Devant l’urgence, il faut un grand « accord pour la nature » pour le WWF

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Portrait de Marco Lambertini, directeur général du WWF, réalisé en 2017 à Singapour, et fourni par l’organisation
© WWF INTERNATIONAL/AFP HO

Paris (AFP) – L’action doit changer d’échelle et le monde trouver un accord pour sauver la nature, qui arrive à un seuil critique, dit à l’AFP Marco Lambertini, directeur général du WWF International, dont le dernier rapport révèle un déclin de 60% des vertébrés sauvages en 40 ans.

Chaque nouvelle édition du rapport Planète vivante montre un recul de la faune sauvage dans le monde. Comment résumer la situation aujourd’hui?

La situation est vraiment mauvaise, on le dit depuis un moment, mais cela ne cesse d’empirer. L’attention s’est beaucoup concentrée sur le climat, à juste titre. Mais nous oublions les autres +systèmes+ (forêts, océans, etc…), interconnectés avec le climat et super importants pour le maintien de la vie sur Terre.

L’humain a évolué pendant 2 millions d’années au coeur d’une nature abondante, riche… que nous considérons comme acquise. Or nous commençons à altérer la biosphère au point de pousser certains systèmes au bord de l’effondrement.

La seule bonne nouvelle est que nous savons exactement ce qui est en train de se passer. Espérons que cela aide à apporter la réponse appropriée. Pour le climat, nous avons eu besoin de voir les événements extrêmes s’intensifier avant de signer l’accord de Paris.

La nature est un peu moins claire dans la relation de cause à effet: nous ne ressentons pas la déforestation ou l’extinction d’espèces sur notre peau de la manière dont nous sentons le chaleur ou le vent »

Comment expliquer cette dégradation et son rythme inédit? Le rapport parle d’une +consommation humaine folle+.

C’est ce que les scientifiques appellent +la grande accélération+, qui s’est produite ces 50 dernières années. La croissance et la consommation exponentielles de tout: énergie, eau, bois, poissons, aliments, engrais, pesticides, minéraux… tout. Il est évident que ce n’est pas soutenable. Certains +systèmes+ – forêts, océans… – absorbent ces impacts depuis des décennies, mais nous atteignons des seuils critiques.

La consommation d’énergie – et la manière dont nous la produisons – est un élément majeur. La consommation alimentaire est l’autre grand facteur: 40% des sols ont été convertis à des fins de production alimentaire, 70% de la ressource en eau sert à cela, plus de 30% des gaz à effet de serre (GES) viennent de là… Et il y a le soja, l’huile de palme et l’élevage bovin qui génèrent 80% de la déforestation opérée sur la planète aujourd’hui »

Que faire ? Face à +la grande accélération+, les efforts de conservation – aires protégées, quotas, etc – apparaissent dérisoires.

Ces efforts ont porté leurs fruits, au niveau d’espèces ou de sites. Mais en effet l’approche doit changer. Car nous voici face à une accélération sans précédent des impacts. Le rapport des experts de l’ONU sur le climat nous dit qu’il faut arriver à une neutralité carbone en 2050 (ne pas émettre plus de GES qu’on ne peut en absorber, ndlr). Cela signifie arrêter la déforestation, renverser la perte de biodiversité!

Ce qui nous amène à +l’accord pour la nature+. Comme à Paris pour le climat, nous devons montrer les risques qu’il y a pour nous, les humains, à perdre la nature. Dans les 12 prochains mois, nous – entreprises, gouvernements, ONG, chercheurs… – devrons aussi définir un objectif clair et parlant, qui soit l’équivalent de l’objectif 1,5°C/2°C du climat. Sans cela, nous ne retiendrons pas assez l’attention.

Il faut une révolution culturelle qui valorise vraiment la nature, lui donne, au sens propre, une valeur. Et c’est le plus difficile. Les gens ont des plantes dans leur appartement, chouchoutent leur chien, comblant leur besoin de nature de manière artificielle en oubliant ce qui arrive à la vraie nature, dehors.

Cette déconnexion est dangereuse, il faut nous reconnecter avec la nature. L’humanité mine des écosystèmes qui nous font vivre gratuitement depuis notre apparition sur Terre, et ces écosystèmes sont en train de s’écrouler.

© AFP

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