La leçon d’optimisme d’Al Gore à Sciences Po

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Al Gore, co-lauréat du prix Nobel de la Paix en 2007 avec les experts du climat du Giec, estime que la crise climatique « s’est aggravée » depuis six ans mais entend rester optimiste sur l’avenir de la planète, confie-t-il dans Le Monde daté de jeudi.
© AFP/Archives Saul Loeb

Reçu par François Hollande à l’Elysée le 18 mai dans le cadre des négociations de la COP21, l’ancien vice-président américain Al Gore a donné le jour même une conférence sur le climat à Sciences Po Paris. Confiant à l’idée de parvenir à un accord mondial pour contenir le réchauffement en décembre, le Prix Nobel reste certain « que la vérité est du côté de ceux qui revendiquent le changement ».

 

C’est sous un tonnerre d’applaudissements qu’Albert Arnold Gore prend son micro. Avec une aisance très caractéristique d’un habitué des « talks » à l’américaine, mêlant sérieux et désinvolture : une blague, quelques rires, puis la salle fait silence. Force est d’admettre que le personnage en impose. À 200 jours de la COP21 qui réunira les États autour d’un accord mondial sur le climat, il reste optimiste : « après un dernier non viendra le oui », en référence au poète américain Wallace Stevens. Et ce malgré les précédents échecs des négociations.

« Nous n’avons tout simplement plus le choix. Nous devons parvenir à un accord mondial et contraignant sur le climat », affirme Al Gore. Si l’origine anthropique du réchauffement fait encore débat chez les climato-sceptiques, le Prix Nobel 2007 estime que « le mythe » est devenu une réalité depuis longtemps. « 2014 a été la 38ème année consécutive avec la température la plus élevée de l’Histoire », explique-t-il, en comparant le réchauffement actuel avec plusieurs centaines de milliers de bombes Hiroshima lâchées chaque jour de l’année. Bilan : 0,85 degrés d’augmentation de la température mondiale entre 1880 et 2012, 19cm d’élévation du niveau des mers entre 1901 et 2010, avec bien d’autres conséquences sur la faune, l’économie ou encore les cultures agricoles.

Al Gore en est certain : la Terre atteint ses limites. « 90% du surplus de chaleur produite par les humains est absorbée par les océans. » Un phénomène qui engendre des dérèglements climatiques dans les deux sens, intensifiant les précipitations comme les sécheresses, désormais plus longues et sévères. Quelques exemples : le 29 septembre 2014, 25 cm de pluie sont tombés en seulement 3 heures à Montpellier, tandis que 140 villes ont du rationner leur consommation d’eau l’année dernière au Brésil. Al Gore rajoute : « la Californie est désormais à 98% en état de sécheresse, avec 47% du territoire en état de sécheresse exceptionnelle. Il ne lui reste qu’une seule année de réserves en eau. » Des conséquences qui s’étendent à de nombreuses régions du monde, comme en Syrie, où 60% des terres fertiles se sont transformées en désert entre 2006 et 2010, ce qui pourrait avoir contribué au déclenchement de la guerre civile.

Comme issue de secours, l’ancien vice-président revendique la voie de l’économie verte, qui connaît une vague d’investissements sans précédent depuis 2013, dans le solaire et l’éolien notamment. « Déjà 6,5 millions de personnes travaillent dans les énergies renouvelables. » Si la tendance s’affirme progressivement à mesure que les États s’engagent à réduire leurs émissions de CO2 (que ce soit volontairement ou par contrainte), tous ne se fixent pas les mêmes objectifs que l’Union européenne, à savoir une diminution de 40% d’ici à 2030.

D’où l’impératif de parvenir à un accord global pour limiter l’élévation de la température à deux degrés, avec une juste répartition des efforts en fonction des niveaux de développement et de responsabilité des 196 pays. Malgré tout l’optimisme d’Al Gore, le scénario catastrophe de Copenhague, en 2009, peut encore se reproduire. Une chose reste sûre, d’après lui : « Notre vision de la croissance est profondément malsaine. Il faut trouver d’autres indicateurs, le PIB à lui seul ne correspond plus aux réalités écologiques et sociales. » Avant d’ajouter : « si le coût environnemental du charbon était inclus dans son prix, il ne brûlerait plus depuis longtemps ! ».

Comme pour insuffler son propre enthousiasme au jeune public, c’est sur une note de défi que le Prix Nobel finit son discours : « Aurons-nous le courage de surpasser nos propres limitations ? » Avant de quitter l’amphithéâtre comme il y est rentré : sous les acclamations et dans l’espoir que la COP21 donne raison à son optimisme. Convaincu que « le monde dépend de ce oui ».

Pauline Pouzankov

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