Gaz de schiste : des oppositions venues de Pennsylvanie

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Torchère du gaz de schiste en Californie © David McNew/Getty Images/AFP
La fondation GoodPlanet publie le 9 octobre 2014 un livre sur les enjeux du gaz de schiste » Gaz de schiste : le vrai du faux  » (aux Éditions Delachaux et Niestlé). En voici un extrait, sur les origines du mouvement de contestation, né en Pennsylvanie.
C’est en Pennsylvanie, sur la côte est des États-Unis, non loin de New York, qu’est née l’opposition aux gaz de schiste. Le sous-sol de la région contient les schistes de Marcellus, une formation géologique similaire à celle de Barnett au Texas, quoiqu’un peu plus profonde. Les experts débattent encore des quantités de gaz présentes, mais il pourrait s’agir du plus important gisement de gaz de schiste de la planète. Ce gisement s’étend jusqu’à l’État de New York, celui de l’Ohio et de la Virginie de l’Ouest, trois des États les plus densément peuplés du pays : avec 161 hab/km2, New York présente une densité quarante fois plus importante que le Dakota du Nord (qui ne possède que 3,8 hab/km2). Conséquence de cette densité : les perturbations sont plus fortes. En 2011, les ONG locales recensaient déjà 320 centres de soins, 67 écoles et des hôpitaux situés à environ 3 km d’un forage.

Cerise sur le gâteau, la spécificité géologique des schistes de Marcellus, leur plus grande « dureté », impose d’utiliser des volumes supérieurs d’eau pour la fracturation. D’où un impact écologique supérieur. De surcroît, la sensibilité des habitants est exacerbée. Car la Pennsylvanie est l’opposé du Texas. Alors que ce dernier est fier de son industrie pétrolière, la Pennsylvanie est l’un des foyers de la conscience écologique américaine. Dans cet État industriel, avec de nombreuses mines et usines, la population a fait face depuis un siècle à une multitude de pollutions. C’est ici que naît Rachel Carlson, l’auteur du Printemps silencieux (Silent Spring, 1962), l’un des livres fondateurs de l’écologie, qui déclenche à la fois la création de l’Agence américaine de l’environnement et une prise de conscience mondiale sur les dangers des pesticides. C’est ici que se produit en 1979 l’accident de Three miles island, le plus grave accident nucléaire avant Tchernobyl, et qui détermine l’arrêt du programme nucléaire américain. C’est ici encore, plus récemment, que plusieurs fleuves importants sont contaminés par l’industrie. L’un d’entre eux, la Susquehanna, est même nommé fleuve en danger de l’année en 2005.

La Pennsylvanie est également un État aux traditions politiques différentes. C’est le bastion de la révolution contre les Anglais, une région plutôt démocrate (Obama y reçoit 51,9 % des voix en 2012), et même si les verts locaux font un score minuscule (0,37 %), des écologistes de tous bords existent et se structurent. Très logiquement, la population n’est donc pas très enthousiaste : d’après un sondage réalisée par l’université du Michigan, 58 % de la population de l’État soutien l’idée d’un moratoire sur la fracturation. C’est donc ici que va naître le mouvement d’opposition aux gaz de schiste. Et c’est aussi là que commence le film Gasland (film documentaire de Josh Fox, 2010), qui va en devenir l’un des symboles fédérateurs. C’est en Pennsylvanie aussi que certaines des batailles juridiques les plus âpres se déroulent, à tous les niveaux de l’édifice judiciaire américain, plus décentralisé que le système français. Cela inclut des interdictions locales, des moratoires, des restrictions dans le plan d’utilisation des sols, des lois (au niveau de l’État) imposant de rendre public les produits chimiques utilisés, les revenus dégagés, l’utilisation des sols, etc.

On le reverra par la suite, la France n’est pas le seul endroit du monde à protester contre les gaz de schiste.

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