Le réchauffement attise les convoitises en Arctique

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 4 minutes  

Arctique Banquise
L’Arctique est le territoire entourant le pôle Nord, composé de l’océan Arctique et de 14 millions de kilomètres carrés de terres émergées. Les peuples qui y vivent sont les Yakoutes (Russie et Sibérie) dont la population est estimée à 300.000 individus, les Inuits (Russie, États-Unis, Canada et Groenland) estimés à 150.000, les Sâmes ou Lapons de 60.000 à 100.000 (nord de la Scandinavie et ouest de la Russie) et les ethnies du nord de la Russie (Évenks, Nénetses, Tchouktches, Aléoutes, etc.) représentant 50.000 individus. Leur survie, comme celle de la faune, est menacée par les changements climatiques. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la banquise a rétréci de 6 à 7% en hiver et de 20 à 25% en été au cours des 30 dernières années. Elle a atteint en septembre 2007 son niveau le plus bas depuis 1978: 4,1 millions de km². L’ouverture rendue possible par le déclin des glaces de passages navigables ainsi que l’accès à de nouveaux territoires promettent l’exploitation massive d’une zone aussi riche que fragile.

L’Arctique se définit soit comme la région située au nord du cercle polaire Arctique (66°30’ de latitude nord), soit comme celle située au nord de l’isotherme estival de 10 °C (ligne reliant les différents points ayant une température moyenne annuelle de 0 °C et une température moyenne de 10 °C pour le mois d’été le plus chaud). Son territoire se partage entre un océan partiellement gelé et des terres émergées présentant une diversité de paysages, notamment de glaces, de terres arides à végétation éparse, de toundra, vaste plaine ouverte avec un couvert végétal bas et continu, de zones humides et de forêts. Près de 80% se trouvent en Fédération de Russie et au Canada, 16% dans les pays scandinaves et 4% en Alaska. Un immense glacier, de plusieurs kilomètres d’épaisseur, recouvre le Groenland (2.175.600 km²), formant la calotte glaciaire, ou Inlandsis. La banquise couvre entre 7,5 et 15 millions de km² sur une épaisseur moyenne d’environ trois mètres. Dans l’Arctique, il y a un nombre limité d’espèces connues parmi lesquelles certaines ont une fonction majeure pour les autochtones, leurs cultures et leur économie. Leur survie dépend directement de la santé des écosystèmes locaux, extrêmement sensibles aux perturbations et à la pollution.

Un déclin généralisé

La superficie de la banquise Arctique a atteint son niveau le plus bas depuis 1978. Le précédent record de 5,3 millions de km² en 2005 a été dépassé pour atteindre 4,1 millions de km² en 2007, libérant des glaces plus de la moitié de l’océan. La plupart des modélisations climatiques prévoient qu’elle diminuera de 75% d’ d’ici à 2100. Selon une récente étude du National Snow and Ice Data Center, la superficie moyenne de la glace de mer en Arctique aurait déjà perdu 20% depuis 1979 et pourrait passer à moins de 6 millions de km² en hiver avant 100 ans. Il apparaît que ces modélisations sous-estiment déjà la tendance observée sur les 30 dernières années. Certaines prédictions annoncent en effet qu’elle pourrait disparaître totalement durant l’été à partir de 2040, voire avant. D’après le Centre National de Recherche Atmosphérique du Colorado, 50% des zones de pergélisol pourraient fondre d’ici à 2050 et 90% en 2100. Cette fonte s’accompagnerait d’une augmentation des eaux ruisselant dans l’océan Arctique ainsi que d’un accroissement des émissions de gaz à effet de serre par re-largage de méthane piégé dans les sols gelés.

La faune menacée de l’Arctique

L’ours blanc est voué à devenir l’une des plus célèbres victimes du réchauffement climatique mondial, avec une chute de 30% de sa population avant la moitié du siècle, suite à la migration des otaries dont il se nourrit. La mouette ivoire est également une espèce Arctique menacée d’extinction totale à moyen terme. Elle a besoin, pour se reproduire, de banquise permanente. 80% de ses effectifs ont disparu en 20 ans au Canada. Il ne reste plus que 10.000 à 25.000 individus dans le monde. L’avenir est tout aussi incertain pour les rennes, bœufs musqués, renards polaires et lemmings. Depuis 1998, ces derniers et leurs prédateurs n’ont plus connu de pic d’abondance. Depuis 2000, de nouvelles espèces d’insectes et d’oiseaux colonisent la côte est du Groenland.

Des ressources naturelles convoitées

Derrière la fonte de la calotte glaciaire se cachent des intérêts économiques majeurs liés notamment à l’ouverture de nouvelles liaisons maritimes. La « Route du Nord-Est » permettrait de joindre l’Asie à l’Europe en 13.000 km contre 21.000 actuellement en passant par le canal de Suez. Les États-Unis gagneraient 3 à 4 semaines pour atteindre l’Alaska en utilisant la « Route du Nord-Ouest« . Outre l’intérêt commercial de ces routes, la navigation dans l’Arctique laisse entrevoir la possibilité d’exploiter une zone riche, notamment en terme de pêche. Du fait du réchauffement climatique, certaines espèces de poissons migrent au nord, se rapprochant ainsi de territoires qui, selon la convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), peuvent exploiter les ressources maritimes dans la mesure où elles sont situées entre 22 et 370 km de leurs côtes.

L’Arctique renfermerait 10% des réserves mondiales d’hydrocarbures et de gaz, qui pourraient être exploitées grâce à un accès facilité. Le Danemark a délivré une licence de prospection et d’exploitation d’hydrocarbures à la compagnie canadienne Encana Corporation. Les États-Unis cherchent à ouvrir à l’exploration leur domaine maritime en Alaska, pourtant réserve protégée depuis 1960. La Norvège a investi 8,8 milliards de dollars dans un projet d’exploitation de gaz dans la mer de Barents, près d’Hammerfest, l’une des villes les plus au nord du globe.

Media Query: