Pesticides et agriculture : la cohérence d’un système

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Certains systèmes de culture génèrent des risques phytosanitaires élevés

L’application de pesticides est motivée par l’existence de risques de développement de bio-agresseurs (adventices, maladies fongiques, insectes ravageurs…). Ces risques sont d’autant plus forts que le bio-agresseur rencontre, sur de vastes surfaces et de manière continue dans le temps, des conditions favorables à son développement.

Or les systèmes de culture spécialisés et intensifs accroissent ces risques : la monoculture ou la succession de cultures ayant le même cycle de végétation ne permettent pas de rompre les cycles de développement des bio-agresseurs, la végétation dense favorise la propagation des maladies, la fertilisation forte profite aussi aux adventices, l’abandon du labour ne permet plus l’enfouissement profond des graines d’adventices ou des agents pathogènes…

Dans ces conditions qui maximisent les risques sanitaires, les pesticides apparaissent, fort logiquement, nécessaires et très efficaces.

Mais l’emploi répété, sur de grandes surfaces, d’une même substance active, conduit rapidement au développement de populations du bio-agresseur visé résistantes au pesticide.

Actuellement, en France, toutes les productions (grandes cultures, arboriculture fruitière, vigne) sont confrontées à ces problèmes de résistance, qui concernent la plupart des familles chimiques de pesticides.

La dépendance de la production agricole vis-à-vis des pesticides

Cette logique technique des systèmes de culture intensifs est confortée par le faible coût relatif des pesticides par rapport aux prix d’autres facteurs de production et des productions agricoles elles-mêmes.

A contrario, les techniques plus économes en pesticides, plus complexes à mettre en oeuvre, génèrent des coûts directs et indirects non négligeables, liés notamment à l’acquisition de l’information que nécessite leur mise en oeuvre (formation, temps d’observation au champ, achat d’analyse ou de conseil…).

Elles sont aussi réputées plus « risquées« , au sens où les rendements et marges brutes obtenus seraient plus variables, ce qui n’est pas toujours vérifié (voir le cas du blé évoqué ci-dessous).

La dépendance technique et économique de la production agricole vis-à-vis des pesticides est plus ou moins prononcée selon les cultures. Elle est renforcée par les exigences de la distribution et des consommateurs, de produits « zéro-défaut » et se conservant longtemps.

Le fait que conseil en protection phytosanitaire, vente des intrants et collecte des récoltes sont de plus en plus assurés par les mêmes structures ne favorise pas non plus le développement d’alternatives qui réduiraient cette dépendance.

L’utilisation « raisonnée » des pesticides : ne pas surestimer les effets attendus

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Le « raisonnement » de l’emploi des pesticides peut conduire à supprimer quelques traitements systématiques.

Mais c’est surtout le raisonnement du choix des produits utilisés, des doses et des conditions d’application qui est susceptible de réduire significativement les quantités utilisées.

Cependant, cette démarche apparaît limitée tant que l’on reste dans des systèmes de culture générant des risques phytosanitaires importants.

Par ailleurs, le coût de cette pratique est élevé : surveillance assidue des parcelles fortes consommatrices de temps de travail qualifié, risque de pertes important en cas d’erreur de diagnostic, risques pour les cultures suivantes si le non-traitement conduit au maintien de populations résiduelles de bio-agresseurs…

Le « raisonnement » des traitements ne constitue qu’une phase transitoire dans une stratégie de réduction du recours aux pesticides, dans la mesure où le maintien de la pression des bio-agresseurs peut menacer sa durabilité.

Les « alternatives » à la lutte chimique : pas de solutions prêtes à l’emploi

Les agriculteurs sont demandeurs de « techniques alternatives » à l’emploi des pesticides qui soient aussi faciles à utiliser, efficaces et bon marché que les traitements phytosanitaires, plus durables techniquement, et qui ne remettent pas en cause leurs objectifs de rendement élevé. Or il n’existe aucune technique répondant à ce cahier des charges.

Les résistances génétiques « totales » des variétés à des bio-agresseurs, substitut « idéal« , se sont révélées sujettes au même contournement rapide par le bio-agresseur ciblé que les pesticides ; il en est ainsi pour les techniques de lutte « totales« , chimiques ou biologiques. Les procédés physiques, tels que le désherbage mécanique ou thermique, échappent à ce risque, mais ils sont souvent plus consommateurs de temps de travail (et d’énergie) que la pulvérisation, ou inapplicables sur de grandes surfaces, comme les filets de protection.

Les autres techniques, variétés partiellement résistantes, lutte biologique, travail du sol…, ont une efficacité partielle. Elles permettent un contrôle des bio-agresseurs à condition d’être utilisées en combinaison, et associées à des choix de systèmes de culture et de gestion des états de la culture qui réduisent les risques de développement des bio-agresseurs. La panoplie des méthodes mobilisables est alors large, et la combinaison optimale est à déterminer en fonction des situations de production concernées.

La production intégrée : une démarche nécessaire

La notion de « technique alternative » apparaît donc peu pertinente ; il faut lui préférer celle de « stratégie alternative » de protection des cultures. Cette dernière repose sur la mise en oeuvre, construite au cas par cas, de quelques principes d’action au premier rang desquels figure la prévention des risques phytosanitaires.

C’est l’objectif de la « production intégrée« , qui réintègre, mais sur des bases scientifiques et techniques renouvelées, la gestion des bio-agresseurs dans la conception des systèmes de culture, voire de production.

[…]

L’approche intégrée peut être illustrée par l’exemple des variétés de blé « rustiques » cultivées selon des itinéraires techniques « bas intrants ». Une réduction limitée de l’objectif de rendement permet d’adopter une conduite de la culture qui réduit les risques phytosanitaires et les consommations de pesticides. Les performances économiques sont en moyenne comparables à celles de systèmes plus intensifs (et supérieures lorsque le prix du blé baisse) ; leur variabilité n’est pas accrue.

L’agriculture biologique, du fait de son renoncement à l’emploi des pesticides de synthèse, est fortement engagée dans cette voie, mais on pourrait aussi concevoir d’autres systèmes, qui tendraient vers le « zéropesticides » sans s’interdire l’utilisation d’engrais de synthèse et le recours occasionnel à un traitement phytosanitaire en cas d’échec des mesures prophylactiques et curatives non chimiques.

La gestion des questions phytosanitaires est à ré-envisager plutôt sous l’angle de la « santé des systèmes de culture » que du point de vue de la « lutte contre les ennemis des cultures« .

• Une expertise scientifique collective menée par l’Inra et le Cemagref, à la demande des ministères en charge de l’agriculture et de l’environnement, a permis de dresser un état des lieux des connaissances sur lesquelles pourraient se fonder des actions visant à réduire le niveau actuel d’utilisation des pesticides et leurs impacts environnementaux.

Expertise scientifique collective INRA/CEMAGREF.

« Pesticides, agriculture et environnement : Réduire l’utilisation des pesticides et limiter leurs impacts environnementaux » – Colloque de restitution – 15 décembre 2005.

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