Zones humides

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Selon les critères retenus, la surface occupée par les zones humides se situe autour de 12,8 millions de km2. Elles regroupent toutes les étendues de marais, prés, vasières, tourbières, étangs, lagunes, vallées, mares, mouillères, fagnes, lacs, rizières…, qu’elles soient naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée. Les étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres en font partie. Ce sont des écosystèmes à la fois beaucoup plus productifs et menacés que la plupart des autres. Ils rendent de nombreux services environnementaux et écologiques: pêcheries, source d’eau douce, assainissement des eaux souillées, régulation du climat, prévention des inondations, tourisme, loisirs… Et subissent de nombreuses agressions: assèchement, surexploitation, invasions d’espèces exogènes, pertes de biodiversité, urbanisation, pollutions multiples. Au cours du XXe siècle, 50% des zones humides ont disparu, avec des conséquences parfois lourdes pour les populations vivant dans ces secteurs: ressources alimentaires menacées, pertes de revenus, dégradations de conditions de vie…

Les régions tropicales d’Amérique du Sud comptent 415 millions d’hectares de zones humides, suivies de l’Europe (258 millions), l’Amérique du Nord (242 millions), l’Asie (204 millions), l’Afrique (121 à 125 millions) et l’Océanie (36 millions). Un des exemples les plus connus de dégradation des zones humides est celui de la mer d’Aral (Kazakhstan, Ouzbekistan) qui a perdu 75% de sa surface depuis les années 1960, l’eau l’approvisionnant ayant été détournée pour l’irrigation. Le marais de Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate, au sud de l’Irak, a subi le même traitement, notamment pour des raisons politiques, passant de 15.000 à 20.000 km2 dans les années 1950 à 400 km2 aujourd’hui. En Afrique, les changements climatiques, la demande d’eau d’irrigation en amont et les mauvaises décisions de gestion dans le bassin ont réduit la taille du lac Tchad que se partagent le Cameroun, le Nigeria, le Niger et le Tchad, de 90% en 40 ans. Pour les 20 millions de personnes, essentiellement des pêcheurs et des agriculteurs, qui dépendent directement du lac, malnutrition et maladies ont augmenté.

Les zones humides, très utiles

Les plus fortes densités de populations se trouvent près de côtes ou de zones humides intérieures: plus de la moitié des plus grandes villes sont situées à moins de 50 kilomètres des mers et la densité moyenne de population est 2,6 fois plus importante sur les littoraux que dans les terres. Les populations vivant là sont fortement dépendantes de ces écosystèmes particuliers. Souvent, elles trouvent dans les zones humides leur principale source de protéines. Au Cambodge par exemple, 60 à 80% des protéines consommées proviennent des poissons péchés dans le Tonlé Sap. Les réseaux souterrains, rechargés par les zones humides, approvisionnent en eau 1,5 à 3 milliards de personnes. Les marais et les marécages sont de formidables systèmes d’assainissement: certains sont capables de réduire la concentration en nitrates de plus de 80%. Les tourbières, en capturant et relâchant lentement le carbone, ont un effet régulateur du climat. Elles stockent 25 à 30% du carbone terrestre contenu dans les sols et la végétation. Les zones humides ont aussi un rôle essentiel dans la régulation des inondations. Leur destruction conduit à une augmentation du risque d’inondation pour les deux milliards de personnes vivant dans des zones hautement inondables.

Destructions des zones humides

Les causes les plus importantes de la détérioration ou de la disparition des zones humides sont l’augmentation de la population et le développement économique, qui entraînent la construction d’infrastructures, la conversion de terres, la surexploitation et l’introduction d’espèces invasives. Depuis 1985, entre 56% et 65% des zones humides ont été drainées pour l’agriculture en Europe et en Amérique du Nord, 27% en Asie, 6% en Amérique du Sud et 2% en Afrique. Les pratiques agricoles avec apports massifs d’engrais et de pesticides mènent à des pollutions, qui peuvent se faire sentir à des centaines de kilomètres de la source. Une teneur excessive en nutriments, azote et phosphate provoque l’eutrophisation.

Les espèces invasives introduites accidentellement ou volontairement peuvent causer l’extinction d’espèces natives. Les deux tiers des espèces introduites dans les zones tropicales et plus de la moitié de celles introduites dans les régions tempérées ont ainsi colonisé durablement des territoires. Dans la baie de San Francisco, on dénombre au moins 210 espèces invasives; entre 1961 et 1995, une nouvelle espèce s’y installait toutes les quatorze semaines.

Le détournement de cours d’eau en amont des deltas et des estuaires les fragilise, entraînant des assèchements, une diminution de l’apport de sédiments riches en matières organiques, des dégradations des prairies d’algues. Des millions de personnes perdent ainsi un de leurs principaux moyens de subsistance. Le bassin méditerranéen, la Floride, l’Australie, l’Asie du Sud et les Caraïbes sont les régions les plus touchées par ces menaces.

Selon les travaux du GIEC, les changements climatiques peuvent affecter les zones humides, notamment induire des modifications dans leur répartition géographique et aggraver la décoloration et la mortalité des récifs coralliens.

Les espèces menacées

En vingt ans, 25% des mangroves ont disparu, ainsi que 20% des récifs coralliens. Certains estuaires sont détruits à près de 40%. L’état des zones humides intérieures peut être mesuré par l’état des populations animales qui en dépendent. Les oiseaux aquatiques paient un lourd tribut: sur 1.138 espèces recensées, 41% sont en déclin; et sur 964 espèces dépendant quasi-exclusivement des zones humides, 21% sont éteintes ou en voie de disparition. Chez les mammifères, 37% des espèces sont sur la liste rouge de l’UICN Union mondiale pour la nature, dont le lamantin, le dauphin d’eau douce, le marsouin, le lion de mer, le morse, le phoque. Environ 20% des poissons d’eau douce, sur les 10.000 espèces décrites et listées, sont très menacés, en danger ou ont disparu dans les dernières décennies. Chez les amphibiens, un tiers des espèces sont menacé, plus de la moitié vivant en eau douce, et 43% voient la taille de leurs colonies décliner, ce qui signifie que la proportion d’espèces en voie de disparition pourrait rapidement augmenter. Sur les 200 espèces de tortues d’eau douce, plus de la moitié sont en voie de disparition. En Asie, cette part monte à 75%, avec 18 espèces dans une situation critique et une éteinte. Quant aux 23 espèces de crocodiles, 4 d’entre elles sont presque éteintes, 3 en danger et 3 autres vulnérables.

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