À partir de 2026, les compagnies aériennes européennes cessent de bénéficier de quotas d’émissions gratuits, et commencent donc à payer la totalité de leurs émissions de gaz à effet de serre. En effet, jusqu’à maintenant, elles ont bénéficié de quotas attribués gratuitement par l’Union Européenne. Le transport aérien est responsable de 13,9 % des émissions de CO2 du secteur des transports au sein de l’Union européenne, juste derrière le transport routier.
Des droits à polluer distribués « gratuitement » aux compagnies aériennes
À partir de ce début d’année, les compagnies aériennes qui volent en Europe devront payer la totalité de leurs quotas d’émissions carbone à l’Union européenne. Jusqu’à présent, ceux-ci avaient toujours été en partie financés par l’UE.
Pourtant, le transport aérien fait partie du Système d’Echange de Quotas d’Emissions européen (SEQE-UE), un marché des droits à polluer dont la vocation est de réduire les rejets de gaz à effet de serre grâce à un mécanisme de quotas alloués chaque année qu’il est possible d’acheter ou d’échanger.
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Afin d’aider la mise en place du SEQE, les quotas ont d’abord été alloués gratuitement ou pour des sommes modiques, mais la réglementation prévoit qu’à compter de 2026, les compagnies aériennes doivent acheter des « crédits carbone » pour contrebalancer les émissions des vols intérieurs à l’UE.
Fixer un prix au carbone pour réduire la pollution
Cependant, une nouvelle règlementation de l’UE adoptée en 2022 met fin à cette aide. La proportion de quotas alloués gratuitement à certaines compagnies aériennes a ainsi progressivement diminué, passant de la totalité (100 %) jusqu’en 2023, à 75 % en 2024, puis 50 % en 2025 et enfin plus aucun dès 2026.
Le directeur du pôle aviation de l’ONG Transport et Environnement (T&E) Jérôme du Boucher signale que « cette mesure n’est pas un big bang. Les seules émissions taxées sont celles produites par des vols à l’intérieur de l’UE. » La règlementation ne s’applique en effet qu’aux vols intra-européens, qui représentent 30 % des vols en Europe. Les vols internationaux s’insèrent dans le marché carbone CORSIA, qui a un prix du carbone « négligeable ».
Le prix d’un crédit correspond au prix d’une tonne de carbone au moment de son achat. La valeur d’une tonne de CO2 varie selon le marché où elle est achetée, mais diffère aussi entre différentes compagnies aériennes. En 2024, par exemple, le prix pour Ryanair était de 40 euros par tonne, contre 10,7 euros pour Air France. Cette différence du prix de la tonne de carbone s’explique par le fait que Ryanair occupe une place plus importante dans le marché aérien européen, surtout parce que la compagnie low-cost vole seulement à l’intérieur de l’UE.
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Comme le démontre un rapport de T&E, le transport aérien demeure un secteur en plein essor malgré son impact climatique et une pause pendant la pandémie de Covid-19. Les projections d’Eurocontrol prévoient une hausse de 39 % du trafic aérien entre 2023 et 2050. Jérôme du Boucher insiste sur la nécessité de réguler le trafic aérien, notamment en limitant l’expansion des aéroports. Une autre stratégie envisagée par l’UE pour décarboner les transports est d’investir dans les carburants alternatifs.
Jérôme du Boucher rappelle que « il y aura toujours des avions dans le ciel : la seule voie tenable pour l’avenir du transport aérien est la décarbonation ». La fin des quotas gratuits n’est qu’une petite étape dans ce changement.
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Pour aller plus loin :
Le rapport de l’Union Européenne sur ses stratégies pour décarboniser l’aviation : Reducing emissions from aviation – Climate Action – European Commission
Le rapport de Transport & Environnement : EU ETS REPORT 2025

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