Marche mondiale pour le climat : un succès de la société civile face à l’inaction des Etats

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yann climate march

Yann Arthus-Bertrand pendant la manifesstation contre le climat à New York, avec Al Gore, Ban Kimoon, Bill DeBlasio, Segolene Royal et Jane Goodall

 De New-York.

En France, la manifestation de dimanche pour le climat a pu paraître modeste, mais à New York, elle a réuni plus de 300 000 personnes. C’est la plus grande manifestation dans la ville depuis une décennie au moins. A l’échelle mondiale, avec plus de 2000 événements dans plus de 150 pays, dimanche a été la plus grande manifestation pour le climat de toute l’Histoire.

La manifestation, appelée en anglais « People’s Climate March », a réuni une variété exceptionnelle de personnes et d’organisations, des associations d’enseignants aux « grand-mères contre le changement climatique », des adeptes de la méditation aux jeunes étudiants vêtus de tenues bariolées, du conseil sikh aux nonnes venues du Vatican, des tribus indiennes aux opposants aux gaz de schistes et, bien sûr, aux organisations écologistes. Avec quelques représentants de la fondation GoodPlanet, dont Yann Arthus-Bertrand.

Le succès de la manifestation a dépassé les attentes de ses organisateurs – la veille, on espérait 100 ou 150 000 personnes tout au plus. Dimanche est ainsi devenu un événement fondateur et Bill McKibben, leader de l’ONG 350 et initiateur de la marche, a écrit sur son compte twitter : « Aujourd’hui, le mouvement contre le réchauffement climatique est devenu adulte. Cela a pris 25 ans, mais mieux vaut tard que jamais ! »

Cet immense succès a électrisé les réunions et les militants dans New York qui, depuis lundi, vit au rythme de la Climate Week. Celle-ci compte une centaine d’événements et culminera mardi avec la réunion des chefs d’État organisée au siège des Nations Unies par Ban Ki-moon, à la veille de l’Assemblée générale de l’ONU.

Les citoyens, la société civile, le mouvement « grassroot » comme on l’appelle dans le monde anglosaxon, ont montré leur force !

Mais cette climate week rassemble également de très nombreuses institutions ou collectivités, et celles-ci multiplient les engagements : Bill de Blasio, nouveau maire de New York, qui a participé à la manifestation, annonce que la ville va réduire ses émissions de carbone de 80 % d’ici 2050.

Franck Jensen, maire de Copenhague qui veut faire de sa ville la première capitale neutre en carbone d’ici 2025 – assure qu’il est en passe d’atteindre ses objectifs. Les entreprises comme Ikea, Nestlé, British Telecom et H&M s’engagent, dans un programme appelé RE100, a atteindre 100 % d’énergie renouvelable d’ici à 2020.

Le président de la banque mondiale, Jim Yong Kim, lui aussi présent à la manifestation, se félicite que 73 pays, 22 entités régionales et plus de 1000 entreprises annoncent s’engagent à mettre un prix au carbone, comme moyen de diminuer les émissions.

Jusque la famillle Rockefeller – qui s’est enrichie grâce au pétrole – annonce qu’elle va « désinvestir » les 860 millions de dollars de son fonds philanthropique des entreprises impliquées dans l’extraction des hydrocarbures.

Mais alors que l’ensemble des corps de la société semblent avancer, tous pointent une même absence : celle d’une volonté politique au niveau des Etats. Une absence qui se fait sentir depuis 20 ans et empêche tout accord international.

Edward Norton, acteur engagé et Ambassadeur de bonne volonté des Nations Unies pour la biodiversité affirme que la manifestation est un « message radical face à une manque de leadership ».

Bill McKibben exprime ses remerciements à Ban Ki-moon qui a marché dimanche (un geste exceptionnel !), mais regrette que « malheureusement les autres leaders de la planète ont été moins courageux » (Ségolène Royal et Laurent Fabius étaient présents dans la marche, mais les politiques étaient trop rares).

La prise de conscience semble remonter de la population vers les collectivités ou les entreprises, mais elle ne parvient pas encore à atteindre les chefs d’Etat.

Combien de temps ce décalage va-t-il perdurer ?

Chacun regarde vers le sommet de mardi – il doit rassembler 120 chefs d’Etat, un chiffre encore jamais atteint pour une réunion sur le changement climatique. Quelle que soit son issue, ce ne sera que le début d’un processus qui va durer 15 mois : jusqu’à la conférence internationale de Paris, fin novembre 2015.

Est-ce que cela sera suffisant pour qu’émerge le leadership politique dont le monde a besoin, alors que les scientifiques américains ont annoncé que les mois de juin, juillet et aout étaient les plus chauds jamais enregistrés, et que 2014 allait probablement battre le record mondial ?

Les espérances de 2009 ont été douchées par l’échec du sommet Copenhague, et chat échaudé craint l’eau froide. Mais le succès de la manifestation a reboosté les militants.

Et la situation a changé, comme l’explique Al Gore. Le coût des énergies renouvelables a chuté considérablement, les green technologies ou le green business deviennent plus évidents, les initiatives locales sont bien plus nombreuses et variées et leur échelle plus importante. Des solutions existent. A l’inverse le « coût de l’inaction » s’alourdit régulièrement, avec, par exemple, les ouragans Sandy ou Haiyan qui ont dévasté New York et les Philippines.

Lundi soir, Al Gore a ainsi réussi, avec un discours enflammé comme on en entend rarement, à redonner espoir à celles et ceux qui veulent changer la planète. Pour quelque temps au moins.

Olivier Blond

Olivier Blond

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Olivier Blond

Olivier Blond a été directeur éditorial de la fondation GoodPlanet. Il a créé la page écologie de Courrier International et participé à la création de l’émission Vu du Ciel sur France2. Il préside l’association Respire.

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