Une découverte accidentelle révèle les effets du réchauffement climatique sur les manchots empereurs


Un groupe de manchots empereurs © Peter Fretwell, BAS

En étudiant des images satellitaires, des chercheurs du British Antarctic Survey (BAS ou centre d’études britanniques sur l’Antarctique) ont découvert des taches marrons au niveau de la terre de Marie Byrd, dans l’Antarctique occidental. Les chercheurs, qui menaient une étude sur la fonte des glaces, ont vite compris que ces taches étaient des manchots empereurs en période de mue. C’est la première fois que ce processus a été observé par satellite. Cette découverte a conduit à une étude qui montre la diminution drastique des populations de manchot empereur ces dernières années. La fonte des glaces, provoquée par le réchauffement climatique, met en péril les manchots pendant leur mue.

Les dangers de la fonte des glaces

Selon les observations du BAS, avant 2022, plus d’une centaine de groupes de manchots faisaient leur mue dans la Marie Byrd. Or, en 2025, seul 25 groupes étaient visibles sur les images satellite. Il est probable que la plupart des manchots étudiés n’ait pas survécu à la période de mue en raison notamment de la fonte de la banquise.

« Même si nous ne sommes pas sûrs de ce qui est arrivé à ces manchots, on sait qu’ils sont capables de trouver d’autres sites pour la reproduction suite à la fonte des glaces. Il est donc possible qu’ils aient aussi trouvé et établi de nouveaux sites pour leur mue », déclare Peter Frewell, le principal auteur de l’étude du BAS. Mais, il prévient que « il est aussi possible que de nombreux manchots aient péri après être rentrés dans l’Océan austral avant d’avoir fini leur mue », et ajoute : « si c’est le cas, la situation pour les manchots empereurs est encore pire que ce qu’on pensait ».

Image satellite de manchots empereurs © Vantor, BAS

Les auteurs de l’étude rappellent que la situation des manchots empereurs en dit beaucoup sur la santé de l’écosystème antarctique. En effet, la majorité des espèces qui habitent le continent ne sont pas facilement observables à cause de leur isolement extrême. Grâce aux images satellitaires, l’observation des changements des habitudes des manchots alerte également sur le bien-être des autres espèces.

Les manchots empereurs vivent sur les côtes de l’Antarctique occidental. Ils passent la plupart de leur temps entre la pêche dans l’océan et la banquise, sans jamais rester trop longtemps sur la terre ferme. Ils vivent dans des colonies allant d’une centaine à deux milliers d’individus et se nourrissent principalement de poissons et de krill.

Les mues « catastrophiques »

Chaque été, les manchots empereurs migrent de la mer de Ross jusqu’à la terre de Marie Byrd pour faire leur mue. Ils peuvent ainsi parcourir jusqu’à 1000 kilomètres sur la glace. Contrairement aux autres oiseaux, qui changent leurs plumes tout au long de l’année, les manchots font une mue dite « catastrophique ».

Ils changent alors tout leur plumage en quelques semaines au cours de l’été antarctique, qui dure de la mi-janvier au début du mois de mars. Pendant ces quelques semaines, les manchots ne peuvent pas aller dans l’eau, car leurs nouvelles plumes ne sont pas encore imperméables – ils risqueraient l’hypothermie. De plus, au moment de ce changement de plumage, les manchots sont très vulnérables et affaiblis : le poids des plumes mouillées pourrait les alourdir et les faire se noyer. Durant cette période, ils ne peuvent donc pas pêcher de poissons et peuvent perdre entre 40 % et 50 % de leur poids. Cette faiblesse les rend également plus vulnérables aux prédateurs.

Au cours de la mue, donc, les manchots empereurs restent en groupe sur la banquise. Pourtant, le réchauffement climatique rend la glace de mer plus rare et fragile : sa quantité a diminué d’un tiers entre 2022 et 2024 (de 3 à 2 millions de mètres cubes). Les manchots sont donc toujours plus nombreux sur la glace qui reste, ce qui la fragilise davantage, et les rend plus vulnérables.

Sofia Dal Bianco

Cet article vous a plu ? Il a été rédigé par une de nos rédactrices, soutenez-nous en faisant un don ou en le relayant.
L’écologie vous intéresse ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire.

Pour aller plus loin :

Une vidéo en anglais de la BBC qui montre la mue des manchots à jugulaire, racontée par Sir David Attenborough :

À lire aussi sur GoodPlanet Mag’: 

Le pouvoir climatique surprenant du guano de manchots

Climat : en Antarctique, les manchots avancent leur période de reproduction à vitesse « record »

La grippe aviaire menace la faune de l’Antarctique

Ecrire un commentaire