Acte de Dieu

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Sur qui rejeter la faute lorsqu’une vague géante s’abat sur votre maison et la détruit ? C’est ce qui est arrivé à Banda Aceh, sur l’île de Sumatra le 26 décembre 2004. On aurait pu s’attendre à ce que les assureurs se précipitent au sommet des ruines et pointent vers Dieu l’index accusateur de la Loi, se déchargeant ainsi de la responsabilité d’indemniser leurs clients. La plupart d’entre eux ont finalement ignoré la clause d’exclusion relative à « l’acte de Dieu » [l’équivalent en droit anglo-saxon du cas de force majeure] habituellement intégrée aux contrats d’assurance voyage (entre autres) et ont accédé aux demandes des voyageurs piégés par la catastrophe. Toutefois, ces « actes de Dieu » sont un problème épineux pour bon nombre d’experts en catastrophes naturelles.

Pourquoi ? Car cela suppose une impuissance totale face aux phénomènes. Dans le domaine des assurances, un acte de Dieu est « une manifestation soudaine et violente de la nature, impossible à prévoir ou à prévenir ». Mais voilà que, pour un groupe d’experts issus de l’Université de Columbia à New York et de la Banque Mondiale à Washington, même si nous sommes incapables de prédire, de façon précise, ces événements, il nous est tout de même possible de déterminer leur probabilité. [En 2005], ce groupe a publié un rapport, « Catastrophes naturelles : les zones à risques », proposant un classement des sites les plus dangereux en termes d’exposition aux risques de catastrophes naturelles.

L’équipe a réalisé son classement après avoir quadrillé le planisphère et procédé, dans chaque case, à une estimation du risque pour chacune des six catastrophes naturelles majeures : tremblement de terre, éruption volcanique, glissement de terrain, inondation, sécheresse et cyclone. Cette évaluation met en relation le degré d’exposition d’une zone donnée à un type de danger particulier, par exemple la proximité d’une faille géologique, avec le nombre de décès causés par le danger en question dans un passé récent. Le risque était alors exprimé en termes de taux de mortalité et de pertes économiques.

« 99,1 % des habitants de Taïwan risquent de mourir en raison de l’une ou l’autre des catastrophes »

Dans quelles parties du monde faut-il donc éviter de s’installer ? D’après ce rapport, Taïwan est la zone la moins sûre avec un taux effrayant de 99,1 % de sa population risquant de mourir en raison d’une catastrophe ou d’une autre. Taïwan remporte également la médaille du risque économique le plus élevé.

La façon dont une région a été développée par les hommes est en partie responsable de l’impact d’une catastrophe. En d’autres termes, construire sur les flancs d’un volcan en activité ou ériger des gratte-ciel dans une zone sismique peuvent constituer des facteurs aggravants. Caracas, la capitale du Venezuela construite dans une vallée, en est une bonne illustration. Au cours de 400 dernières années, la ville a été détruite à trois reprises par des tremblements de terre majeurs. Depuis le dernier, en 1967, la population a doublé et atteint maintenant 5 millions d’habitants. Elle continue de croître à un rythme annuel de 3 %. Pourtant, les normes de construction permettant de protéger la population ne sont pas assez strictes, voire inexistantes. Des quartiers de grandes tours et d’appartements surpeuplés couvrent la vallée et ont tendance à se concentrer dans les zones les plus basses, là où l’amplitude du séisme serait probablement la plus forte. La ville est également vulnérable, puisqu’en raison de sa position, elle est aussi soumise aux risques de fortes pluies et de coulées de boue.

Un renforcement des règles de construction, entre autres mesures, permettrait-il de réduire l’impact d’une catastrophe à Caracas ? Parfaitement. Comme le font remarquer les experts, un tremblement de terre, une éruption volcanique ou une inondation dans une zone non peuplée ne cause pas de pertes économiques et n’est donc pas une catastrophe. Nous sommes donc en grande partie responsables de la portée des actes de Dieu.

New Scientist Act of God

3 septembre 2005, The Word p. 50

Magazine n°2515

© New Scientist, Reed Business Information

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