À l’occasion de la journée mondiale de la vie sauvage le 3 mars, le Jane Goodall Institute France rappelle l’importance de la lutte contre le trafic d’espèces sauvages. Ce dernier, après la drogue, les armes et les êtres humains, est l’un des plus lucratifs au monde. Il fait l’objet d’accords internationaux pour lutter contre ce fléau, notamment la convention CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage) signée en 1973. Mais cette tribune souligne que tout le monde peut agir à son niveau contre le braconnage et que celui-ci se nourrit des inégalités et de la pauvreté. GoodPlanet Mag’ vous propose ce texte dans nos pages Débattre. Le Jane Goodall Institute a été fondé en 1977 par la célèbre éthologue britannique pour contribuer à la recherche sur les primates. Sa branche française a ouvert ses portes en 2004, et s’engage depuis pour sensibiliser sur les enjeux environnementaux et préserver la biodiversité.
Le trafic d’espèces sauvages n’est pas un phénomène lointain ou marginal. C’est un trafic relevant de la criminalité organisée transnationale, au même titre que la traite des êtres humains, le trafic de drogues et celui des armes. Il génère des milliards de dollars et touche tous les continents, tous les pays — que ce soit comme pays d’origine, de transit ou de destination. Et ses conséquences sont dévastatrices : pour les animaux, pour les humains et pour l’environnement que nous partageons tous.
Derrière presque chaque animal victime de trafic se cache une histoire de souffrance, d’effondrement des écosystèmes et de crime organisé. Et un échec collectif de notre humanité. Le trafic d’espèces sauvages alimente la corruption, affaiblit l’État de droit, menace les moyens de subsistance et accroît le risque de maladies zoonotiques. Il accélère la perte de biodiversité à un moment où la nature peut le moins se le permettre.
Face à une crise d’une telle ampleur, les actions isolées ne suffisent pas. Nous avons besoin d’une réponse globale, à long terme et collaborative. C’est là que l’approche unique du Jane Goodall Institute prend tout son sens.
Une vision unique : les Animaux, les Personnes et l’Environnement
Depuis plus de 45 ans, le Jane Goodall Institute œuvre à la croisée des chemins entre les animaux, les personnes et l’environnement. Cette vision intégrée repose sur une vérité simple mais puissante : nous ne pouvons protéger la faune sauvage sans soutenir les communautés locales, et nous ne pouvons préserver les écosystèmes sans répondre aux besoins humains.
Cette approche est essentielle pour lutter contre le trafic d’espèces sauvages, un crime qui exploite simultanément la vulnérabilité écologique, les inégalités sociales et les faiblesses de gouvernance.
Des lois aux réalités du quotidien : transformer les engagements en actions
Le plaidoyer a toujours été l’une des pierres angulaires du travail du Jane Goodall Institute. Depuis des décennies, nous collaborons avec les gouvernements, les institutions internationales et les acteurs des accords multilatéraux afin de promouvoir des législations plus strictes et plus protectrices contre le trafic d’espèces sauvages. Ces efforts ont contribué à des avancées importantes aux niveaux national, régional et mondial.
Mais adopter des lois ne suffit pas. Agir sur le terrain est essentiel.
Si les lois ne sont ni comprises, ni appliquées, ni soutenues localement, les trafiquants trouveront toujours un moyen de les contourner. C’est pourquoi, depuis 1977, le Jane Goodall Institute met en œuvre une approche triangulaire sur le terrain pour combattre le trafic d’espèces sauvages :
- Sensibilisation et éducation des communautés, afin que chacun sache ce qui est légal ou non, et comprenne pourquoi la protection de la faune sauvage est essentielle — non seulement pour les animaux, mais aussi pour leur propre avenir.
- Formation et soutien aux rangers et éco-gardes, souvent première ligne de défense face aux réseaux de trafic, travaillant dans des conditions difficiles et dangereuses.
- Collaboration avec les autorités locales, notamment les services vétérinaires, les autorités douanières, la police et les services de la faune, afin de garantir que les animaux saisis reçoivent les soins appropriés — par exemple dans des sanctuaires pour chimpanzés secourus.
Ce travail concret transforme les politiques en protection effective, et le sauvetage en réhabilitation. Depuis des décennies, nous mettons en œuvre avec succès cette approche en trois volets dans les zones où nous déployons nos programmes de conservation centrés sur les communautés, avec l’ensemble de nos partenaires et parties prenantes. Et cela fonctionne.
Comme l’a déclaré le Dr Jane Goodall : « Aucune organisation à elle seule, aucun pays à lui seul, ne peut mettre fin efficacement au commerce illégal d’espèces sauvages, qui ne connaît pas de frontières. Seuls nos efforts collectifs et une collaboration continue au-delà des frontières permettront d’éradiquer ce commerce cruel et dévastateur. Ensemble, nous devons simplement le faire. »
Science, technologie et protection sur le terrain
Le Jane Goodall Institute fonde ses actions sur les connaissances scientifiques. Celles issues de nos propres recherches comme celles issues de nos partenariats. Cet engagement s’étend naturellement à l’utilisation de technologies innovantes et émergentes pour protéger les chimpanzés et les autres espèces dont nous avons la charge. Et bien sûr contre les trafiquants.
Dans l’ensemble de nos programmes, nous recourons de plus en plus à des outils tels que la surveillance à distance, la planification de la conservation fondée sur les données et des solutions technologiques permettant la détection précoce des menaces, le renforcement des dispositifs de surveillance et l’amélioration de la coordination entre les équipes de terrain et les autorités. Ces technologies ne remplacent pas la présence humaine — elles la renforcent. Elles permettent aux rangers et aux communautés locales d’agir de manière plus sûre et plus
efficace, d’améliorer la protection des sanctuaires et de prendre des décisions fondées sur des données probantes plutôt que sur l’urgence.
En combinant science, technologie et expérience approfondie du terrain, nous renforçons notre capacité à garder une longueur d’avance sur les trafiquants et à nous adapter à l’évolution des pratiques criminelles.
Pour les chimpanzés — l’une des espèces les plus touchées par la capture et le trafic illégaux — ces outils sont essentiels pour protéger les individus, prévenir le trafic et garantir une protection à long terme.
Changer les mentalités pour changer les résultats
Le trafic d’espèces sauvages ne peut être stoppé par la seule répression. La demande alimente ce commerce. Tant que les animaux sauvages seront perçus comme des marchandises, des symboles de statut social, des divertissements ou du contenu pour les réseaux sociaux, le trafic persistera.
La sensibilisation du public est essentielle.
À travers notre programme Roots & Shoots — le mouvement mondial de jeunesse fondé par Jane Goodall — nous donnons aux jeunes les moyens de comprendre l’impact du trafic d’espèces sauvages et d’agir dans leurs écoles, leurs villes. L’éducation développe l’empathie. L’empathie nourrit l’espoir et le sens des responsabilités. Et l’espoir et la responsabilité conduisent à l’action.
Unir nos forces contre la criminalité organisée
Les trafiquants sont de plus en plus sophistiqués et s’adaptent rapidement. Par exemple, en recourant au « blanchiment d’espèces » — une pratique frauduleuse consistant à faire passer des animaux protégés ou menacés pour des spécimens légalement élevés ou commercialisés.
Faire face à ces réseaux criminels organisés et évolutifs exige une coopération sans précédent.
Le Jane Goodall Institute agit au sein de solides coalitions internationales, aux côtés de partenaires tels que le Great Apes Survival Partnership (GRASP), la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), des agences de maintien de l’ordre telles qu’Interpol et Europol, ainsi que des réseaux d’ONG comme la Global Initiative to End Wildlife Crime et PASA. Nous sommes convaincus qu’aucune organisation, aucun gouvernement ne peut relever seul ce défi.
C’est en travaillant ensemble que nous pourrons agir avec le plus d’effet.
Un appel à l’action — pour chacun d’entre nous
Pour lutter contre le trafic d’espèces sauvages, nous avons besoin de tous :
- Des décideurs politiques pour adopter et faire appliquer des lois solides.
- Des rangers et des acteurs de première ligne pour protéger la faune sur le terrain.
- Des sanctuaires de haute qualité pour prendre en charge les animaux saisis.
- Un public informé, conscient des enjeux et sachant comment réagir.
Et VOUS aussi vous pouvez agir — dès maintenant, où que vous soyez :
- Donnez de votre temps pour soutenir les soins aux animaux secourus ;
- Apprenez à réagir face à des contenus illégaux ou nuisibles liés à la faune en ligne ;
- Interpellez les individus ou entreprises qui profitent de l’exploitation de la faune ;
- Informez-vous et formez les autres avec notre fresque du trafic
Le trafic d’espèces sauvages est une menace mondiale — mais il n’est pas inévitable. Lorsque nous agissons ensemble, le changement devient possible.
Au Jane Goodall Institute, nous croyons au pouvoir de l’action collective. Car protéger la faune sauvage, c’est protéger notre avenir commun. Comme le rappelait souvent le Dr Jane Goodall « Chaque individu compte. Chaque individu a un rôle à jouer. Chaque individu peut faire la différence. »
Trafic d’espèces sauvages : une crise mondiale exigeant une réponse collective
Par Galitt Kenan (directrice) et Roxane Batt (responsable du pôle plaidoyer) du Jane Goodall Institute

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