Les forêts du monde sont en train de progressivement s’homogénéiser, ce qui représente à la fois un risque pour leur biodiversité et pour leur rôle dans les cycles naturels, dont celui du carbone. Les forêts seront dominées par les arbres à croissance rapide alors que les espèces plus lentes à pousser et celles spécialisées risquent de disparaitre, selon une étude scientifique publiée en février 2026 dans la revue Nature Plants. Une équipe internationale de chercheurs a analysé 31 000 espèces d’arbres présents autour du monde afin de modéliser les évolutions possibles des forêts et de leurs fonctions écologiques. « Les activités humaines conduisent simultanément au déclin et à l’extinction des arbres natifs et à la naturalisation d’espèces étrangères. Ensemble, ces processus font évoluer les communautés forestières du monde entier vers des espèces à croissance rapide, et à forte utilisation des ressources, tandis que les espèces à croissance lente, tolérantes au stress (dites « conservatrices »), font face à un risque d’extinction disproportionné. La transformation de la composition des forêts peut affecter leur capacité à stocker du carbone, leur stabilité et le type d’habitat qu’elles procurent. C’est pourquoi le sujet se montre important », résume Jens-Christian Svenning dans une réponse par email aux questions de GoodPlanet Mag’. Auteur principal de l’étude, Jens-Christian Svenning est professeur et directeur au Département de biologie de l’Université d’Aarhus.
Un remplacement des espèces locales d’arbres pour de nouvelles venues plus rapides et compétitives
L’étude souligne les impacts de la disparition des espèces à croissance lente car elles sont un des piliers de la stabilité d’une forêt. Jens-Christian Svenning les présente comme « la colonne vertébrale des écosystèmes de forêt » où elles participent à la « stabilité, au stockage du carbone et à la résilience face aux changements ».
Néanmoins, le chercheur s’inquiète notamment des conséquences de la disparition d’espèces spécifiques à certains endroits : « nous parlons d’espèces uniques qui se trouvent principalement dans les régions tropicales et subtropicales. Dans ces régions la biodiversité se révèle riche et aussi très interconnectée. Lorsque des espèces natives spécialisées disparaissent, elles laissent des trous dans les écosystèmes que les espèces exotiques ne parviennent pas à remplir, même s’il s’agit d’espèces à croissance rapide ». Le phénomène témoigne de la perte de qualité des éléments composant les écosystèmes, chacun y possédant un rôle, et les milieux forestiers se retrouvent alors fragilisés.
En effet, les arbres qui poussent le plus vite sont aussi ceux qui se montrent les plus vulnérables face aux chocs climatiques, aux sécheresses, aux ravageurs ou encore face aux tempêtes. Parmi les espèces à croissance rapide les plus connues figurent de nombreuses espèces d’acacias, d’eucalyptus, de peupliers ou encore de pins. Elles ont en commun d’être peu denses en bois. L’étude montre aussi que 41 % des espèces d’arbres dites « naturalisées », des espèces qui ne sont pas originaires d’une région donnée mais qui y poussent désormais à l’état sauvage, possèdent les caractéristiques suivantes : une croissance rapide et de petites feuilles.
Une prolifération des essences à croissance rapide qui bouleverse les équilibres des forêts
La prolifération des espèces à croissance rapide « donne des forêts moins stables et moins efficaces dans le stockage du carbone », conclut Jens-Christian Svenning.
Les activités humaines sont mises en cause dans la transformation des forêts. « Le changement climatique anthropique, la déforestation liée aux infrastructures, la sylviculture intensive, l’exploitation forestière et le commerce mondial des espèces d’arbres jouent un rôle. Les arbres à croissance rapide sont souvent privilégiés car ils produisent rapidement du bois ou de la biomasse. Pourtant, d’un point de vue écologique, ils sont souvent fragiles et plus sensibles aux maladies », explique Wen‑Yong Guo, co-auteur de l’étude et professeur à l’université de Shangaï.
Jens-Christian Svenning précise dans son email que « les arbres à croissance rapide sont largement favorisés dans les pratiques forestières, plantés et transportés. Surtout, ils s’implantent plutôt facilement dans les environnements perturbés ou confrontés à un changement rapide. Leur expansion reflète une combinaison de décisions économiques, de modifications dans l’usage des sols et d’une augmentation des perturbations environnementales »
Même si le chercheur reconnaît que « au sujet de la biodiversité, le débat tourne souvent autour du couvert forestier plutôt que sur la diversité des espèces d’arbres présentes. », il rappelle que « les espèces qui dominent influencent fortement la biodiversité et donc le fonctionnement des écosystèmes. Cette nuance n’est pas encore pleinement prise en compte dans de nombreuses discussions politiques. » Il plaide pour diversifier et mélanger les espèces au sein des forêts. « Prévenir la disparition des espèces natives vulnérables se montre tout aussi important que planter de nouveaux arbres. La conservation des forêts ne consiste pas seulement à planter des arbres, il s’agit de préserver toute la diversité des stratégies fonctionnelles, y compris les espèces « conservatrices » à croissance lente, souvent négligées. En Europe, de telles espèces incluent le chêne vert, le chêne-liège, le pin noir d’Europe, l’if commun ou encore le houx commun. Ces arbres poussent certes lentement, mais ils tolèrent des conditions difficiles. Ils soutiennent une biodiversité spécialisée. Toutefois, ces essences sont négligées dans les pratiques forestières modernes et les programmes de reforestation, dominés par des espèces à croissance rapide. »
Cet article vous a plu ? Il a été rédigé par un de nos rédacteurs, soutenez-nous en faisant un don ou en le relayant.
L’écologie vous intéresse ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire.
Pour aller plus loin, à lire aussi sur GoodPlanet Mag’
Pour aller plus loin
Le communiqué (en anglais) de l’université d’Aarhus Fast-growing trees are taking over the forests of the future and putting biodiversity and climate resilience under pressure
L’étude (en anglais) Global functional shifts in trees driven by alien naturalization and native extinction | Nature Plants
À lire aussi sur GoodPlanet Mag’
Un point de rupture de l’écosystème de la forêt amazonienne franchi d’ici 2050 ?
Planter des arbres réduit la mortalité

Ecrire un commentaire