HUMAN, le livre du film : un ‘making of’ des interviews

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 Yann Arthus Bertrand et José Mujica, le président Uruguayen © Tous droits réservés


Yann Arthus Bertrand et José Mujica, le président Uruguayen
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La sortie du film HUMAN est accompagnée de la publication du livre HUMAN édité par la Martinière et disponible depuis le 17 septembre en librairie. Il comporte des versions longues d’entretiens présents dans le film, des reportages sur le film, des photos inédites de Yann Arthus-Bertrand, des making of mais aussi de nombreux éléments pour aller plus loin : des grands reportages de journalistes internationaux, des tribunes d’experts, des cartes et infographies. Nous reproduisons ici le texte consacré au making of des interviews de HUMAN. Un voyage dans l’intimité d’inconnus.

Comment obtenir les entretiens bouleversants réunis dans le film HUMAN ou que vous pouvez lire dans ce livre ? Les journalistes et cameramen qui ont participé aux plus de 2 000 interviews réalisées pour le film ont chacun leur savoir-faire, leur sensibilité. Et chaque entretien est aussi une rencontre unique.

Autre rôle fondamental, celui du « fixeur ». Dans le monde audiovisuel, celui-ci est un « local » qui assiste l’équipe de tournage. Il connaît les lieux, les gens. C’est lui qui obtient les autorisations de tournage, qui s’assure de la logistique. Dans HUMAN, c’est souvent beaucoup plus encore : celle ou celui va aider à trouver les témoins et aussi, dans la plupart des cas, traduire leurs paroles.

Sur des tournages spécifiques, il s’agit d’une ou d’un spécialiste du domaine. Pour évoquer les prisons américaines, Isabelle Vayron a choisi une spécialiste du sujet, qui connaissait les gens, pouvait les convaincre de parler, et maîtrisait aussi la législation spécifique des tournages sans thème spécifique, trouver le bon fixeur est une question d’alchimie. Le travail est tellement particulier qu’il faut passer beaucoup de temps à expliquer ce que l’on veut. Mais quand ça marche, « il y a une vraie confiance et vous ne faites plus qu’un », confie Anastasia, responsable des tournages-interviews pour HUMAN.

Une fois les bonnes personnes trouvées, comment les faire parler ? Comment instaurer la confiance pour qu’un inconnu qui vous rencontre pendant une heure ou une heure et demi – le temps de l’interview – raconte – devant la caméra, des choses qu’elle ou il n’a peut-être jamais dites à personne ?

Il n’y a pas de recette. Mais, parfois, il est plus facile de parler à quelqu’un qu’on ne connaît pas, rappelle Baptiste Rouget-Luchaire, qui a filmé de nombreuses interviews et coréalisé le projet 6 milliards d’Autres – en quelque sorte l’ancêtre de HUMAN. Parfois, poursuit-il, « il faut sortir des questions-réponses. Il faut ouvrir une porte vers l’introspection ». Pour Mia Sfeir, journaliste de l’équipe HUMAN, « en commençant par parler de soi, on peut donner envie à l’autre de se confier ». D’autres fois, poursuit-elle, « c’est en commençant par les questions sur l’enfance et les souvenirs qui y sont associés » que l’on libère la parole.

Parfois, rien ne se passe. Mais quand ça marche, il y a de la magie. Et souvent une énergie étonnante qui ne laisse personne indifférent. Il peut même être difficile de passer à autre chose. Mais, ajoute Anastasia, « après une interview qui s’est bien passée, les gens disent souvent merci : “vous êtes la première personne qui m’écoute”, ou “c’est la première fois que j’ai dit ce que j’ai dit”. Malgré la brièveté de la rencontre, on sent qu’on a fait du bien aux autres, et donc, on se sent bien aussi. Souvent aussi, on reste en contact, on s’écrit, on prend des nouvelles ».

Des mois après une interview pendant laquelle une femme a raconté des choses très dures sur sa vie, Hervé Kern, journaliste pour HUMAN, se demande toujours : « Comment cette femme a-t-elle pu reprendre sa vie après avoir livré un témoignage aussi lourd ? Est-ce que ça va la miner, ou la libérer ? »

Les journalistes ne sortent pas indemnes de ces rencontres. Quand Hervé interroge à Hiroshima un survivant de la bombe atomique qui continue, à quatre-vingt-neuf ans, à militer pour la paix, il a l’estomac noué. Il n’oubliera jamais ces moments, ou le son de la cloche de la Paix, dans le parc du mémorial de la ville.

Pour Mia, c’est la rencontre avec une Indienne très pauvre, dans l’Uttar Pradesh, qui la marque. La femme crie sa détresse et sa colère. « Je ne comprenais pas sa langue, mais j’imaginais ce qu’elle pouvait dire. Et cette femme était capable de me transmettre un message si fort sans que je sois capable de comprendre ses mots ! J’ai ressenti l’universalité de sa souffrance et j’ai fondu en larmes. Et puis elle m’a prise dans ses bras, et j’ai compris qu’elle portait aussi un message de générosité. »

À l’image du film tout entier, sans doute.

Olivier Blond

« Human », le livre du film, est disponible en librairie à partir du 17 septembre. 224 pages, 25 euros. Editions de la Martinière.

 

 

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