Condamné pour avoir refusé de mettre des pesticides sur ses vignes ?

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Giboulot

Emmanuel Giboulot, viticulteur bio en Bourgogne. DR

Lundi prochain, Emmanuel Giboulot, vigneron en Bourgogne,  passera en procès pour avoir refusé d’utiliser un produit chimique sur ses vignes, qu’il cultive en bio depuis 40 ans. Il risque 30 000 euros d’amende et jusque 6 mois de prison.

Emmanuel Giboulot, que vous reproche-t-on ?

On me reproche de ne pas avoir respecté un arrêté préfectoral imposant un traitement chimique sur toutes les vignes du département, la Côte-d’Or. Ce traitement est destiné à lutter contre un insecte, la cicadelle, porteur d’une maladie de la vigne : la flavescence dorée.

Pourquoi avoir refusé ?

Je cultive mes vignes en bio depuis 40 ans ! Et il y a d’autres méthodes contre la cicadelle. On peut mettre des pièges. Il existe même un traitement biologique, très puissant, le Pyrévert (ou pyrètre naturel) : il est complètement biodégradable et ne laisse pas de résidus.

Mais dans le fond, ce n’est pas ma manière de faire : quand on est agriculteur, et surtout en biodynamie comme moi, on essaie de produire en respectant le système naturel.

Mais certains vous reprochent de faire courir un risque aux autres viticulteurs ?

Je ne dit pas qu’il ne faut jamais traiter. S’il y a vraiment un foyer installé de maladie, il faut faire quelque chose. Mais dans le cas de l’arrêté préféctoral, il s’agit d’un traitement chimique préventif (donc sur des vignes saines).

De plus, le traitement chimique imposé par la préfecture ne règle pas le problème. Il n’est pas vraiment efficace en préventif ; il ne permet pas d’éradiquer la cicadelle. En revanche, il détruit d’autres organismes présents dans ou autour des vignes et dégrade la capacité de la plante à se défendre face aux maladies. C’est en fait complètement contre-productif.

Alors comment expliquez-vous la décision du préfet ?

Je pense que c’est une décision basée sur la peur : la peur de perdre son vignoble. Les gens craignent de ne pas pouvoir gérer cette maladie et ne voient pas d’autre solution que l’artillerie lourde, c’est-à-dire la chimie.
Mais la décision du préfet repose aussi sur une interprétation toute particulière de la loi. Dans le département voisin du Rhône, par exemple, la préfecture a demandé un traitement, mais seulement dans les zones contaminées.

Vous risquez 30 000 euros d’amende et jusque 6 mois de prison. Pourquoi avoir pris ce risque ?

En fait, je suis persuadé ne pas être le seul à ne pas avoir utilisé le traitement. Plusieurs collègues m’ont dit avoir acheté le produit (pour pouvoir montrer la facture en cas d’inspection) mais ne pas l’avoir utilisé. Y compris des collègues qui produisent en agriculture conventionnelle ! Selon mes estimations, presque 25 % des vignerons n’ont pas traité. Mais je suis le seul à l’avoir fait publiquement.

C’est une question de principe ?

On est clairement dans des schémas de pensée complètement opposés. D’un coté, on accepte que la maladie puisse être présente, mais on essaie de créer les conditions qui font qu’elle ne va pas s’exprimer. De l’autre, on n’accepte aucune maladie, mais on arrose de pesticides.

Le plus dramatique dans cette histoire, c’est que le préfet et les autorités considèrent que la conscience individuelle n’existe pas. On n’a pas le droit de protéger nos vignes de la manière dont on croit qu’il faut le faire. Ce n’est pas normal.

Quelles ont été les réactions autour de vous ?

Au début, je me suis senti isolé, même si quelques personnes m’ont fait part de leur sympathie à titre privé. Puis des associations m’ont soutenu, notamment la CAPEN71, qui fédère les associations environnementales de Saône et Loire, puis l’IPSN (Institut pour la protection de la santé naturelle). Elles ont lancé des pétitions qui ont été signées par presque 400 000 personnes, ce qui m’a fait chaud au cœur. Enfin, les collègues ont commencé à évoluer et à parler.

Qu’attendez vous du procès ?

Je fais confiance à la justice. Et pour moi-même, je n’espère rien et ne m’inquiète pas trop. Ce que je souhaite, c’est que la mobilisation citoyenne ait une incidence sur les décisions à venir, y compris pour les autres régions. Plusieurs collectifs de vignerons ont fait des contre-propositions, et j’espère que nous pourrons mieux faire entendre notre voix.

Propos recueillis par Olivier Blond

Soutenez Emmanuel Giboulot !
Et signez cette pétition

http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/abandon-des-poursuites-contre-emmanuel-giboulot-viticulteur-bio-ayant-refus%C3%A9-l-%C3%A9pandage-de-pesticides

ou celle-là !
http://ipsn.eu/petition/viticulteur/

 

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