La mairie de Gennevilliers a mis fin, le 6 février, à la construction du site logistique Green Dock, qui aurait dû être bâti à côté du port de la ville. Le projet avait été lancé par la société australienne Goodman et avait été fortement critiqué par les riverains et les riveraines, ainsi que par de nombreuses associations environnementales protégeant les berges de la Seine.
Goodman est un groupe immobilier international spécialisé dans les infrastructures logistiques. Il avait répondu en 2021 à l’appel à projet de HAROPA PORT, gestionnaire des ports du Havre, Rouen et Paris, pour la rénovation d’un site abandonné au Nord du port de Gennevilliers. Le projet prévoyait la construction d’un immeuble de 600 mètres de long et 35 mètres de haut, pour une superficie totale d’environ 90 000 m2.
Mais le site retenu se trouve en face de l’extrémité nord de l’île Saint-Denis, classée depuis plus de 25 ans zone protégée Natura 2000 pour la diversité des espèces d’oiseaux et de plantes qu’elle accueille. Le projet Green Dock a été annulé à la suite des résultats d’une étude de la mairie de Gennevilliers démontrant son incompatibilité avec la préservation de la Zone Natura 2000.
La pollution des berges de la Seine
L’association StopGreenDock avait dénoncé, en particulier, l’impact que le projet aurait eu sur la biodiversité de la zone protégée. Le bruit et la lumière constante auraient pu déranger les oiseaux, et les forcer à partir, tandis que la hauteur du bâtiment aurait pu perturber leurs trajectoires de vol. Ce coin de l’île Saint-Denis héberge, entre autres, le martin pêcheur d’Europe et le grand cormoran, deux espèces rares et menacées.
D’un autre côté, la pollution lumineuse, sonore et atmosphérique du projet aurait aussi nui aux riverains et riveraines. Un témoignage dans un rapport de l’association pour les droits de la nature WildLegal dénonçait : « la pollution de l’air est une catastrophe en banlieue nord, ce qui crée de la surmortalité et des maladies respiratoires. Laissez-nous respirer ! » Sans compter que la valeur foncière des propriétés alentours aurait baissé à cause de l’impact du bâtiment sur le paysage. De plus, le collectif StopGreenDock rappelle que de nombreux projets de baignade ou de sports nautiques sur la Seine n’auraient pas pu être réalisés. Un habitant du quartier a témoigné dans l’enquête publique : « je suis un jeune adulte, j’ai toujours grandi dans ce coin, la découverte des berges a été pour moi une manière de me sensibiliser à la biodiversité, au paysage. »
Pour et contre le transport fluvial
De son côté, Goodman a fait des efforts pour répondre aux craintes et critiques des habitants et habitantes du quartier. Dans son rapport sur le projet Green Dock, il a consacré une importante partie au dialogue avec les différents opposants. La société a toujours répondu à toutes les critiques, et dans le rapport elle se dit motivée à contribuer à la « décarbonation du secteur du transport et de la logistique » à travers le positionnement de « plateformes de l’avant-dernier kilomètre ». En effet, le site des Voies Navigables de France rapporte que la logistique fluviale « génère des émissions de CO2 trois à cinq fois moins importantes que le transport routier ». Les opposants au projet avaient rappelé que le trafic fluvial aurait représenté seulement 15 % du trafic partant du site.
La société australienne avait aussi déclaré vouloir construire un immeuble « intégré dans son environnement » qui aurait été autonome en énergie. Dans le projet, Green Dock incluait aussi une renaturation des berges pour « recréer des habitats pour la variété d’espèces animales peuplant les berges de la Seine ».
Malgré ces efforts, la mairie de Gennevilliers a jugé que le projet Green Dock ne répondait pas aux « exigences de préservation environnementale que la ville avait posées comme préalables » : il y avait en effet des « doutes sur les incidences paysagères et environnementales » des berges de la Seine.
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