Recyclage total : la décharge appartiendra au passé

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Dès 2011, qu’il s’agisse de bouilloires défectueuses, d’épluchures de pommes de terre, d’éclats de verre, de chaussettes trouées, de barquettes de margarine, de mouchoirs usagés, d’ampoules grillées ou de la litière du chat, tous ces déchets jetés par les 1,4 million d’habitants du Lancashire au Royaume-Uni seront immédiatement envoyés vers deux usines de recyclage près de Preston.

Tandis que, pour la plupart des usines de traitement des déchets, ces ordures sont trop humides, trop grasses et trop nauséabondes pour être recyclées, il est prévu que ces nouvelles installations permettent de récupérer entre 25 et 80% des matériaux non triés suivants: papier, verre, plastique, acier, aluminium et plomb. En outre, elles utiliseront les « boues » organiques issues de la nourriture, des déchets du jardin, du bois et du papier qui constituent près de 50% des ordures ménagères. Ainsi, 30% seulement – et au bout du compte seulement 15% – de l’ensemble des déchets ménagers seront déversés dans une décharge au lieu des quelque 50% dans le cadre d’un recyclage traditionnel.

Les deux usines du Lancashire sont dans les premières phases de construction et seront exploitées par Global Renewables (GRL), une entreprise australienne dont la première usine a été mise en service en 2004 à Sydney. Les sociétés comme GRL sont l’incarnation commerciale d’une tendance orientée vers le « gaspillage zéro » – un avenir où le moindre gramme de déchet sera recyclé et où la décharge ne sera qu’un mauvais souvenir.

Cette idée n’est pas révolutionnaire. Les stations dites de traitements mécanique et biologique des déchets visent à  » exploiter » la totalité des ordures. Mais la conversion de la boue organique en un produit commercialisable leur a posé quelques problèmes. Bien que le compostage puisse être une solution évidente, la question qui se pose est celle de la pollution.  » Le résultat ? Un compost vraiment immonde, plein d’éclats de verre, de film plastique et de produits chimiques. Il peut être toxique et c’est un produit difficile à commercialiser. On a assisté à quelques ratages spectaculaires », explique Jan Allen de CH2M Hill, une société d’ingénierie de Bellevue dans l’État de Washington aux États-Unis.

Mais maintenant, grâce à leur processus breveté de décontamination et de tri des déchets, les usines du Lancashire transformeront cette boue en un compost de qualité supérieure. Par ailleurs, l’usine sera alimentée en énergie générée par le méthane produit par les bactéries dégradant les déchets; le surplus d’électricité sera injecté dans le réseau national. « Les centres de traitements mécanique et biologique des déchets de troisième génération comme ceux de GRL vont jouer un rôle essentiel pour atteindre l’objectif de gaspillage zéro, déclare Matthew Warnken de Crucible Carbon à Sydney. La nécessité de réduire la quantité de déchets demeure, mais ces centres occupent une place centrale dans le traitement des ordures restantes. »

L’existence des centres modernes de traitements mécanique et biologique des déchets s’explique par le fait que l’on a pris conscience que le déversement des ordures dans une décharge n’est pas une bien meilleure solution que leur putréfaction dans la rue. Une décharge peut, par exemple, polluer un cours d’eau et, lorsqu’une utilisation différente doit être faite du terrain, les coûts de nettoyage atteignent des sommets. Une décharge produit également du méthane, un gaz à effet de serre vingt fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Tandis que les décharges modernes le brûlent et, ce faisant, émettent du CO2, ou l’utilisent comme biocombustible, la plupart d’entre elles ne sont ni étanches, ni efficaces, et rejetteront du méthane pendant des années.

Le recyclage total constituerait aussi une possibilité de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l’extraction ou à la production de matières premières – il en va de même pour la récupération de métaux qu’utilise l’industrie et qui se trouvent en abondance dans les déchets ménagers (New Scientist, 23 mai, p. 34).

Afin d’extraire les métaux, le plastique et le papier des déchets, la première étape pour GRL consiste à retirer les éléments solides et à les trier en fonction de leur taille, de leur forme et de leur densité. C’est à cette fin que sont utilisés des cylindres en rotation dotés d’ouvertures de tailles différentes sur leur surface courbe qui « tamisent » les déchets, ainsi que des aspirateurs de forces différentes connus sous le nom de séparateurs à air, et des champs magnétiques pouvant être utilisés pour magnétiser et extraire l’aluminium.

Pour mieux trier le plastique, des capteurs de lumières placés à des endroits stratégiques enregistrent les variations de fréquence de la lumière réfléchie par une mixture de matières transportée sur un tapis roulant. Un ordinateur calcule alors l’endroit où se trouve telle ou telle matière et des jets d’air projettent les différents éléments dans des récipients.

Ces progrès se sont même traduits par une transformation des usines de recyclage ordinaires. Mais GRL peut aussi recycler la matière organique résiduelle – en partie grâce à une plus grande propreté des déchets organiques due au processus de tri de haute technologie et aussi grâce à un processus qui n’est pas entièrement mécanisé. Les déchets entrant dans l’usine sont triés manuellement par des ouvriers portant une combinaison de protection qui retirent la majeure partie des 3% de déchets considérés comme toxiques, tels que les tubes de dialyse rénale, la peinture, les bouteilles de gaz, l’amiante, les ordinateurs et les batteries de voiture. La matière organique résiduelle est ensuite transportée par une conduite jusqu’à un percolateur qui la nettoie et l’aère, tout en retirant les éclats de verre, les métaux et le plastique et en dissolvant le charbon.

Le liquide carboné alimente un digesteur dans lequel des bactéries anaérobies le dégradent pour produire du méthane. Dans le Lancashire, le méthane sera utilisé pour produire 25.000 MWh d’électricité chaque année – une fois les besoins propres couverts, l’excédent d’énergie sera injecté dans le réseau national.

Quant aux résidus solides, ils seront compostés pendant quelques mois. Au départ, GRL prévoit de les utiliser pour planter 100.000 arbres par an afin de réhabiliter d’anciens terrains industriels. Cependant, pour que l’usage du compost se démocratise, il faudra en vendre beaucoup, ce qui pourrait se révéler difficile.

« Il n’est pas certain que ces matières issues du compostage aient une quelconque valeur marchande », affirme Liz Goodwin, directeur exécutif du Waste and Resource Action Programme britannique. Pour l’heure, la législation du Royaume-Uni interdit l’épandage de compost issu de déchets sur les terres agricoles, mais GRL espère convaincre, par la réalisation d’études, le ministère britannique de l’Environnement, de l’alimentation et des affaires rurales que son compost n’est pas toxique. D’autres solutions existent en matière de gestion des boues: celles-ci peuvent être utilisées pour constituer un amendement du sol agissant comme un puits de carbone (cf. Carbon sinks without a trace).

Toutefois, même dans le cadre d’une exploitation extensive des déchets, le recyclage de certains éléments restera difficile. C’est pourquoi il est également important de faire pression sur les fabricants pour qu’ils reprennent les produits usagés et conçoivent des produits contenant moins de matières non recyclables. « En matière de conception de produits, la recherche se concentre surtout sur la taille, la forme, la couleur, et rien n’est fait sur les incidences de ces produits en fin de vie et sur les questions de détoxication du flux de déchets », dénonce Matthew Warnken.

Total recycling’ aims to make landfill history Rachel NOWAK The New Scientist 20 octobre 2007

© New Scientist, Reed Business Information

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