Desertification : un défi pour la planète toute entière

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La désertification est un processus d’altération à grande échelle des terres situées en zone sèche. Longtemps pensée comme une avancée du désert sur les terres productives pour des raisons essentiellement climatiques, la désertification est en réalité un processus complexe, où climat et activités humaines se conjuguent. Environ la moitié des terres productives de la planète (40%) sont des terres arides dont 70% seraient touchés par le processus de désertification.

Ces zones fragiles doivent supporter habitats, cultures et bétail de plus d’un tiers de l’humanité, dont 90% vit dans les pays en développement. Un tiers de la rive européenne de la Méditerranée et 85% des prairies des Etats-Unis sont aussi concernés.

Les pertes économiques annuelles liées à la dégradation des sols se chiffreraient à 48 milliards d’euros.

La désertification menace aujourd’hui environ un milliard de personnes. Un tiers de la population mondiale pourrait être affecté à l’avenir. D’ici 2025, les deux tiers des terres cultivables pourraient disparaître en Afrique, un tiers en Asie et un cinquième en Amérique du Sud. Aux Etats-Unis et en Espagne, un tiers du pays est en voie de désertification.

La convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULD) définit la désertification comme «la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines» et entraînant une perte progressive de productivité du sol et un amenuisement du couvert végétal. Résultat de facteurs environnementaux et humains, la désertification conduit à la réduction de la fertilité du milieu et donc à la baisse des revenus et à l’extension de la pauvreté. La rareté et la grande variabilité des ressources en eau, la faible épaisseur des terres arables, la faible productivité de la biomasse rendent les terres en zones sèches très vulnérables aux pratiques d’exploitation nuisibles telles que le surpaturage, le déboisement intensif, les cultures pluviales ou irriguées mal conduites ou incontrôlées.

Sous l’effet de la désertification, les eaux de pluie ruissellent davantage sur les sols au lieu de s’infiltrer et de reconstituer les réserves en eau utiles aux plantes. Soumis à l’influence du vent et des eaux de ruissellement, les sols sont décapés et perdent leurs éléments les plus fertiles. Le taux de matière organique diminue beaucoup. Chaque année, 6 millions d’hectares de terres perdent leur potentiel biologique. Si la dégradation est modérée, le phénomène peut être réversible. La restauration de milieux désertifiés se traduit souvent par une meilleure infiltration de l’eau, une augmentation du taux de couverture de la végétation et une plus grande biodiversité. Si par contre la dégradation est qualifiée de sévère ou de très sévère, le phénomène peut devenir irréversible, sauf au prix de travaux très coûteux.

La désertification se manifeste différemment selon les espaces géographiques. En zones pastorales, on constate la dégradation de la végétation et des sols et la diminution de la régénération des aquifères; en zones de cultures pluviales, la préoccupation principale est la dégradation physique, chimique et biologique des sols; et en zones de cultures irriguées s’ajoute la stérilisation progressive des sols par salinisation. (lien indicateur desertification)

Des causes humaines

Les changements climatiques, pouvant se traduire par des modifications de la pluviométrie, et la forte croissance de la population mondiale, conduisant à l’accroissement des espaces cultivés, de la pression sur les pâtures et de l’exploitation forestière, ont de multiples conséquences:

– Erosion des sols, favorisée par le déboisement massif qui ne permet plus le maintien de la terre. Cela est dû autant à des activités de défrichement et d’extension de périmètres agricoles qu’à la satisfaction des besoins en énergie. Au Sénégal, le bois couvre 40% des besoins en énergie domestique et plus de 90% au Tchad. La disparition du couvert végétal – et des forêts en particulier – entraîne la perte de la vapeur d’eau d’origine végétale. L’atmosphère étant moins chargée en vapeur d’eau, les pluies se raréfient.

– Destruction et altération du couvert végétal par le surpâturage, favorisant l’émission de poussières dans l’atmosphère, la dégradation des sols et des pertes d’eau par ruissellement. La désertification touche 73% des zones de parcours.

– Salinisation des sols, résultat de pratiques d’irrigation inadaptées. La désertification touche 30% des terres irriguées – et 47% des terres agricoles non irriguées.

– Assèchement de cours d’eau, de lacs, par la construction de barrages et le détournement des fleuves pour l’irrigation à grandes échelles. La destruction de la mer d’Aral en est un exemple; elle est aujourd’hui constituée de vastes étendues salées, où le vent emporte de 15 à 75 millions de tonnes par an de sable et de poussière de surcroit pollués par les pesticides.

– Disparition ou menaces de disparition de la flore et de la faune sauvage suite à la diminution de leurs ressources alimentaires ou la conversion des écosystèmes naturels en zones cultivées.

Les observations résultant de nombreuses études s’accordent à montrer une amplification de ces phénomènes.

Pauvreté et désertification

«La désertification est à la fois la cause et la conséquence de la pauvreté. C’est la pauvreté qui pousse les habitants des zones sèches à exploiter au maximum les terres, les conduisant à privilégier leur survie à court terme» (CNULD). La menace est particulièrement aïgue pour les 250 millions de personnes pauvres des zones rurales sèches qui dépendant directement de leurs productions et du bois combustible pour survivre.

La rareté des ressources alimente la compétition et entraine de nombreuses crises: famines, conflits, etc. La destruction du potentiel biologique des terres conduit notamment à la baisse de la production alimentaire; les populations ne pouvant plus se nourrir correctement, beaucoup choisissent la migration comme moyen de survie. 70% des personnes qui souffrent de la faim vivent à la campagne. Et la moitié des 50 millions de réfugiés environnementaux, annoncés d’ici à 2010, seront originaires d’Afrique sub-saharienne.

En Chine, depuis les années 50, 100.000 km2 de terres sont devenus improductifs. Les tempêtes de sable, chargées de polluants toxiques, sont cinq fois plus fréquentes qu’il y a 50 ans. En 2002, le nuage a touché 70 millions de personnes dans le nord du pays. En 2006, sur huit tempêtes, la pire a déversé 330.000 tonnes de particules sur Pékin. Elles affectent les récoltes et provoquent des troubles respiratoires. Le désert et les dunes de sable progressent d’environ 2000 km2/an, engloutissant villes et sols productifs et menaçant les revenus de 400 millions de personnes.

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