Les téléphones portables ont des effets sur les cellules humaines mais ne les « chauffent » pas

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Les fabricants de téléphones portables font très attention afin que leurs gadgets ne chauffent pas notre cerveau, mais les radiations que les portables émettent pourraient-elles endommager nos cellules d’une autre façon ?

Les fabricants de téléphones portables font très attention afin que leurs gadgets ne chauffent pas notre cerveau, mais les radiations que les portables émettent pourraient-elles endommager nos cellules d’une autre façon ? Des chercheurs israéliens ont désormais identifié un mécanisme à travers lequel les radiations pourraient avoir des effets sur la différenciation et la division des cellules.

Des affirmations établissant un lien entre l’exposition aux radiations et les problèmes de santé tels que le cancer ont fait l’objet de nombreuses controverses, principalement en raison du manque de preuves convaincantes, mais aussi parce que l’on ne connaît aucun mécanisme précis par lequel les radiations émises à la fréquence et à la puissance des téléphones portables pourraient endommager les cellules vivantes. Les fréquences sont trop basses pour endommager directement l’ADN et la puissance du signal est bien en dessous du niveau qui pourrait surchauffer les cellules. Les preuves antérieures des effets non thermiques sur les cellules sont mitigées parce qu’il est difficile d’exposer des cellules à des radiations sans les porter à une certaine température.

Dans une nouvelle étude, Joseph Friedman et ses collègues de l’Institut des Sciences Weizmann à Rehovot, en Israël, ont exposé des cultures de cellules de rats et d’hommes ainsi que des membranes cellulaires isolées à des radiations électromagnétiques de basse fréquence à 875 mégahertz (une fréquence similaire à celle des GSM). La puissance du signal était bien plus faible que celle d’un téléphone portable standard, pourtant, après seulement 10 minutes d’exposition, l’équipe a identifié le récepteur qui active l’enzyme ERK1/2, enzyme qui régule la différenciation et la division cellulaires. Les chercheurs ont ensuite inhibé différentes étapes du site actif de l’enzyme ERK1/2 et ont conclu que la réaction catalysée par l’enzyme est la libération d’espèces d’oxygène réactif dans les membranes cellulaires. (Journal Biochimique DOI: 10.1042/BJ20061653).

L’équipe est sûre que l’effet n’était pas provoqué par la chaleur : « La radiation que nous avons utilisée était de très basse fréquence et notre thermostat n’a pas noté de changement de température de la moyenne des cellules », a expliqué Rony Seger, membre de l’équipe. « Cela signifie que les cellules réagissent bien aux radiations des portables, qu’il y ait ou non production de chaleur. »

Alors que les mutations du site actif de l’enzyme ERK ont été associées à plusieurs cancers, les experts avertissent que ce n’est pas nécessairement la preuve que les téléphones sont cancérigènes. « Il est peu probable que ce type d’activation transitoire et réversible soit une cause de cancer », a déclaré Simon Arthur de l’Université de Dundee au Royaume-Uni. En réalité, explique-t-il, « L’activation transitoire de l’enzyme apparaît fréquemment en réponse à une énorme variété de signaux et constitue un composant essentiel dans beaucoup d’aspects de la physiologie cellulaire ».

Dariusz Leszczynski, de l’Institut de radiation et de sécurité nucléaire d’Helsinki, en Finlande, conseille de rester prudent sur le lien entre les cellules et les effets sur la santé, mais il déclare que ce risque ne peut être écarté. « Si la radiation des portables ne peut pas induire d’effets biologiques, il ne peut donc jamais y avoir d’effet sur la santé », conclut-il. « En revanche, si nous pouvons démontrer que cette radiation est capable d’induire des effets biologiques, alors ce sera une autre affaire. Cela ne signifie pas automatiquement que ce sera dangereux, mais nous aurons besoin de l’étudier plus en détail ».

En 2002, Leszczynski a démontré que la radiation des portables stimulait un site actif lié au stress en amont de l’enzyme ERK1/2, mais il n’a pas cherché ce qui en était la cause.

Caroline Williams

New Scientist magazine, n° 2619, 30 août 2007, page 18.

Cellphones affect human cells without heating them

© New Scientist, Reed Business Information

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