Libérer les 30 de l’Arctique

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Manifestations pour libérer les activistes de Greenpeace retenus en Russie. © GreenpeaceVideo.

Manifestations pour libérer les activistes de Greenpeace retenus en Russie. © GreenpeaceVideo.

L’arrestation des militants de Greenpeace en Russie – les 30 de l’Arctique- montre combien les combats pour l’environnement et pour la démocratie sont intimement liés.

Depuis le 18 septembre, 28 militants de Greenpeace et deux journalistes qui travaillaient avec eux sont emprisonnés en Russie. Ils ont été arrêtés pour s’être opposés aux projet de forage en Arctique, pour avoir défendu le climat de la planète.

Accusés tout d’abord de piraterie, ils ont ensuite été accusés de « hooliganisme » et risquent 7 ans de prison. Bien entendu, aucune de ces deux accusations ne tient debout. Car même si les militants de Greenpeace aiment la provocation, ils ont toujours conservé une attitude non violente.

Tous les écologistes de la planète se sentent solidaires de ces militants, dont certains sont emprisonnés dans des conditions difficiles. Tous demandent leur libération. Mais cette solidarité évidente et immédiate, qui va au-delà des divergences éventuelles entre organisations écologistes, devrait s’étendre bien plus largement.

Car le geste des autorités russes – complètement disproportionné par rapport aux actes et aux intentions des militants de Greenpeace – s’adresse à tous les militants, quelque soit leur cause, quelque soit leur nationalité. C’est un message assez clair : ne venez pas mettre votre nez dans nos affaires.

La Russie mène une politique déterminée pour étouffer toute opposition dans le pays, qui a porté sur sa propre population avant de viser les militants étrangers. Mikhail Khodorvski, est emprisonné depuis 2004, accusé de fraude fiscale, Serguei Magnitski est mort en prison dans des conditions atroces pour avoir dénoncé la corruption. Pour avoir critiqué la guerre en Tchétchénie, Anna Politovskaia a été assassinée par des inconnus. Les Pussy Riot sont envoyées en camp de travail. Récemment, les militants écologistes qui se sont opposés à la création de l’autoroute entre Moscou et Saint Pétersbourg, à travers la forêt de Khimki, ont fait face à une répression extrêmement violente : Mikhail Beketov, un journaliste, est mort de ses blessures.

Il aurait fallu réagir davantage quand les militants russes étaient assassinés ou victimes de la répression – certains l’ont fait, comme Amnesty International ou Reporters sans frontières, par exemple. Même si les moyens de pression manquent face au pouvoir autoritaire de Putin. Mais l’arrestation des 30 de l’Arctique est un message à destination des militants étrangers, de toutes les causes. D’une certaine manière, le fait que les militants soient étrangers donne une levier – celui de la diplomatie internationale- qu’il faut utiliser. Dans ce jeu d’influence, plus nous serons nombreux à protester, plus nos gouvernements seront incités à intervenir auprès de Vladmimir Putin.

De façon générale, l’imbrication des combats démocratiques et écologiques n’est pas nouvelle. En Chine, le combat contre la pollution est l’un des pilliers de l’action citoyenne, avec là aussi, des grandes figures arrêtés, déportées,… Mais on peut trouver des exemples sur tous les continents. Ce sont les grandes figures du mouvement écologiste comme Ken Saro-Wiwa pendu par le gouvernement nigérien, Chico Mendes, assassiné chez lui au Brésil, Bruno Manser, disparu après avoir soutenu les Penan de Malaisie, ou des militants dont les noms ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Et sans oublier, en France, Fernando Pereira mort dans le Rainbow Warrior en 1985.

Car, c’est une leçon de l’écologie ces dernières années : il faut que le plus de monde possible mette son nez dans les affaires publiques. Il faut la participation la plus large possible pour que les grandes questions de notre société soient réglées en fonction des intérêts de tous et pas seulement de quelques uns. Que chacun puisse s’exprimer, et donner son avis, même si on n’est pas d’accord et que cela peut amener un peu de désorganisation, parfois.

Ce que nous mangeons, l’air que nous respirons, le climat que nous supportons, comment nous habitons : ce sont des éléments fondamentaux de notre quotidien et pas seulement des gadgets pour idéalistes. Protéger notre environnement, c’est protéger le cadre dans lequel nous vivons tous ensemble. Et l’enjeu démocratique de l’écologie, c’est celui d’un “vivre ensemble” absolument crucial, dans cette période troublée et mouvementée que nous vivons actuellement.

Pour ces raisons -et pour de nombreuses autres- il faut demander la libération la plus rapide possible des 30 de l’arctique.

Olivier Blond
Olivier Blond

Olivier Blond a été directeur éditorial de la fondation GoodPlanet. Il a créé la page écologie de Courrier International et participé à la création de l’émission Vu du Ciel sur France2. Il préside l’association Respire.

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