Michel Leclercq : “on a une grande satisfaction lorsqu’on voit ces éoliennes tourner”

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Arrivée des premières pales d’éoliennes de Bégane en 2014
©Michel Leclercq, pour EPV

En 2002, Michel Leclercq, enseignant et sculpteur, s’engage avec des amis créent le premier parc éolien citoyen français, dans la commune morbihannaise de Béganne. Ils fondent l’association Éoliennes en pays de Vilaine et s’entourent d’une équipe à la motivation sans faille, qui est aujourd’hui le pôle de référence pour l’éolien citoyen en France. Il nous explique ce projet qui a mis des années à aboutir.

D’où vous est venue l’envie de créer le premier parc éolien citoyen en France ?
Je m’intéresse aux questions énergétiques depuis plus de 40 ans. Avec ma femme, nous avons rénové notre maison pour qu’elle soit le plus autonome énergiquement possible (exposition, capteurs solaires thermiques…). Nous avons voulu aller encore plus loin en produisant notre propre électricité, l’idée d’installer une éolienne nous est venue. Un copain agriculteur voulait également en installer une et nous nous sommes dits plutôt que se lancer dans quelque chose de compliqué chacun de notre côté, autant faire quelque chose d’encore plus compliqué mais qui profiterait à beaucoup plus de gens.

Comment avez-vous mis le projet en place ?
Si nous avions été seuls, mon ami et moi, rien ne se serait passé. Mais en parlant de l’idée autour de nous, nous nous sommes vite retrouvés à 20-30 pour travailler dessus bénévolement. Nous avons alors créé l’association Éoliennes en pays de Vilaine en 2003. Après deux échecs, le développeur privé avec qui nous travaillions a décidé d’abandonner mais, mordus par l’idée nous avons décidé de continuer. Les habitants du pays de Redon ont porté le développement d’un bout à l’autre : les études, les financements, l’obtention des permis de construire. Tous ces gens n’ont pas seulement investi de l’argent dans le projet, ils se sont formés et gèrent encore aujourd’hui le projet.

Comment se passe le financement ?
Les particuliers détiennent plus des trois quarts de l’entreprise Bégawatts, fondée pour gérer le parc éolien, tandis que des entreprises de l’économie sociale, un fonds régional et Énergies partagées possèdent le reste des fonds propres. Le financement par de multiples actionnaires a apporté pas mal de difficultés. Malgré les obstacles juridiques, nous avons finalement réussi à mobiliser des 800 personnes grâce à 53 clubs d’investisseurs. Ce dispositif permet de regrouper 5 à 20 personnes au sein d’une entité représentée par un actionnaire. L’électricité produite est vendue à EDF, avec qui nous avons un tarif garanti pendant 15 ans, pour être injectée sur le réseau. Cela a assuré la viabilité de notre projet mais aujourd’hui nous réfléchissons à la création d’une coopérative locale pour qu’à terme, les investisseurs puissent être les clients directs de nos parcs éoliens.

Quel bilan pouvez-vous en tirer ?
Aujourd’hui, on a une grande satisfaction lorsqu’on voit ces éoliennes tourner. Le parc de Béganne fournit de l’électricité pour environ 8 000 à 10 000 personnes. Nous avons également créé 11 emplois, terminé deux autres parcs éoliens citoyens et l’association en suit une quarantaine d’autres, déjà réalisés ou en cours d’étude.

Justement, quelles sont les actions de votre association ?
Avec Éoliennes en pays de Vilaine, nous avons 3 objectifs majeurs : la réappropriation des habitants et des collectivités de leur production d’énergie, la sensibilisation aux gestes du quotidien qui permettent de réduire la consommation de cette énergie et enfin la transmission de notre expérience à ceux qui voudraient suivre notre route.
Il y a donc des réunions et des discussions pour de réels échanges d’expérience autour des problèmes de rénovation énergétique, et même des actions d’achats en commun d’ampoules basses consommation, de vélos électriques ou de fours solaires thermiques.

Propos recueillis par Lisa Arcé

 En savoir plus :
Le portail de l’éolien citoyen

 

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