Rob Stewart : du combat pour les requins à une révolution écologiste

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De passage à Paris pour rencontrer Yann Arthus-Bertrand, Rob Stewart, le réalisateur du film Sharkwater (Les seigneurs de la mer), estime que face à l’ampleur de la crise écologique actuelle, le monde a besoin d’une révolution et compte sur la capacité de l’humanité à se mobiliser pour faire bouger les choses.

« Il ne s’agit plus de protéger uniquement les requins mais l’espèce humaine. Face à la destruction des écosystèmes, c’est la survie de l’humanité qui est en jeu ! » Photographe sous-marin, biologiste et réalisateur, Rob Stewart est un passionné de requins. Dans Sharkwater, son premier film [Cliquez ici pour voir la bande-annonce de Sharkwater] dans lequel il s’est attaché à déconstruire le mythe du requin mangeur d’hommes, on le voit nager au beau milieu de dizaines de squales et même en tenir un de près de 2 mètres de long dans ses bras. « Pour ça, il existe un truc, explique-t-il avec malice. Les requins sont dotés d’un sixième sens, l’électroréception. Grâce à des capteurs sensoriels situés sous le museau, ils peuvent détecter des champs magnétiques et sont ainsi capables de se diriger directement vers leurs proies. Lorsque vous les caressez à cet endroit-là, ils se figent sur place et vous pouvez en faire ce que vous voulez ou presque. C’est ce qu’on appelle l’état d’immobilité tonique. »

Cinq ans après Sharkwater, Rob Stewart revient avec un nouveau film, Révolution, qui sortira en salle aux Etats-Unis en 2012. Mais au-delà de son film, c’est justement une révolution que le réalisateur canadien de 31 ans veut initier. « Personne ne sait comment nous sortirons de ce siècle, ni les scientifiques, ni les politiques. Il n’y a aucune stratégie pour résoudre la crise écologique actuelle, explique-t-il. Il faut que tout change, et pour cela, nous avons besoin d’une mobilisation massive. » Pour Rob, qui a parcouru le monde pendant 4 ans pour ce nouveau film, tous les ingrédients sont réunis pour qu’une telle révolution se produise : « Comme pour la fin de l’esclavage, le combat pour les droits de femmes ou encore la lutte pour les droits des Noirs aux Etats-Unis, nous sommes dans une situation où les gens savent que quelque chose ne va pas, qu’il y a des injustices et qu’il est temps que tout cela change. »

L’exemple de Sharkwater lui a montré ce dont est capable l’homme lorsqu’il sait ce qui se passe. Début 2011, le gouverneur de l’île de Saipan dans les Mariannes, a ainsi interdit le commerce d’ailerons de requins après qu’une classe de primaire qui avait vu le film lui ait écrit pour lui demander de protéger les requins. « Mais le problème, c’est qu’il n’existe pas d’école pour devenir écologiste et pour faire changer le monde », glisse-t-il avec un sourire. Rob a donc créé une ONG, United Conservationists, pour construire une communauté à même de se battre pour notre futur. Il souhaite qu’elle soit la première d’une nouvelle génération d’ONG, « les ONG d’aujourd’hui sont dépassées, nous avons besoin d’une renaissance ! », lance-t-il. « Lorsque j’étais avec Sea Shepherd lors du tournage de Sharkwater, nous avons effectivement empêché des braconniers de tuer des centaines de requins mais au final, est-ce que la pêche au requin a cessé ? Non, c’est toujours un business énorme, contrôlé par une mafia très organisée. Ce que fait Sea Shepherd permet au monde de prendre conscience d’un problème et c’est très bien, mais même avec 10 000 bateaux comme ceux de Paul Watson, il y aura toujours des chasseurs de baleines ou de requins. »

Ce qui caractérise Rob, c’est qu’il croit dur comme fer en l’humain. Pour lui, nous avons tous la capacité de changer le monde et de faire avancer les choses, mais maintenant, il faut passer à la vitesse supérieure. Il explique que chacun doit dépasser le stade des actions individuelles pour inventer une nouvelle façon d’agir. « Dire aux gens qu’il faut marcher pour aller au travail, devenir végétarien, moins consommer, etc. ça ne suffit pas sans une véritable révolution. Et d’ailleurs, dire « il faut arrêter de prendre la voiture, arrêter d’utiliser des appareils électroniques, etc. » risque d’entraver notre capacité à nous rassembler. » Rob Stewart a une vision profondément humaniste – et utopiste ? – de cette révolution. Il considère que chacun doit dépasser le stade des actions individuelles pour inventer une nouvelle façon d’agir et ne croit pas que l’homme soit trop égoïste pour cela : « Je suis persuadé que le côté égoïste des gens disparaîtra dès qu’ils entreront dans la bataille. », lâche-t-il. Une bataille… Cette révolution peut-elle prendre la forme d’une guerre ? « Pourquoi pas ! Mais ce n’est bien évidemment pas obligatoire », précise-t-il.

« Nous sommes la génération charnière. Vous voulez que vos enfants puissent vivre sur cette planète ? Alors levez-vous et mobilisez-vous ! Les enfants d’aujourd’hui sont certes plus sensibles à l’environnement que leurs parents mais on ne peut pas attendre que les enfants grandissent et qu’ils arrivent à des postes clés. Maintenant, c’est tout le monde sur le pont ! Il nous faut des guerriers, des héros, et il y en a un en chacun d’entre nous. »

Cliquez ici pour voir la bande-annonce de Sharkwater

Benjamin Grimont

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