Le photographe Laurent Baheux, à la fondation GoodPlanet dimanche 21 octobre : « la photo, c’est avant tout des ombres et de la lumière »

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Le photographe Laurent Baheux © Yvan Cauvez

Le photographe Laurent Baheux s’est fait connaitre grâce à ses magnifiques images de la faune sauvage tout en nuances de noir et blanc. Il a été récompensé en 2007 par le prestigieux prix du Wildlife Photographer of the Year en 2007. Il a aussi collaboré, en 2013, avec la fondation GoodPlanet à l’ouvrage Sauvages, Précieux et Menacés. Dans cet entretien, il revient sur son travail et son rapport à la nature. Venez le rencontrer dimanche 21 octobre 2018 à la fondation GoodPlanet dans le cadre du week-end Photographier la nature.

La nature est riche de multiples couleurs, pourquoi immortaliser la biodiversité en noir et blanc, couleurs artistiques riches de nuances mais associées au passé ?

J’ai appris en autodidacte la photo en noir et blanc à l’époque où les photographes travaillaient encore en argentique. Pour moi, la photo, c’est avant tout des ombres et de la lumière avant d’être de la couleur.

Depuis 2002, les débuts de de votre travail sur la faune, avez-vous constaté l’érosion de la biodiversité ?

Oui, j’ai surtout observé la destruction des habitats naturels qui engendre une perte de biodiversité. Il suffit de détruire leur habitat naturel pour que les animaux disparaissent. Par exemple, la déforestation conduit à l’extinction des orang-outang. Nous laissons de moins en moins de place à l’animal. L’homme s’accapare tout le territoire au détriment des autres espèces.

Ne craignez-vous pas que la faune sauvage devienne une richesse du passé ?

Les scientifiques parlent bien de 6e extinction massive de la biodiversité. Depuis ma naissance en 1970, près de la moitié de la biodiversité a disparu. Continuer au rythme actuel risque bien de condamner la biodiversité à devenir un souvenir.

Comment travaillez-vous ?

Je travaille sur le terrain avec un guide local qui connait bien le territoire et les animaux.

Vous êtes très proche des animaux, qu’en retirez-vous ?

Très proche, tout est relatif. En effet, j’essaye de garder une distance respectable à partir du moment où l’animal me tolère. Je n’aime pas interférer avec son quotidien ni m’immiscer trop sur son territoire. J’observe une grande force dégagée par les grands mammifères, les éléphants par exemple, et les grands prédateurs. Je perçois aussi une grande fragilité, leur équilibre est précaire. Il suffit de pas grand-chose pour déranger les animaux puis les voir migrer vers d’autres territoires, et, s’ils n’ont nulle part où se réfugier, les voir disparaitre.

Vous dites : « je ressens moins de danger à saisir l’intimité des animaux sauvages qu’à vivre parmi les hommes ». Quel est ce danger des hommes dont vous parlez souvent ?

La vie sauvage est associée aux dangers et aux prédateurs. Nous avons perdu le rapport à l’animal dans le sens où tout ce qui n’est pas humain est considéré comme dangereux. Je ne connais qu’une seule espèce nuisible aux autres : l‘humain, un méga-prédateur dangereux pour tous les autres habitants de la planète. Je me suis rarement mis en danger en approchant la faune sauvage. Les animaux ne sont pas agressifs sans raison. Je me suis fait beaucoup plus de frayeurs en milieu citadin avec des populations humaines : j’ai habité à Paris, j’ai vu la foule des grands stades et les débordements de certains.

Que pensez-vous du rapport actuel de l’être humain à la nature ?

Nous n’avons pas pris le bon chemin. Nous avons désappris la nature et nous nous sommes coupés du rapport avec les animaux sauvages. Il faut réapprendre à vivre avec eux. Il suffit de voir, dans nos montagnes, l’opposition aux loups et aux ours alors que ces espèces étaient là avant l’homme. Souvenons-nous que nous sommes un animal parmi les autres. De quel droit nous arrogeons-nous un territoire sans tolérer la présence d’autres espèces ?

 Et que faire pour réconcilier l’être humain avec la faune ?

L’éducation des jeunes générations joue un rôle primordial pour apprendre à respecter le vivant. Aujourd’hui, les animaux sont considérés soit comme des objets ou comme des ressources. Il faut modifier ce regard. L’animal a le droit en tant qu’espèce de vivre sur cette planète.

Propos recueillis par Julien Leprovost

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