La preuve par la morue

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Chalutier le « Caraïbes » en mer d’Iroise au large de l’île d’Ouessant, Finistère, France (48°25’ N – 5°05’ O). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude

Chalutier le « Caraïbes » en mer d’Iroise au large de l’île d’Ouessant, Finistère, France (48°25’ N – 5°05’ O). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude

Le 2 juillet 1992 restera dans la mémoire de tous les pêcheurs canadiens. Ce jour-là, John Crosbie, ministre de la Pêche et des Océans, annonce la mort des pêcheries de morue de Terre-Neuve et du Labrador et met en place un moratoire qui entrainera le chômage de 42 000 personnes. Aujourd’hui encore, l’effondrement des pêcheries de morue de Terre-Neuve et du Labrador est le symbole de la mauvaise gestion des ressources maritimes, celui de la capacité des hommes à tuer la poule aux oeufs d’or, à surexploiter les stocks de poissons jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Malgré les mesures drastiques qui ont été prises pour les sauver, les populations de morue sont tombées tellement bas que, pendant presque 20 ans, elles n’ont montré aucun signe de rétablissement. 

Le 2 juillet 1992 restera dans la mémoire de tous les pêcheurs canadiens.

Ce jour-là, John Crosbie, ministre de la Pêche et des Océans, annonce la mort des pêcheries de morue de Terre-Neuve et du Labrador. Depuis le début du xixe siècle, Terre-Neuve basait son activité économique sur l’industrie de la pêche. La morue de l’Atlantique était alors considérée comme le poisson de fond le plus important de la région. Au milieu des années 1950, la pêche connaît un développement rapide. Les navires de petites tailles laissent place à des navires-usines, et en 1968, ce sont 800 000 tonnes de morue qui sont pêchées par an, soit 3 fois plus qu’au début du siècle. Mais, à partir de 1986, les stocks de morue s’effondrent. Les scientifiques recommandent, en 1988, de diviser le nombre de prises par deux, mais le gouvernement canadien n’entend pas ces alertes : il ne baisse que légèrement les quotas autorisés. En 1990, 97 % des morues de l’Atlantique ont disparu des côtes canadiennes, et dans certaines zones extracôtières, l’espèce est complètement éteinte.

Lorsque John Crosbie annonce la fin de la pêche à la morue en 1992, il s’agit initialement d’un moratoire. Et, malgré 3 milliards de dollars d’aide sociale de l’État canadien, les pêcheurs entrent dans une colère noire. Face à une contestation violente, John Crosbie s’exclamera : « Pourquoi criez-vous après moi ? Je n’ai pas pris le poisson de cette fichue mer, alors ne commencez pas à me bousculer. » Reste que le moratoire, qui devait initialement s’achever après 2 ans, a perduré et entraîné le chômage de 42 000 personnes. La région de Terre-Neuve, dont les ressources étaient très majoritairement basées sur l’industrie de la pêche, a vu son économie s’effondrer.

Aujourd’hui encore, l’effondrement des pêcheries de morue de Terre-Neuve et du Labrador est le symbole de la mauvaise gestion des ressources maritimes, celui de la capacité des hommes à tuer la poule aux oeufs d’or, à surexploiter les stocks de poissons jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Malgré les mesures drastiques qui ont été prises pour les sauver, les populations de morue sont tombées tellement bas que, pendant presque 20 ans, elles n’ont montré aucun signe de rétablissement. Des populations insuffisamment nombreuses pour se reproduire correctement, une diversité génétique faible, des conditions environnementales différentes et des poissons pélagiques voraces d’oeufs de morue sont parmi les raisons invoquées par les scientifiques.

Ce n’est qu’en 2010, soit 18 ans après, que la morue de l’Atlantique semble de retour dans une partie de la zone de pêche située à l’est de la Nouvelle-Écosse. Cependant, ce retour reste timide, bien loin de la prospérité des eaux canadiennes du début du xixe siècle, et les morues d’aujourd’hui sont en moyenne plus petites.

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