Santé et environnement

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Mexico Pollution air

Près de 23% des décès dans le monde sont attribués à des facteurs environnementaux. Dans les pays en développement, ils sont associés à des maladies transmissibles et la plus grande partie d’entre eux sont évitables. En Occident, le risque est plus chimique : la plupart des 100 000 molécules de synthèse commercialisées dans le monde n’ont pas été évaluées du point de vue sanitaire. Les populations sont donc exposées, souvent au long terme, à des produits qui peuvent se révéler nocifs même à faible dose.

Selon l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, près de 23% des décès dans le monde sont imputables à des causes environnementales ; 36% pour les enfants de moins de 14 ans (1). Les facteurs de risques environnementaux jouent un rôle dans plus de 80% des maladies

Dans les pays en développement, cela correspond pour l’essentiel à des problèmes liés à l’insalubrité et aux maladies transmissibles. En effet, le paludisme et les maladies diarrhéiques (comme le choléra) tuent à eux seuls plusieurs millions de personne chaque année. Or, on peut diminuer le nombre des moustiques qui propagent le premier par des mesures sanitaires et environnementales et on peut réduire considérablement le risque des secondes par un accès approprié à l’eau potable. Selon l’OMS, plus de 40% des décès liés au paludisme et environ 94% des décès provoqués par des maladies diarrhéiques pourraient être évités par une meilleure gestion de l’environnement dans les régions les moins développées. (4)

Au Nord, ces problèmes ne sont pas ou peu présents. Les risques sanitaires liés à l’environnement concernent donc davantage des molécules toxiques issues des processus industriels – des problèmes présents également dans le Sud.

Faibles doses

Sauf catastrophe industrielle, les polluants sont présents en faibles doses dans l’environnement. Mais comme les populations exposées sont importantes et que la durée de l’exposition au toxique l’est aussi, ils peuvent avoir des conséquences sanitaires très lourdes. L’appréciation exacte de leur responsabilité dans une pathologie (la causalité) est cependant difficile à établir. Cela nécessite des études épidémiologiques très longues (sur des années) portant sur des populations très larges (parfois des centaines de milliers de personnes) et donc très coûteuses. Leurs résultats sont souvent controversés, comme dans le cas des effets des ondes électromagnétiques des lignes à haute tension ou des antennes des téléphones portables, pour ne citer qu’eux . Si la démarche scientifique est souvent prudente, l’absence de preuve de danger n’est pas forcément l’absence de danger.

Par ailleurs, les mécanismes biologiques à l’œuvre pour les faibles doses semblent différents de ceux qui existent à plus forte concentration. Alors qu’on considère généralement qu’il existe un effet de seuil, au-dessous duquel l’effet est négligeable, certaines molécules, et en particulier les cancérigènes, semblent agir quelque soit leur concentration. (5)

Ensuite, on considère généralement qu’il existe une proportionnalité entre la cause et l’effet : plus il y a de toxique, plus il y a de danger. Mais dans certains cas, l’effet est plus fort à faible dose. A l’inverse, dans d’autres, une microdose exerce un effet protecteur – un phénomène appelé hormèse.

Parmi les multiples complexités du sujet, il faut ajouter le fait que des molécules différentes combinent parfois leurs effets quand elles sont présentes dans un même organisme. Et, enfin, que certains produits, appelés « persistants » parce qu’ils ne se dégradent pas ou peu, s’accumulent au fur et à mesure que l’on remonte dans la chaîne alimentaire. Bien que présents en petites quantités dans l’environnement, ils peuvent être très concentrés chez certains prédateurs de bout de chaîne – c’est le cas des mammifères marins contaminés par les PCB dans l’Arctique, par exemple.

100 000 substances

La diversité des cas et des molécules est immense : métaux lourds ou pesticides dans l’alimentation, irradiation qui perdurent, cancérigènes variés – certains, comme la cigarette, consommés parfois de plein gré -, résidus pharmaceutiques qui altèrent le système reproductif, allergènes divers,… Elle est proportionnelle à celles des molécules produites par notre environnement industriel moderne. Or, il existe aujourd’hui environ 100 000 substances chimiques commercialisées et la production mondiale de substances chimiques est passée de 1 million de tonnes dans les années 1930 à 400 millions de tonnes aujourd’hui (5). Ces substances peuvent se combiner ou être transformées – par exemple par combustion – pour en produire d’autres pas ou mal connues. L’évaluation du risque qu’elles posent est donc particulièrement complexe.

L’amiante, un cas d’école

L’amiante est un exemple important des effets néfastes d’un lobby. Compte tenu de ses remarquables propriétés (isolant, ignifuge, etc.) et de son faible coût, l’amiante a été massivement utilisé dans le monde. Mais c’est un cancérigène. Les premières alertes ont été tirés au début du XXe siècle et, dès l’après-guerre, de nombreuses études ont montré sa dangerosité. Pendant longtemps, les producteurs d’amiante ont toutefois réussi à empêcher toute mesure coercitive. En France, le premier décret, peu contraignant, date ainsi de 1977 et ce n’est qu’en 1997 l’amiante fut interdit. Aujourd’hui, plusieurs milliers de personnes meurent chaque année de l’amiante dans le pays, et cela devrait continuer pendant les 20 à 25 ans à venir, en raison du temps de latence du mésothéliome, le cancer du poumon causé par la molécule. L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que 100 000 personnes mourront chaque année dans le monde jusqu’en 2030 en raison de l’usage qui a été fait ou qui est encore fait de l’amiante. En effet, seuls 40 pays ont interdit l’amiante, dont les 25 de l’Union européenne. (6)

Règlementation

Les réglementations en matière de santé et d’environnement varient énormément entre les pays. Certains produits très dangereux sont interdits, mais pour les autres, les autorités tentent, en général, de mettre en place des réglementations basée sur des seuils –malgré toutes les limites de cette approche.

Dans le cas du mercure dans le thon ou l’espadon, par exemple, les experts essaient d’évaluer une dose maximale d’absorption à ne pas dépasser (la dose hebdomadaire tolérable est d’environ 300 microgrammes pour un adulte), ils estiment ensuite la quantité de produit absorbée en moyenne (300 grammes de poisson par semaine par personne, par exemple), et ils en concluent une dose moyenne dans le poisson à ne pas excéder (fixée en 2005 par l’Union Européenne à 1 milligramme par kilo de poisson frais). Le problème est évidemment que certaines personnes sont plus sensibles que d’autres, comme les enfants et les femmes enceintes. Certaines aussi sont plus exposées : celles qui mangent plus de poisson, dans ce cas. Par ailleurs, la pression des industriels ou des consommateurs influe sur les décisions et explique souvent des différences de réglementations entre pays voisins.

En 2007, la directive européenne REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals) est entrée en vigueur : c’est une étape importante dans la régulation de la production des produits chimiques et dans la protection de la santé et l’environnement.

Le dichloro-diphényl-trichloroéthane, couramment appelé DDT, est un autre exemple important. Cet insecticide a été utilisé à très large échelle à partir de la deuxième guerre mondiale pour lutter contre les insectes porteurs de maladie (le paludisme et le typhus, par exemple) et comme pesticide sur les cultures. Pourtant, il est cancérigène, un fait révélé au grand public en 1962 par la biologiste américaine Rachel Carlson dans son livre Le printemps silencieux. L’ouvrage, qui est devenu une référence dans l’histoire de l’écologie, provoqua un tollé mondial et amena l’interdiction du produit dans de nombreux pays.

Toutefois, lors de la convention internationale de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP), en 2004, les pays les plus touchés par le paludisme ont reçu l’autorisation de l’utiliser au nom du pragmatisme : les dégâts du parasite véhiculé par les moustiques sont plus graves que ceux du polluant. La décision, qui a été violemment critiquée, illustre la difficulté de certains choix pratiques.

1. OMS – Prévenir la maladie grâce à un environnement sain : une estimation de la charge de morbidité imputable à l’environnement.

2. Ministère de l’Ecologie français – fiche santé et environnement

3. Dominique Belpomme, « Ces maladies crées par l’homme », Albin Michel, 2004.

4.OMS

5. Peut-on contrôler la pollution ? Teddy GOLDSMITH, L’Ecologiste n°18, mars-avril-mai

6. Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir (rapport)

7. Silent Spring, Penguin, réédition, août 2006

8. Greenpeace

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