Cinquante mille barrages

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Barrage de la Paix sur la rivière Pukhan - Corée du Sud - Asie © Yann Arthus-Bertrand
On compte aujourd’hui environ 50 000 grands barrages artificiels dans le monde. Les plus grands produisent autant d’électricité que plusieurs centrales nucléaires. Mais bien souvent la production d’électricité reste secondaire comparée à leur rôle pour irrigation. Par ailleurs, leur bilan écologique est souvent beaucoup moins favorable qu’on ne le croit.

Modèle de développement

Au XXe siècle, les barrages étaient considérés comme des synonymes de développement et de progrès économique. Ils furent construits en grand nombre et il en existe aujourd’hui environ 50 000 de plus de 15 mètres de haut et environ 800 000 barrages de hauteur moindre. On se rend compte aujourd’hui que ces constructions présentent beaucoup d’inconvénients ; elles appartiennent à un modèle de développement qui est de plus en plus contesté. (1)

Des ouvrages monumentaux

Les plus grands barrages sont des constructions titanesques. Le barrage de Tarbela, au Pakistan, renferme 106 millions de mètres cubes de terre et de pierre, soit 40 fois le volume de la Grande pyramide d’Egypte. La construction du barrage d’Itaipu, au Brésil, a nécessité l’équivalent de 380 tours Eiffel en fer et en acier. Le barrage des Trois Gorges, sur le fleuve YangTsé, est le plus long du monde : il s’étend sur 2335 mètres.

Energie électrique

Les grands barrages peuvent produire autant d’électricité que plusieurs centrales nucléaires réunies. Le barrage des Trois gorges devrait produire à lui seul presque 20 000 mégawatts, soit l’équivalent de 20 réacteurs nucléaires. En conséquence, l’essentiel de l’énergie renouvelable dans le monde provient aujourd’hui des barrages (63% en 2005).

En Europe, près de 10 % de l’électricité est d’origine hydraulique (15% en France). Il faut noter que la puissance installée est potentiellement plus importante que la puissance disponible, car les barrages ne fonctionnent pas en permanence: ils sont utilisés de façon saisonnière et pour répondre à des pics de la demande.

Irrigation

La moitié des grands barrages construits dans le monde l’a été exclusivement ou principalement pour l’irrigation. Ainsi, 30 à 40 % des 271 millions d’hectares irrigués dans le monde le sont à partir de barrages. (2) Une part importante de la production agricole mondiale dépend donc aujourd’hui de leur existence.

Bilan carbone

L’hydroélectricité est considérée comme une énergie propre et inépuisable, contrairement au pétrole ou au gaz naturel. Elle est clairement renouvelable.

On a longtemps considéré que le bilan en gaz à effet de serre des systèmes hydroélectriques était nettement positif, même s’il faut plusieurs années avant que le CO2 dépensé lors de leur construction soit compensé par l’électricité produite.

Toutefois, dans les zones tropicales, le pourrissement des végétaux dans la retenue d’eau dégage dans l’atmosphère des quantités importantes de méthane, un gaz ayant un effet de serre presque 20 fois plus puissant que le CO2 : le bilan carbone des barrages pourrait dont être négatif dans certains cas.

Modification du cours d’eau

Les barrages conduisent souvent au dépeuplement des rivières des espèces migratrices (anguilles, saumons,…), même si des dispositifs palliatifs comme les échelles à poissons sont de plus en plus souvent mis en place. (3)

La construction de barrages bloque aussi la circulation des sédiments, ce qui peut entraîner une perte de qualité des terres agricoles ou un déséquilibre dans les deltas (Le delta du Nil recule ainsi à cause du barrage d’Assouan). (4)

Enfin, la retenue d’eau augmente considérablement l’évaporation de l’eau dans les zones chaudes.

Déplacement des populations

La retenue d’eau des barrages inonde souvent des terres habitées. Cela conduit au déplacement des populations qui les habitaient. Le barrage des Trois gorges en Chine a ainsi amené le déplacement de plus d’un million de personnes.

Au niveau mondial, il y aurait 400 000 km2 inondés pour les barrages (plus que la surface de l’Allemagne) et entre 40 et 80 millions de personnes déplacées.(5)

Dans de très nombreux cas, les compensations appropriées ne sont pas accordées aux populations concernées, qui sont alors déplacées dans des bidonvilles ou sur des terres peu productives. Cela a déclenché de nombreux mouvements populaires, le plus important d’entre eux étant celui de la vallée de la Narmada, en Inde. (6)

Catastrophes

Certains barrages ont cédé ou subi des dommages suite à des accidents. Lorsqu’il a cédé en 1975, le barrage de Banqiao, situé dans le sud de la Chine, a causé la mort de 100.000 personnes. En 1963, un éboulement s’est produit dans la retenue du barrage de Vajont en Italie donnant lieu à une vague gigantesque qui a causé la mort de 2000 personnes dans six communes en contrebas. Certaines retenues d’eau peuvent être endommagées par les tremblements de terre, comme ce fût le cas dans le Sichuan, en Chine, en 2008.

Démolition

Un certain nombre de barrages arrivent en fin de vie et doivent être démantelés : une opération complexe et coûteuse. Dans les pays du Nord, la tendance est à leur destruction. Près de 400 barrages de tailles variables ont déjà été détruits aux Etats-Unis. En France, plusieurs barrages de taille modeste ont été démolis sur des cours d’eau habités par des poissons migrateurs, afin de restaurer la qualité environnementale de ces cours d’eau. On peut citer les barrages de Kernansquillec sur le Léguer (Côtes-d’Armor), St- Etienne du Vigan sur l’Allier (Haute-Loire) et Maisons-Rouges sur la Vienne (Indre-et-Loire). (7)

Petit hydraulique

Bien que les grands barrages produisent l’essentiel de l’hydroélectricité dans le monde, il existe de petites structures, souvent moins dommageables pour l’environnement, moins coûteuses et plus rentables. Environ 50% de la puissance du petit hydraulique est installée en Chine.

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