il dépasse largement 100 dollars depuis le début de 2008 – et leur implication dans le réchauffement suscitent de nombreux débats.

La consommation de pétrole est de 83,6 millions de barils de pétrole par jour (mb/j), en augmentation de 25% depuis 1990, dont 20,8 mb/jour pour les États-Unis, 6,7 mb/j pour la Chine et 2 mb/j pour la France. Selon les Nations Unies, elle pourrait atteindre 116 mb/j en 2030, tirée à 70% par les pays en développement, dont 30% pour la Chine. En 1996, ce pays consommait sa propre production d’hydrocarbure, en 2006, il en importait 50%. La production de pétrole dans plusieurs pays est en déclin. Au niveau mondial, le moment où la moitié des réserves aura été consommée est en débat, certains experts considérant que le pic de production a été atteint, pour d’autres qu’il le sera dans les 5 à 25 ans. La consommation de gaz a progressé de 41% en 15 ans et celle de charbon de 92% par rapport à 1980.

Les chiffres annoncés pour les réserves de pétrole et de gaz peuvent notamment varier avec les découvertes récentes ou à venir et dépendent des progrès réalisés dans les techniques d’exploitation et des données économiques. Cependant, depuis 1981, la consommation mondiale annuelle de pétrole est supérieure au total des volumes estimés découverts en moyenne chaque année dans le monde.

Producteurs et consommateurs

Les pays du Moyen-Orient membres de l’OPEP détiennent 81% des réserves mondiales prouvées de pétrole et en produisent 43%. La seule Arabie Saoudite, avec 266,8 milliards de barils, possède presque un quart des réserves mondiales. Les États-Unis, avec moins de 5% de la population mondiale, utilisent le quart du pétrole produit chaque année. La consommation y a augmenté de 22% depuis 1990. Celle de la Chine a quasiment doublé en 15 ans (+193%) et la consommation de la zone Asie-Pacifique a augmenté de 73%, dépassant celle de l’Amérique du Nord. En moyenne, un habitant de la Chine consomme 1,9 baril par an, 12 barils pour un français et 25,2 aux États-unis, pour une quantité de pétrole disponible par habitant et par an qui oscille, depuis le début des années 1980, autour de 4,5 barils.

Les réserves estimées de gaz se situent entre 175.000 et 181.000 milliards de m3, soit environ 60 années au rythme de la consommation 2006 qui a été de 2.850 milliards de m3. Le Moyen-Orient produit 31% du gaz mondial et possède environ 42% des réserves mondiales. Les gisements d’Amérique du Nord pourraient être épuisés dans 11 ans.

Le charbon est majoritairement consommé par les pays qui le produisent. Sa consommation a atteint 5.339 millions de tonnes en 2006, 8,8% de plus qu’en 2005. Elle a été pour 65% le fait de la région Asie-Pacifique, 18% pour l’Amérique du Nord et 7% pour l’Europe. La Chine en a extrait 2.430 Mt, les États-Unis 1.131 Mt, l’Inde 473 Mt, l’Australie 414 Mt et la Russie 331 Mt. Les réserves mondiales de charbon ont été estimées à 847,5 milliards de tonnes (2006), ce qui porterait la durée des réserves connues à environ 150 ans. Grand émetteur de gaz à effet de serre, sa combustion croissante pourrait contribuer à accélérer les changements climatiques.

Premiers contributeurs à l’effet de serre

Les hydrocarbures, issus de la biomasse, constituent une importante réserve naturelle de carbone enfouie dans le sol. Leur extraction et leur combustion sont responsables de 80% des émissions de GES d’origine anthropique dans l’atmosphère, dont 42% pour le seul pétrole. Le total des émissions pour la production d’un kWh d’électricité (comprenant la fabrication des matériaux, la construction de la centrale, l’extraction, etc.) est de 900 à 1.100 g équivalent CO2 pour le charbon, de 700 à 900 g pour les dérivés du pétrole et de 450 à 650 g pour le gaz naturel. De même, la production, le traitement, la transmission et la distribution de pétrole et de gaz naturel représentent la deuxième plus grande source anthropique d’émission de méthane (CH4) après l’enfouissement des déchets. Chaque année, 88 milliards de mètres cubes de CH4 sont libérés. Depuis octobre 2007, l’Union européenne a rejoint le partenariat Methane to markets visant à réduire les fuites et rejets et la Commission a proposé, en janvier 2008, que le système d’échange de quotas d’émission intègre tous les gaz à effet de serre en 2013, seul le dioxyde de carbone étant actuellement concerné.

Le torchage des gaz

Le torchage et le rejet des gaz associés à la production de pétrole brut représentent un volume de 150 milliards de mètres cube par an, soit environ 30% de la consommation de l’UE, ou 75% des exportations de gaz russe. Ils entraînent l’émission de 390 millions de tonnes de CO2 chaque année. D’après les images satellites étudiées entre 1995 et 2006 par la Banque Mondiale en partenariat avec l’Administration nationale océanique et atmosphérique des États-Unis (NOAA), dans 60 pays ou régions, la quantité de gaz torchés émis est restée globalement stable tandis que la production d’hydrocarbures augmentait. Cependant, des décalages notables apparaissent entre les statistiques officielles des pays et les résultats des images satellites. En 2004, les statistiques officielles russes déclaraient 14,9 millions de mètres cubes de gaz torché quand les images en décelaient 50,7. Dans le cadre d’un partenariat pour la réduction mondiale des gaz torchés (GGFR), la Banque Mondiale a rassemblé 14 nations productrices de pétrole et 10 compagnies pétrolières, avec l’objectif d’éliminer 32 millions de tonnes de gaz à effet de serre d’ici 2012.

Tensions autour du pétrole

Malgré la mise en place de politiques telles que le système européen d’échange des quotas d’émission des gaz à effet de serre ou les progrès en termes d’efficacité énergétique et de technologies utilisant d’autres sources, le développement des pays industrialisés dépend fortement des énergies fossiles et notamment du pétrole. En conséquence, toute menace pesant sur l’approvisionnement peut entraîner des tensions entre les États, que ce soit, par exemple, pour le contrôle de la ressource ou la sécurisation des voies de transport. Le Moyen-Orient est ainsi le siège de nombreux conflits dont certains s’expliquent en partie par cette situation. Les forces navales des États-Unis dans le détroit d’Ormuz dans le Golfe Persique ont pour mission de sécuriser les voies maritimes et terrestres dédiées au transport du combustible.

Plus de 250 produits toxiques ont été identifiés aux abords des champs pétrolifères, comme le benzène, l’hydrogène sulfuré (H2S), le dioxyde soufre (SO2), et aussi des métaux comme le mercure, l’arsenic et le chrome. Ils sont susceptibles d’entraîner diverses pathologies: affections respiratoires, maux de tête, vomissements, problèmes dermatologiques, rénaux, nerveux, cardio-vasculaires, cancers du poumon, dommages alvéolaires, dysfonctionnements endocriniens ou stérilités. Selon un rapport 2006 de l’Agence internationale de l’énergie, 1,3 millions de personnes (majoritairement des femmes et des enfants) meurent prématurément chaque année en raison d’exposition à une pollution de l’air liée à la production et la combustion des hydrocarbures.

Media Query: