2011, année des forêts : La bataille de l’or vert  •   31 Mai 2011

FRANCE, Strasbourg : Roland Lupoli, entomologiste de la société de biotechnologie Entomed dans la banlieue de Strasbourg, présente, le 30 septembre 2004, des insectes de type scarabée noir (g) et blattes (d), en provenance de Chine et utilisés par la médecine chinoise.De la forêt amazonienne à la campagne française,en passant par la Chine ou l'Afrique de l'ouest, il parcourt la planète à la recherche des insectes précieux qui pourront devenir des médicaments. © AFP/FREDERICK FLORIN

Avec un volume estimé à environ 20 milliards de dollars par an, le trafic d’espèces occupe le troisième rang des commerces illicites après celui des armes et des stupéfiants. Il inclut la contrebande des produits dérivés des animaux morts, comme l’ivoire des éléphants ou la peau des tigres et fait peser une menace évidente sur les écosystèmes. Mais le pillage des forêts s’étend également à l’appropriation frauduleuse des connaissances des peuples autochtones, ce qu’on appelle la biopiraterie : lorsqu’une société commerciale dépose un brevet sur une molécule issue d’un savoir traditionnel.

Les exemples sont nombreux : la quinine, un antipaludique extrait de l’écorce de quinquina ; le neem (ou margousier, un arbuste indien) dont les fruits contiennent un fongicide, ou encore l’émétine, un vomitif utilisé contre certains empoisonnements, tiré de la racine de l’ipéca – un arbrisseau brésilien.

Les peuples qui ont découvert ces plantes et au moins une partie de leur usage possible, devraient percevoir une partie des bénéfices, parfois considérables, qui en sont retirés par les entreprises qui les commercialisent. Si ce n’est pas le cas, une entreprise qui dépose un brevet sur le savoir ancestral d’un peuple, s’accapare en fait celui-ci.

Depuis 1992, la Convention sur la diversité biologique, signée à Rio par 190 pays, indique que l’accès aux ressources biologiques et génétiques doit recevoir le consentement préalable et éclairé du pays ou du peuple autochtone concerné. Les deux parties doivent en outre négocier un contrat pour définir équitablement le partage des bénéfices liés à la transformation de la plante en produit fini.

Mais l’application du texte reste complexe ; les procès sont nombreux et difficiles pour les peuples indigènes, mal armés dans le monde juridique contemporain. En particulier parce que leur culture repose souvent sur la transmission orale et qu’ils ne disposent pas des éléments écrits qui permettent de prouver l’antériorité de leurs découvertes.

Extrait du livre « Des forêts et des hommes » rédigé par la rédaction de GoodPlanet à l'occasion de l'année internationale des forêts et disponible aux éditions de la Martinière.