Delta du Niger : Shell accusé de truquer les rapports d’enquête

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Delta du Niger

Marée noire à Bodo dans le delta du Niger © FP PHOTO / PIUS UTOMI EKPEI

Un rapport d’Amnesty International met en cause la manière dont les compagnies pétrolières, en particulier  Shell, font face aux marées noires dans le delta du Niger, au Nigeria.  « Shell ment », affirme Jacques Viers porte-parole d’Amnesty International France. « Nous voulons attirer l’attention sur ce qui se passe dans cette région. C’est la plus grande marée noire terrestre, mais comme ce n’est pas spectaculaire, cela n’intéresse pas les médias. » Or, Shell sous-déclarerait les quantités d’hydrocarbures déversées. Et surtout, l’entreprise mettrait une bonne partie des accidents sur le compte de sabotages sans preuves avérées. Le rapport montre pourtant que « la plupart des marées noires ne sont pas causées par du sabotage.  »

« Au lieu d’être à la place de l’accusé quand une marée noire se produit au Nigeria, Shell se retrouve dans le rôle du juge et des jurés. Ce sont les populations qui sont condamnées à la perpétuité, une fois leurs terres et leurs moyens de subsistance détruits par la pollution », souligne Audrey Gaughran, directrice chargée des questions internationales à Amnesty International.

Sabotages, accident,  manque d’entretien, usure des équipements, tentatives de vol du pétrole : les causes de déversement d’hydrocarbures sont variées. Chacun de ces accidents devrait faire l’objet d’une enquête, mais selon Accufacts, un  cabinet indépendant spécialiste des oléoducs, la plupart des rapports d’enquêtes sont incomplets ; ils ne permettent donc pas de démontrer un acte de sabotage ou de malveillance.

« Le sabotage et les vols sont un sérieux problème dans le delta du Niger. Cependant les compagnies pétrolières internationales en rajoutent sur ces cas dans un effort pour dévier l’attention de nombreuses autres marées noires due à la corrosion et aux défaillances des équipements », estime Amnesty International dans son rapport Bad information oil spill investigations in the Niger delta. Amnesty conclut que les firmes pétrolières manquent de transparence sur ces questions puisque, par exemple, Shell affirme avoir fait face  à 182 marées noires en 2012 dans son rapport annuel sur le développement durable, tandis que le site Internet de Shell au Nigeria et la National Oil Spill Detection and Response Agency (NOSDRA ou Agence nationale de détection et de réponses aux marées noires) s’accordent sur le chiffre de 207 marées noires. Shell prétend que les trois quart de ses marées noires sont le résultat d’actes de malveillances, alors que 20 ans plutôt, c’était un peu plus du quart.

Delta du Niger

Puits de pétrole dans le delta du Niger près de Port Harcourt, Rivers, Nigeria (4°35’ N – 6°58’E). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude

Besoin de transparence sur les activités pétrolières dans le delta du Niger

« Amnesty International est engagée depuis de nombreuses années dans le delta du Niger, ce n’est pas notre premier rapport sur ce sujet, insiste Jacques Viers porte-parole d’Amnesty International France. Dans le delta du Niger, région vaste comme le Portugal où vivent 31 millions de personnes, les gens respirent du pétrole, boivent du pétrole et mangent du pétrole. Cela fait 50 ans que cette pollution dure. C’est une violation de leurs droits humains fondamentaux à la santé, à l’accès à l’eau et au travail. » En effet, le pétrole se déverse dans des eaux utilisées où les pêcheurs exercent leurs activités,  ainsi que dans les nappes phréatiques et cette région du Nigeria souffre aussi de la pollution de l’air engendré par le torchage du gaz, c’est-à-dire le fait de bruler les gaz inexploités dans les gisements pétroliers. « Shell ne surveille pas ses installations. Le gouvernement du Nigeria ne fait rien pour protéger ses concitoyens. Surtout, la mondialisation rend difficile de poursuivre en justice les entreprises qui se couvrent derrière un système de filiales. » Ainsi, Un tribunal néerlandais s’était déclaré  dans l’impossibilité de juger la maison-mère de Shell aux Pays-Bas pour les activités de sa filiale nigériane.

Delta du Niger, plus de 50 années de pollution

Exploité depuis les années 1950, le pétrole du delta du Niger a causé plusieurs dizaines de milliers de marées noires. Ce sont en tout entre 9 et 13 millions de barils de barils de pétroles qui ont ainsi été déversés en une soixantaine d’années, l’équivalent de deux fois plus que ce que la catastrophe de DeepWater Horizon a rejeté en 2010. Bien connue depuis des décennies, cette situation a alarmé en 2011  le Programme des Nations Unies pour l’Environnement  qui a publié un rapport Les impacts de l’exploitation pétrolière en pays Ogoni : « la pollution due à plus de 50 ans d’exploitation pétrolière dans la région a pénétré plus loin et plus profondément que ce que d’aucuns pouvaient présumer.  La restauration environnementale du pays Ogoni pourrait s’avérer être l’exercice de nettoyage le plus étendu et le plus long jamais entrepris pour ramener l’eau potable, la terre, les criques et d’importants écosystèmes contaminés tels que les mangroves à un état de santé optimal et productif. » Il faudra plus d’un milliard de dollar et des décennies pour nettoyer la pollution.

Julien Leprovost

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