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Les feux de forêt, la « nouvelle norme » en Patagonie, selon un expert

feux patagonie

Un incendie de forêt dans les montagnes de la zone rurale d'Epuyén, dans la région patagonique de la province de Chubut, en Argentine, le 1er février 2026 © AFP Gonzalo KEOGAN

Buenos Aires (Argentine) (AFP) – Les feux de forêt, toujours actifs en Patagonie argentine, avec quelque 60.000 hectares détruits cet été austral depuis décembre, sont « la nouvelle norme », à savoir de plus en plus fréquents, voraces, et longs à éteindre, estime un spécialiste argentin des incendies dans la zone.

Vagues de chaleur, désertification, changement des essences, présence humaine accrue, se combinent pour la Patagonie en une sorte de « malédiction », explique dans un entretien à l’AFP Thomas Kitzberger, biologiste au Conicet, l’équivalent argentin du CNRS, qui suit ces feux depuis quatre décennies.

Il y a toujours eu des feux l’été en Patagonie. Qu’est-ce qui a changé ?

« En conditions normales, ces forêts sont peu inflammables en raison de leur forte teneur en humidité. Mais on observe un changement, avec des surfaces brûlées passées de milliers d’hectares à des dizaines de milliers par an. La surface s’est multipliée par dix au cours des vingt dernières années. On est dans un nouveau régime de feux, une « nouvelle norme », où chaque année, plus de 10.000 hectares sont touchés par des incendies.

On y voit une causalité multiple: au XXe siècle une récurrence accrue des vagues de chaleur, une tendance depuis 50 ans à la désertification, avec la baisse des précipitations d’hiver. Donc la végétation aborde l’été en déficit hydrique, plus susceptible de déclencher et de propager des feux.

Pourquoi sont-ils si longs, difficiles à éteindre ?

Davantage d’orages avec moins de précipitations surviennent en été, saison sèche. D’où une forte probabilité d’incendies provoqués par la foudre. Or souvent les impacts frappent dans des zones difficiles d’accès. Le fait de ne pouvoir intervenir tôt contribue à ce que les incendies deviennent incontrôlables, débordant les équipes de lutte. On voit qu’elles ne peuvent faire grand-chose, seulement atténuer, protéger les vies, et les maisons. Et attendre la pluie, ou de pouvoir dévier le feu.

[À lire aussi : Feux de forêt en Patagonie argentine: le gouvernement déclare l’ »urgence incendies »]

Et puis les feux se propagent de manière souterraine, à travers les racines. C’est difficile à combattre parce qu’on ne les voit pas: ce sont des incendies latents qui, lorsque les conditions atmosphériques le permettent, produisent des foyers. Ces braises, alors que le feu a déjà brûlé les cimes, peuvent avoir une activité souterraine. Le processus peut durer des mois, jusqu’à l’automne, quand arrivent les grandes pluies.

Quelles conséquences pour l’écosystème, son évolution ?

On observe une conversion de forêts en broussailles, un écosystème plus inflammable. Et aussi des pertes de forêts d’altitude, celles de lengas (Nothofagus pumilio, un hêtre austral, ndlr) qui, en raison de leur humidité naturelle, ne propagent pas le feu, mais, affectées par les sécheresses, brûlent davantage ces dernières années. Les conditions climatiques ne favorisent pas leur régénération, favorisant leur remplacement par des espèces plus inflammables (…)

Si la fréquence des feux augmente, la forêt d’alerces (Fitzroya patagonica, cyprès patagonien, ndlr) se régénérera de moins en moins. Les pins, introduits dans les années 1960 pour la filière forestière et éviter l’érosion, s’avèrent un piège pour la forêt (…) Ils finiront par dominer le paysage patagonien, qui sera de plus en plus inflammable.

[À lire aussi : Les feux de forêt détériorent la qualité de l’air à des milliers de kilomètres, selon l’ONU]

A quoi s’attendre pour les années à venir ?

Les modèles climatiques suggèrent qu’à la fin du siècle, la Patagonie se réchauffera de 2 à 4 degrés, en fonction des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, et les précipitations diminueront de 20%. Ces modèles se confirment déjà : presque chaque année, on bat des records de température. On fait face à une perturbation climatique plus propice aux incendies. D’ici la fin du siècle, leur probabilité sera multipliée par entre 4 et 7.

La croissance de la population (dans les villes et villages de cette région forestière, ndlr) fait également que les nouveaux habitants sont peu conscients des risques, sans éducation à la prévention, par exemple par débroussaillage, élagage.

La Patagonie vit une sorte de malédiction, car tous les indicateurs, tant humains que climatiques, augurent que ces phénomènes seront plus importants, plus sévères et plus fréquents.

©AFP

Un commentaire

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    • Guy Lafond

    Le toit du monde est blanc.
    Et la Patagonie en fait aussi partie.
    Le Grand sud aussi, par sa blancheur, réfléchit presque toutes les longueurs d’onde du soleil sans les absorber.
    Le toit du monde est immaculé et il aide à protéger la vie sur Terre, qui autrement serait un four.
    Suivons le bon exemple.
    Les toits que nous avons sur nos têtes, assurons-nous qu’il y en ait de plus en plus qui soient propres et blancs comme la couleur de la neige partout sur notre si fragile planète bleue. Nos toits sur nos têtes doivent réfléchir davantage les rayons du soleil et les absorber juste un tout petit peu pour réchauffer nos coeurs.
    Autrement, il faut le rappeler constamment à ceux et celles qui nous entourent:
    Brûlons moins de noir, moins de pétrole, de charbon et de gaz! Ça génère des toutes petites particules sales et microscopiques qui retombent au sol, qui volontiers se réchauffent et assèchent autour d’eux sous l’effet conjugué du soleil et de l’effet de serre.
    Recommençons à vivre à la vitesse des arbres, vous voulez bien?
    Donnons la chance aux forêts et au plancton des océans de capter le trop plein de CO2 dans l’atmosphère. L’effet de serre en sera ainsi diminué et une partie de la chaleur terrestre pourra être évacuée plus facilement vers l’espace infini.
    La vie sur Terre est cet équilibre si fragile et si parfumé qu’il faut à tout prix protéger. La vie sur Terre, c’est aussi de la précieuse humus qui fait apparaître les perce-neige au printemps.
    Il s’agit de préserver des dosages subtiles entre des vases communicants; il s’agit de maintenir des recettes naturelles qui ont mis des millions d’années à se mettre en place. Grâce d’abord à la vie végétale qui a précédé le monde animal! Merci les plantes, merci les fleurs! Si nous sommes vivants et en bonne santé, c’est grâce à vous!
    Depuis environ un siècle, les avancées de la science et les technologies humaines nous ont bien sûr facilité la vie. Mais sommes-nous allés trop loin avec nos astuces et nos artifices?
    Mais pourquoi donc, en retour des progrès énormes que nous avons faits , l’équilibre fragile de la vie sur Terre devrait-il être sacrifié sur l’autel d’hommes si puissants, si cupides et si inconscients?
    La science, c’est aussi la recherche de la vérité… Ne l’oublions jamais.
    La société civile et civilisée, celle imaginée par l’ONU, celle devenue mondiale et consciente de son existence dans un espace infini et aussi sur une Terre définie et limitée, nous dans ce si bel environnement si vert et si blanc à la fois qu’est notre Terre, eh bien nous devons tous nous poser la question sérieusement et rapidement. Chacun d’entre nous, si petit que nous soyons, comment pouvons-nous assurer une avenir serein à celles et ceux qui nous remplaceront?
    La vie a toujours été un magnifique cadeau qu’il faut redonner à la suivante et au suivant.
    C’est notre destin, à tous!
    S.v.p., action!
    Guy J.J.P. Lafond (VELO) – in
    Un esprit sain dans un corps qui a été emprisonné dans son pays, le Canada, à plusieurs reprises. Diantre!