Forêts d’émeraude

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Mato Grosso
La déforestation continue a progresser à un rythme alarmant : 13 millions d’hectares sont coupées chaque année. Or, les forêts jouent un rôle essentiel : elles hébergent plus de la moitié de biodiversité, protègent les sols et l’atmosphère et s’opposent au réchauffement climatique. Des centaines de millions d’êtres humains vivent d’elles ou à l’intérieur d’elles. Pour combien de temps encore ?

La superficie forestière représente un peu moins de 4 milliards d’hectares, soit un tiers des surfaces émergées de la planète. Cette superficie n’est pas répartie également. Plus de la moitié de ces forêts sont situées dans seulement cinq pays, la Russie, le Brésil, le Canada, les Etats-Unis d’Amérique et la Chine.

Chaque année, 13 millions d’hectares de forêts disparaissent. Soit un peut moins d’une vingtaine de terrains de football par minute. Un rythme que la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) qualifie d’ « alarmant ». (1)

Mais si on prend en compte l’extension naturelle de certaines forêts et surtout les plantations réalisées par l’homme, la perte nette n’est « que » de 7,3 millions d’hectares sur la période 2000-2005.

Le rythme global de la déforestation a légèrement ralenti ces dernières années, en partie grâce aux efforts des défenseurs de l’environnement. C’est aussi dû aux surfaces de plus en plus importantes de plantations, en particulier en Chine, et au fait que les zones les plus faciles ou rentables à couper l’ont déjà été. Reste qu’entre 1990 et 2005, près de 3 % du couvert forestier total ont été perdus.

Les causes de la déforestation sont multiples. Elles sont pour l’essentiel liées à l’homme. Il s’agit avant tout de la consommation de bois de chauffage, de l’extension des zones agricoles et des zones urbaines, des cultures destinées des biocarburants, de la demande en bois de construction ou d’essences précieuses. Même les causes dites naturelles sont souvent associées à l’activité humaine : plus de 80 % des incendies seraient en fait provoqués par l’homme et certaines maladies ou invasions de ravageurs sont associées à une modification du milieu par l’homme.

Situation contrastée des forêts dans le monde

La diversité des forêts est très importante. Forêts tropicales, tempérées, boréales ou mangrove, chaque forêt possède ses particularités. Les forêts primaires –qui n’ont pas été modifiées par l’Homme- sont opposées aux forêts secondaires – qui l’ont été, et aux plantations, qui sont plus artificielles encore. Les premières représentent 36% de la superficie forestière et sont celles qui diminuent le plus vite : elles perdent 6 millions d’ha par an. La surface des plantations augmente régulièrement mais elle ne représente encore que 3,8% de la superficie globale.

La déforestation concerne particulièrement certains pays comme le Brésil, tandis que la superficie de forêts augmente dans d’autres, dont la France, à cause de l’exode rural

Problème de définition

L’appréciation du problème est rendue difficile par des ambigüités sur les termes. Quand est-ce que plusieurs arbres forment une forêt ? Qu’est-ce qu’un arbre même, par opposition à un arbuste ? Ces questions simples en apparence n’ont en fait pas de réponse évidente. Or, toute estimation de la surface forestière mondiale en dépend.(2) Selon les définitions, la surface forestière totale varie du simple au triple : de 2393 milliards à 6050 milliards d’hectares. Aujourd’hui, la définition de la FAO sert de référence internationale, mais elle est contestée par les associations qui lui reprochent de mettre sur un même plan des forêts artificielles et des forêts primaires, des forêts en bonne santé et des forêts très abîmées. Et donc de sous-estimer la crise actuelle.

Services rendus par les forêts

La forêt rend une multitude de services à l’humanité, souvent sous-estimés. Elle produit, bien sûr, une part de l’oxygène présent dans l’air, mais elle participe également à la qualité de l’air en filtrant les poussières et les polluants. Elle abrite de 50% à 80% des espèces animales et végétales de la planète et constitue le réservoir majeur de biodiversité.

Elle stabilise les sols et les protège de l’érosion ou des catastrophes. Les zones côtières protégées par une mangrove ont ainsi été beaucoup moins atteintes par le tsunami de 2004.

Le sol forestier peut emmagasiner de grandes quantités d’eau et joue ainsi un rôle régulateur dans le régime des eaux et dans la lutte contre les inondations. Il purifie les eaux de pluie : la ville de New York tire ainsi la quasi-totalité de son eau potable d’une eau naturellement filtrée par les forêts avoisinantes. (5)

La forêt joue également un rôle macro et micro climatique, en atténuant les variations thermiques et en contribuant à l’humidification de l’air.

Forêt et populations

D’après les estimations de la FAO, environ 500 millions de personnes vivent dans ou aux abords des forêts, et dans certains cas, celles-ci constituent leur principale source de nourriture. Presque partout, les forêts servent régulièrement de complément à l’alimentation humaine. Pour un certain nombre de peuples autochtone, la déforestation signifie la destruction de leur mode de vie et la clochardisation.

L’industrie forestière emploie près de 10 millions de personnes en 2005, elle a généré un chiffre d’affaire de 327 milliards de dollars en 2007. Le bois compte pour une part importante du PIB d’une dizaine de pays tropicaux ou nordiques.

Forêt et réchauffement

Le rôle des forêts dans le réchauffement est très important, mais il est paradoxal. En croissant, les végétaux transforment le CO2 de l’atmosphère en matière organique. Les forêts stockent ainsi environ 280 milliards de tonnes de carbone dans leur biomasse. Si on additionne à cela le carbone stocké dans les sols, c’est plus que celui présent dans l’atmosphère !

Si on détruit brutalement ces forêts, la déforestation libère une partie de ce carbone. Un phénomène qui contribue actuellement à près de 20% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Toutefois, une fois à maturité, une forêt est neutre en carbone. Si on coupe un peu de bois, celui-ci repousse, et donc le CO2 libéré est récupéré. Dans une forêt bien gérée, l’utilisation de bois pour se chauffer ou produire de l’énergie est donc non seulement renouvelable, mais aussi neutre en carbone. Et donc très écologique. C’est pourquoi, dans les forêts européennes, on encourage aujourd’hui le retour à l’énergie bois. (8)

Il faut préciser que certains détails du fonctionnement des forêts restent mal compris. Elles peuvent en effet, dans certaines conditions, libérer du CO2 plutôt que d’en stocker. Les arbres peuvent également libérer de petites quantités de gaz à effet de serre comme le méthane.

Conséquences du réchauffement sur les forêts

La hausse des températures modifie la répartition des essences : comme d’autres espèces, les arbres migrent vers le nord ou l’altitude. Le réchauffement peut également favoriser la prolifération de ravageurs. C’est le cas, par exemple, de l’ouest du Canada, aux prises avec un insecte, le dendroctone. Il serait responsable de la mort de millions d’arbres. (7)

Par ailleurs, l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère favorise certaines essences au détriment d’autres. Et des épisodes caniculaires –comme celui de l’été 2003 en Europe freinent considérablement la croissance des végétaux.

Protocole de Kyoto

L’importance des forêts dans le réchauffement en a fait un objet de débat dans les négociations autour du protocole de Kyoto. Les forêts sont considérés comme des « puits de carbone » et planter des arbres peut-être considéré comme une manière de lutter contre le réchauffement. Un point important est aujourd’hui très discuté, pour l’avenir du protocole à partir de 2012 : il s’agit de la déforestation évitée, connue en anglais sous le sigle de REDD (reduced emissions from deforestation and degradation in developing countries). L’idée est d’encourager financièrement la protection des forêts existantes. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Toutefois, un tel système est extrêmement difficile à mettre en place au niveau international. (8)

Un combat quotidien

Si les forêts sont en Occident des endroits qui évoquent le calme et la sérénité, ce n’est pas le cas partout. Les militants qui s’opposent à la déforestation font souvent face à une violence extrême de la part de bandes armées. Celles-ci opèrent souvent en pleine forêt loin des regards.

De nombreux défenseurs de l’environnement ont ainsi été assassinés pour s’être opposé aux coupeurs de bois. Le plus célèbre d’entre eux est Chico Mendes, un syndicaliste brésilien qui a fondé le mouvement contre la déforestation dans son pays. Il a été assassiné chez lui en 1988. Mais chaque année, des militants paient de leur vie leur engagement. Ce n’est pas seulement le cas dans les pays en développement : en 2006, deux gardes forestiers ont été assassinés en Guyane par des orpailleurs.

Le massif forestier tropical d’Indonésie, de Malaisie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée, s’étalant sur une multitude d’îles, abrite une biodiversité particulière et d’une grande richesse. En 2006, le taux de déforestation de la forêt tropicale indonésienne a enregistré un record: 2,6 millions d’hectares au lieu de 1,8 millions par an entre 2000 et 2005 (FAO). Il est dû en grande partie à la culture du palmier à huile destinée à la fabrication de carburant (dont l’Europe est le premier importateur) et à l’alimentation. À ce rythme, selon les Amis de la Terre, 98% de la forêt disparaîtra en 20 ans et avec elle, une faune et une flore endémiques, dont son plus fameux représentant, l’orang-outan.

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