Indiens kogis : le monde moderne est déséquilibré !

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© Tchendukua

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« Le problème de la Sierra aujourd’hui c’est que le gouvernement privatise les terres avec le désir de gagner de l’argent. Ils font des projets sans nous demander notre avis, ils construisent des barrages, des hôtels, des mines, des ports, des sites d’extraction, ils pillent des trésors qui font partie du corps de la nature. Alors, les terres sont déséquilibrées, les marais et les lacs sont asséchés, la forêt est détruite… La terre mère est malade on lui a ôté son sang, les rivières ou les marécages ; son cerveau, le charbon… On la perfore ! », proclame un jeune kogi. Les Kogis sont une tribu indigène vivant dans les montagnes de Colombie. Au mois d’octobre, trois indiens Kogis, ou trois grands frères comme ils se nomment eux-mêmes, ont quitté leur forêt colombienne pour venir à la rencontre des petits frères, nous, les occidentaux.

Pendant 15 jours ils ont sillonné la France et donné des conférences pour parler de leur mode de vie, des menaces qui pèsent sur leur tribu et de leur rapport à l’environnement.
Aujourd’hui, les dernières terres des Kogis demeurent menacées à cause du narco trafic, de la guérilla, et de la déforestation. Mais l’histoire ne date pas d’hier, puisque depuis 1525, et l’arrivée des colons espagnols, l’exploitation de la Sierra Nevada se fait aux dépens des Kogis. Petit à petit ils ont été repoussés aux confins de la montagne.

Les Kogis de la Sierra Nevada de Santa Marta

Les Kogis vivent en totale harmonie avec la Sierra Nevada de Santa Marta, leur montagne, au Nord de la Colombie. Environ 12 000 hommes et femmes y mènent une existence simple et isolée. Ce sont les derniers héritiers de l’une des plus brillantes civilisations pré-colombiennes, les Tayronas. La Sierra Nevada est une terre riche d’une variété unique d’écosystèmes et qui accueille 7% des espèces vivants sur la planète. Cette pyramide enneigée est la plus haute montagne en bord de mer de la planète, elle culmine à plus de 5 800 mètres d’altitude à seulement 42km du littoral. La montagne des Kogis représente le cœur du monde, un être vivant, la Mère Terre, celle qui leur a donné naissance, celle à qui ils dédient leur vie. « Le sens de la vie est de se perpétuer éternellement, et pour cela il ne faut pas abîmer la terre, c’est une pensée très simple que l’on a beaucoup de mal à comprendre. », explique Claude Schwarb, correspondant en Colombie de l’association Tchendukua.  Cette association française se bat depuis 20 ans pour la restitution et la reforestation des terres ancestrales kogis.

Trois hommes Kogis ont fait le voyage, dont deux mamus : des chamans qui guident leur communauté. «  Mamu signifie soleil, et le soleil c’est celui qui guide, qui éclaire, qui protège et aide tout le monde. Le mamu est en lien avec la nature. », explique le troisième kogi, un jeune étudiant en comptabilité. Lui, vit entre les deux mondes, celui de ses ancêtres et celui du XXIème siècle. Il parle très bien espagnol, et appréhende mieux la culture des petits frères, il fait le lien entre son peuple et la modernité.


Vivre en équilibre avec la nature

« Pour prélever quelque chose à la nature, par exemple couper un arbre, il faut bien réfléchir au pourquoi, il faut justifier l’acte, organiser une consultation avec toute la communauté, afin de statuer et de décider de la procédure à suivre. Une fois l’arbre coupé il va falloir compenser cette action, il faut toujours remplacer ce que l’on prend à la terre mère. », explique Claude Schwarb.

Tout est une question d’équilibre avec la nature, le sens de leur vie est de le maintenir. Chaque homme doit protéger le territoire que la mère nature lui a offert. Ils ne cultivent et ne récoltent que ce dont ils ont strictement besoin. Pour eux, homme et nature sont indissociables. L’homme n’est qu’une graine, une semence que la nature a fait pousser. L’argent n’existe pas dans leur culture.

Seule la nature peut assurer les moyens de leur subsistance. Les mamus passent au minimum 9 ans pour se former. « Ils doivent tout connaitre sur les arbres, les rivières, les pierres… Si on apprend tout sur ces éléments, alors on peut commencer à les respecter.  », explique un kogi.

« Ils ont des connaissances de bons paysans tout simplement. Sur une petite parcelle cultivée on peut trouver 35 variétés de plantes différentes, 80% sont destinées à être mangées, et le reste sera utile autrement, pour la construction des maisons par exemple. On trouve de la canne à sucre à côté d’haricots qui vont s’agripper à la canne pour pousser, et dont les racines vont produire de l’azote… C’est un cycle où tous les éléments s’entraident, c’est de la permaculture, sauf que eux ne connaissent pas ce mot. »

Deux mondes en contradiction

« Quand ils arrivent en France, ou ailleurs en Europe, ce qui les surprend le plus c’est notre rapport au temps et la vitesse à laquelle va notre monde. Eux, ils prennent le temps pour tout. Depuis que je les ai rencontré je ne porte plus de montre » Claude Schwarb a appris la patience, les choses finissent toujours par arriver à qui sait attendre.

Claude Schwarb explique que les kogis ne comprennent pas non plus la prédominance du « je » dans nos sociétés. « Leur société fonctionne sans dirigeant, comme les abeilles, les guêpes ou les fourmis qui n’ont pas d’organe directeur. Il y a seulement des guides : les mamus qui conseillent mais qui n’ont pas de pouvoir décisionnel, la communauté décide en harmonie, après de longues discussions. Chez les Kogis tout est communautaire : construire une maison, semer, récolter… »

De ce je découle une autre idée inconnue du peuple Kogi : « Nous n’avons pas de notion de propriété, nous ne pouvons pas dire cela est à moi, cette idée n’existe pas chez nous. Nous on ne peut pas dire que l’eau, l’oxygène, ou la terre appartiennent à quelqu’un. La terre n’est la propriété de personne, puisque nous sommes la nature. Dans votre monde on a l’impression que l’on ne peut pas être libre. Dans nos montagnes on peut aller partout, dans vos villes nous n’avons vu que des propriétés privées, alors comment faites vous pour vivre ici ? Vous êtes attachés, amarrés comme des chiens en laisse ! Quelqu’un qui arrive chez vous il ne peut pas vivre ! »

Tchendukua : 1 200 hectares de terre déjà restituées

Quelques semaines avant la COP21, ces rencontres conférences ont ouvert une réflexion, et nous renvoient à l’absurdité d’un monde qui scie, avec frénésie, la branche sur laquelle l’humanité est assise : la planète terre.

Cette tournée a aussi permis de récolter des dons pour récupérer les terres ancestrales kogis. Grâce à Tchenudukua, les indiens ont déjà acquis près de 1 200 hectares de terre, qu’ils ont reboisés. Chaque lopin de terre est dédié à 80% à la reforestation, le reste est utilisé pour les cultures ou la création de villages. Ces terres réappropriées ont vu leur biodiversité renaître, la faune et la flore revivre, les traditions se perpétuer.
Pour en savoir plus sur Tchendukua, lire aussi notre article sur leurs actions

Le site de Tchendukua

Caroline Amiard

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