Antarctique : un continent sous surveillance

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Antarctique
Le sixième continent, l’Antarctique, est recouvert de glaces et seulement quelques centaines de scientifiques l’habitent. Il n’en joue pas moins un rôle essentiel dans le climat et c’est pourquoi il est surveillé avec beaucoup d’attention. Les écosystèmes qui lui sont propres, avec des animaux emblématiques comme les manchots empereurs, peuvent être perturbés par le réchauffement climatique ou le tourisme qui, même encore marginal, croît rapidement.

L’Antarctique, d’une superficie de 14 millions de km2, est recouvert à près de 98% d’un inlandsis qui peut atteindre 5000 mètres d’épaisseurs par endroit. Avec une altitude moyenne de 2 300 m, cela en fait le continent le plus élevé du monde. La masse de glace stockée représente 91% des glaces et 70% des réserves d’eau douce de la planète. Ces spécificités font de l’Antarctique un acteur important du climat global et aussi un indicateur des changements climatiques passés et actuels. On attend au niveau des pôles des réponses maximales, en termes de température et de dynamique, aux questions posées sur l’évolution du climat global et l’impact des activités humaines à court terme. Déclaré Terre de paix et de science par le Traité de l’Antarctique, le continent est un exemple de coopération internationale scientifique. Environ 1 000 personnes y travaillent en permanence, réparties sur 37 stations, essentiellement sur la frange côtière du continent et sur la Péninsule Antarctique, la population scientifique pouvant atteindre 5.000 personnes pendant l’été austral. C’est un écosystème fragile, menacé par le réchauffement climatique, les pollutions atmosphériques, le tourisme.

L’Antarctique est composé de deux parties naturellement séparées par la chaîne montagneuse Transantarctique, d’environ 3 000 km de long: une partie orientale ayant la forme d’un dôme de glace d’environ 10 millions de km2, et une partie occidentale, moins élevée et moins étendue (un cinquième de la superficie totale), prolongée par la péninsule Antarctique, celle-ci représentant 2% de la surface du continent. L’inlandsis se prolonge par d’immenses plates-formes de glace, s’étalant et flottant sur l’océan, dont les surfaces cumulées dépassent 1,5 million de km². Ces plates-formes se déplacent et se fragmentent, formant des icebergs tabulaires.

Observer l’évolution du climat

Le réchauffement climatique provoque en Antarctique à la fois une augmentation des vitesses d’écoulement et une augmentation des chutes de neige. Diverses études, qui diffèrent sur l’ampleur du phénomène, suggèrent que l’Antarctique perd actuellement de la glace. En janvier 2008, la NASA révèle une perte de 190 milliards de tonnes de glaces en 2006, principalement dans la partie ouest. Celle-ci semble être plus sensible à l’augmentation des pertes par écoulement, tandis que la partie orientale aurait tendance à s’épaissir. Sur 244 glaciers étudiés, 87 % ont reculé de 600 mètres en moyenne depuis les années 1950, à un rythme qui s’accélère de 50 mètres par an depuis cinq ans. Quant à la péninsule antarctique, elle a connu l’un des réchauffements les plus rapides sur Terre avec près de 3 °C au cours des cinquante dernières années. Ce réchauffement est à l’origine de la désintégration d’une partie de la plate-forme Larsen. L’augmentation de la fonte risque d’accroître au-delà des prévisions le niveau de la mer. Le laboratoire d’études en géophysique et océanographique spatiale (Toulouse, France) estime à environ 0,54 mm/an la contribution de l’Antarctique à la montée du niveau de la mer (sur un total de 3,3 mm/an observé depuis 1993), ce qui confirmerait que les pertes ne sont pas compensées par les gains.

La biodiversité australe

À cause du froid et de la sécheresse, la flore de l’Antarctique se compose de lichens, mousses et algues. Seules deux espèces de plantes à fleurs ont réussi à s’implanter. En mer, le phytoplancton, très abondant, constitue la base de la chaîne alimentaire. Il est la nourriture du krill, lui-même base de l’alimentation des poissons, baleines, phoques, manchots et autres oiseaux. 300 espèces de poissons en dépendent, parmi lesquels le poisson des glaces, dont le sang ne contient pas d’hémoglobine, et le Notothenia, qui sécrète des molécules antigel. Avec les pertes d’ozone au niveau des pôles, cet équilibre est menacé par la surexposition du phytoplancton aux radiations UV, qui aurait diminué de 6 à 12 % (par perturbation de la photosynthèse). La population de krill a chuté de 80 % depuis les années 1970, due aussi à la pêche intensive, aujourd’hui strictement réglementée.

L’Antarctique n’héberge aucun vertébré terrestre indigène, mais de nombreuses espèces viennent s’y reproduire dont une quarantaine d’espèces d’oiseaux marins. Les manchots (85% des oiseaux marins de l’Antarctique) se regroupent par milliers sur la banquise ou sur les côtes. La moitié des populations de pinnipèdes (phoques et otaries) de la planète se reproduit en Antarctique: phoques de Weddell, léopards de mer, phoque Crabier avec 15 millions d’individus… La plupart des cétacés viennent s’y nourrir et se reproduire, le plus remarquable étant la baleine bleue.

Tourisme en croissance en Antarctique

Le nombre de bateaux de tourisme a augmenté de 344% en 13 ans et les visiteurs posant pied à terre de 917% en 9 ans. D’embarcations transportant une cinquantaine de passagers il y a 40 ans, le continent blanc a vu arriver des navires de plus de 3.500 personnes en 2000. Cette affluence est passée de 13.600 touristes en 2001/2002 à 32.000 en 2005/2006 dont plus de 1000 participant à des activités à terre (ski, escalade, campement, etc.) et 1.165 survolant l’Antarctique par les airs. Avec le personnel encadrant, cela porte à 50 000 le nombre annuel de visiteurs. Les arrêts sur des sites naturels sont de plus en plus nombreux, concentrés à 98 % sur la péninsule antarctique, zone où la faune et la flore sont les plus riches. Les principaux risques liés au tourisme sont la perturbation des périodes de reproduction, la dégradation de zones de végétation sensibles au piétinement, l’introduction d’espèces étrangères et les pollutions associées aux accidents de navigation.

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