Peine de mort en 2015, le bilan contrasté d’Amnesty International

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Des militants d’Amnesty International interprètent un tableau humain illustrant la peine de mort par des simulations d’exécutions, le 31 mai 2008 à Paris, lors de l’évènement « un stade pour les droits humains » en Chine à l’approche des JO de Pékin. © AFP PHOTO MIGUEL MEDINA / AFP / MIGUEL MEDINA

Le nombre d’exécutions capitales dans le monde a augmenté de plus de 50 % en 2015 par rapport à 2014. En 2015, au  moins 1 634 personnes ont été exécutées, d’après le dernier rapport de l’ONG Amnesty International. Cependant, le nombre de pays ayant aboli la peine de mort a augmenté et ils sont, à ce jour, 102 à y avoir légalement renoncé, soit plus de la moitié des États du monde. Chaque année, Amnesty International livre un état des lieux sur la peine capitale dans le monde au travers de son rapport. Cette année le document de 77 pages montre 2 tendances contradictoires : une hausse sans précédent des exécutions et une augmentation du nombre des pays qui ont cessé d’appliquer la peine capitale.

Record d’exécutions

L’an passé, 25 pays ont procédé à des exécutions. « La hausse des exécutions que nous avons observée l’année dernière est profondément inquiétante. Le nombre des exécutions judiciaires en 2015 a été le plus élevé de ces 25 dernières années. En 2015, des États ont continué d’ôter la vie à des gens en nous faisant croire que nous serions plus en sécurité grâce à la peine de mort », a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

La Chine, l’Iran, le Pakistan, l’Arabie saoudite et les États-Unis sont les pays ayant le plus exécuté en 2015. Anne Denis, responsable de la commission « Abolition de la peine de mort » explique que « l’obtenir d’informations sur la peine de mort dans certains pays s’avère très compliqué car les chiffres sont des secrets d’Etat comme en Chine ou au Vietnam. »

Même si Amnesty International ne donne pas de chiffres pour la Chine, l’ONG estime que plusieurs milliers de personnes y sont exécutées . Anne Denis précise : «  nous ne donnons pas de chiffres si nous ne pouvons pas les vérifier. Depuis 2009, nous ne donnons plus de chiffres pour la Chine. Il est vraisemblable que le nombre d’exécutions baisse dans ce pays suite à des modifications législatives et une réduction des infractions soumises à la peine de mort. »

Selon les données publiques employées par l’ONG, et donc sans prendre en compte la Chine, l’Iran, le Pakistan et l’Arabie Saoudite ont représenté à eux 3 plus de 89% des exécutions enregistrées dans le monde. L’Iran a exécuté 977 personnes, l’Arabie Saoudite 158 et le Pakistan 326. Pour Anne Denis, certaines exécutions dans ces pays s’expliquent par des raisons politiques, se font sur des accusations imprécises de blasphème ou du fait de la législation sur les stupéfiants. Elle ajoute que « pour l’Iran, les chiffres officiels sont minorés et que pour fournir un chiffre nous nous basons sur des confirmations d’exécutions que nous vérifions plusieurs fois ».

Alors que le Pakistan avait mis en place un moratoire sur les exécutions depuis 2008, il l’a levé suite à l’attaque contre l’école militaire de Peshawar en décembre 2014 qui avait fait 141 morts dont 132 enfants. Anne Denis précise que : « l’augmentation des exécution est à lier avec les lois sur le terrorisme. Au Pakistan, l’augmentation est spectaculaire. Après l’attentat de Peshawar, le pays a décidé de reprendre les exécutions, d’abord uniquement pour les faits de terrorisme mais cette mesure a été étendue aux faits de droits communs. »

Aux Etats-Unis, le nombre de condamnations à mort (52) et d’exécutions (28) est à un niveau jugé faible par Amnesty. En effet, pour les exécutions, c’est le niveau le plus bas depuis 1991. La Pennsylvanie a décrété un moratoire sur les exécutions. De fait, 18 des 50 Etats de l’Union ont aboli la peine de mort.

Une augmentation du nombre de pays abolitionnistes

Entre 1996 et 2015, le nombre de pays qui ont aboli la peine de mort est passé de 60 à 102.  Et celui des pays ayant exécuté est passé de 39 en 1996 à 25 en 2015. L’an passé, le la République du Congo, les Fidji, Madagascar et le Suriname ont abrogé la peine de mort. Globalement, la tendance est à l’abolition de la peine de  mort. En effet, pour la première fois, une majorité de pays sont abolitionnistes.

Anne Denis questionnée sur les évolutions de l’opinion publique sur la peine de mort nuance : « certains pays conservent la peine de mort pour des raisons de dissuasion et car la société civile est contre l’abolition. Nous savons très bien que la société civile se montre  rarement pour la suppression de la peine de mort. En France, en 1981, 64 % de la population se déclarait pour la peine de mort. » Elle souligne que la situation change dans certains pays, notamment aux  Etats-Unis où le remplacement de la peine capitale par des peines de prison gagne du terrain dans l’opinion. « Aux USA, le nombre d’innocents sortis des couloirs de la mort ou exécutés suite à des procès discriminatoires fait changer l’opinion. De plus, la peine de mort et toutes les démarches et les recours juridiques qu’elle entraine coutent chères. »

Julien Leprovost

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