Le défi des bidonvilles

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Entre 2000 et 2050, on ne prévoit pas de poussée démographique importante dans les pays industria-lisés ou les régions rurales des pays en développement. L’immense majorité des quelque 3 milliards de personnes qui viendront accroître la population mondiale d’ici 2050 naîtra dans les villes des pays en développement, principalement dans les bidonvilles. (1)

Les bidonvilles — que ce soit les favelas au Brésil, les barriadas au Pérou, ou les gecekondu en Tur-quie — sont des zones urbaines résidentielles habitées par des populations très pauvres qui ne pos-sèdent aucune terre. Ces populations occupent un espace vacant, qu’il soit privé ou public. (2)

Dans ces zones, on vit dans des logements extrêmement rudimentaires et sans avoir accès aux servi-ces urbains. Comme l’écrit Hari Srinivas, coordinateur du site Internet Global Development Research Center, si les migrants ruraux-urbains en viennent à faire « le choix d’occuper illégalement un lopin de terre pour y construire un abri rudimentaire », c’est qu’ils n’en ont pas d’autre. Ils sont souvent confron-tés à l’apathie, voire à l’antipathie, des pouvoirs publics qui les considèrent comme des intrus fauteurs de troubles. Certains considèrent les bidonvilles comme un fléau social qu’il faut éradiquer. (3)

Les bidonvilles, ce sont aussi les vieux quartiers de la ville, sérieusement délabrés, surpeuplés et privés d’infrastructures élémentaires telles que les égouts.

Une excellente manière de ramener l’exode rural à un niveau gérable est d’améliorer les conditions de vie à la campagne. Il ne s’agit pas seulement d’assurer les services sociaux fondamentaux tels que l’accès aux soins et à l’éducation, comme l’expose le chapitre 7, mais aussi d’encourager les investis-sements industriels dans les petites villes à travers tout le pays plutôt que dans les grandes villes comme Mexico ou Bangkok. De telles mesures permettent de ralentir le flux migratoire de la campa-gne vers la ville.

L’évolution urbaine dans les pays en développement est souvent façonnée par l’expansion des bidon-villes qui se fait hors de toute planification. À laisser les migrants s’installer où ils peuvent – sur des pentes abruptes, des plaines inondables et autres zones à risques – on se complique sérieusement la tâche de mettre en place des infrastructures comme l’approvisionnement en eau, les égouts et les transports.

La ville de Curitiba au Brésil, initiatrice d’un nouvel urbanisme, a réservé des espaces à l’installation des migrants. De ce fait, le processus peut au moins être structuré de façon cohérente, en accord avec le plan officiel de développement de la ville. (4)

En ce qui concerne les infrastructures de base, on peut commencer par installer des toilettes publi-ques à compostage et des robinets d’eau potable à intervalles réguliers, facteur important de la lutte contre la propagation des maladies dans ces zones surpeuplées. Un service de bus régulier permet-trait aux résidents d’accéder à leur lieu de travail. Si l’on suit l’approche promue par Curitiba, des es-paces publics, tels que des parcs, peuvent être établis au sein de la communauté dès le départ.

Certaines élites politiques se contenteraient bien de raser ces quartiers, faisant ainsi disparaître un symptôme sans en traiter la cause. Que ces populations perdent le peu qu’elles sont parvenues à investir dans leur logement, et elles n’en seront que plus pauvres, comme la ville elle-même. Il est de loin préférable d’assainir et de rénover les logements. Pour cela, il est vital d’assurer aux habitants la sécurité d’occupation et l’accès à des prêts qui leur permettent d’apporter petit à petit des améliora-tions. (5)

Cette revalorisation dépend des élus locaux qui doivent prendre ces quartiers en compte et non pas les ignorer. L’éradication de la pauvreté et la création de communautés stables et progressistes ne peuvent avancer que si des liens constructifs s’instaurent avec les institutions. Dans certains cas, les structures de microcrédit subventionnées par la municipalité participent non seulement au tissage de ce lien entre la municipalité et la communauté des bidonvilles, mais elles offrent des horizons diffé-rents aux résidents. (6)

Contrairement aux dirigeants politiques qui nourrissent l’espoir de les voir disparaître, il faut être ré-aliste et admettre que ces bidonvilles vont se développer dans les années à venir. Le défi est de les intégrer dans la vie urbaine de façon humaine dans la perspective de possibles revalorisations. Si ce défi n’est pas relevé, la montée de la colère, des tensions sociales et de la violence sera inévitable.

Notes:

1. United Nations, « World population Prospects, The 2004 Revision: Highlights », op. cit. note 9, p. 1; United Nations, op. cit. note 1, pp. 1, 4.

2. SRINIVAS Hari, « Defining Squatter Settlements », sur le site Internet Global Development Re-search Center, www.gdrc.org/uem/define-squatter.html, consulté le 9 août 2005.

3. Ibid.

4. O’MEARA, op. cit. note 6, p. 49.

5.WARAH , « The Challenge of Slums: Global Report on Human Settlements 2003 » (New York: U.N. Human Settlements Programme, 2003).

6. SRINIVAS, op. cit. note 53.

The Challenge of Urban Slums

Lester R. BROWN

Earth Policy Institute

Plan B 2.0: Rescuing a Planet Under Stress and a Civilization in Trouble (Chapter 11 – Designing Sustainable cities), 2006.

www.earth-policy.org

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