Développement durable : un concept victime de sa popularité

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L’expression est dans toutes les bouches depuis quelques années, mais le principe a en fait plus de vingt ans. Le développement durable consiste à maintenir un développement économique tout en respectant un équilibre environnemental et social. Mais la notion est de plus en plus contestée : le terme est flou, voire contradictoire, et il serait utilisé par les pollueurs pour se donner une image verte.

C’est en mars 1987 que Gro Harlem Brundtland, Premier ministre norvégien, remet à l’Organisation des Nations Unies un rapport intitulé « Notre avenir à tous » (Our common future) . Le texte introduit un terme jusqu’alors peu usité, sustainable development, qui deviendra en français « développement durable ». Le concept est défini ainsi : « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »

Ce texte fait suite à de nombreux autres, parmi lesquels on peut citer le rapport Meadows, publié en 1972 par le Club de Rome et intitulé : « Limits to growth » (traduit étonnamment en français par Halte à la croissance ?) . Il met en garde contre les dangers d’une croissance exponentielle. L’année de sa publication a lieu la conférence de Stockholm qui tente déjà de concilier environnement et développement économique.

Le terme est préféré à d’autres, comme « alter-développement », trop alternatif, ou « éco-développement » parce donnant trop d’importance à la notion d’écologie. Il s’agit, déjà à l’époque, d’un compromis entre ceux qui mettent la priorité sur l’environnement et mettent en garde contre la croissance et ceux qui mettent en avant le développement qui est censé réduire les inégalités.

En 1992, le sommet de Rio réunit quelque 182 chefs d’état qui s’engagent, sur la base du rapport Brundtland, à mettre en place des stratégies de développement durable. C’est l’origine d’un programme de 2 500 actions, connu sous le nom d’Agenda 21 , et de la Convention sur la diversité biologique, qui introduit le principe de précaution.

Les trois piliers du développement durable

Le développement durable repose sur trois piliers : l’environnement, l’économie et le social. Il s’agit de mettre en place une double solidarité, horizontale, entre les peuples, et verticale, entre les générations : le développement économique ne doit pas se faire aux dépens des plus démunis, ni des générations futures.

Le pilier environnemental

L’environnement est l’aspect le plus souvent pris en compte dans le développement durable. Tandis que les défenseurs de la nature ont longtemps été considérés comme des utopistes hors du système économique, l’idée est de ne plus opposer nature et économie, voire d’utiliser la nature pour le développement et, par exemple, d’encourager les innovations technologiques et industrielles liées à l’environnement.

Réintroduire la nature dans l’économie signifie aussi donner une valeur marchande à la nature (eau, espace, minerais, énergie…) pour réguler l’usage des ressources. Ce qui est rare est cher, et donc moins consommé ; les mécanismes économiques seraient, pour certains, un outil du développement durable.

Le pilier social

L’écologie a longtemps été perçue comme un luxe pour pays riches. Les populations pauvres, vivant souvent dans des pays politiquement instables, auraient d’autres préoccupations. Le développement durable a voulu redistribuer les cartes et penser l’écologie au service des plus démunis, car ce sont aussi eux qui souffrent le plus des problèmes liés à l’environnement, comme la pollution, les changements climatiques ou le manque d’accès à l’eau potable. Le développement durable peut servir à minimiser les inégalités.

A ce titre, le commerce équitable qui promeut des échanges plus justes est un des principaux outils du développement durable vu sous l’angle social.

Le développement durable encourage également l’utilisation de nouveaux indicateurs de développement qui font le contrepied du Produit intérieur brut, comme l’indice de développement humain (IDH), qui synthétise pour chaque pays et par un seul chiffre la durée de vie, le niveau d’éducation et le PIB réel corrigé par habitant.

Critiques du développement durable

Le succès même du concept de développement durable lui a attiré de nombreuses critiques. Elles sont diverses aussi parce que le concept est en fait assez flou, et les définitions sont extrêmement nombreuses : certains spécialistes en comptent plusieurs centaines.

Les critiques les plus virulentes viennent souvent de ceux qui critiquent la croissance. Selon eux, une croissance infinie est impossible ; une croissance durable est donc une contradiction dans les termes : un oxymoron [voir « Décroissance »].

A l’exact opposé, d’autres reprochent au concept d’être réservé aux pays riches. Maintenant que ceux-ci sont développés, pourquoi imposeraient-ils une vision restrictive du développement aux pays émergents, qui aspirent au même niveau de développement ? Cette critique avait déjà été soulevée au moment du rapport Brundtland, certains représentants des pays émergents ne souhaitant pas que l’on pose des restrictions à leur industrialisation ou à leur croissance démographique.

Greenwashing

Quelle que soit la valeur intrinsèque du concept, il est utilisé à tout propos, souvent par des personnes qui se soucient en fait assez peu de la planète. Les grandes entreprises, en particulier, se sont emparées de ce terme afin de reverdir – c’est l’idée contenue dans l’anglais greenwashing – leur image. Les ONG et les associations dénoncent régulièrement les campagnes abusives de nombreuses firmes. Il s’agit du même problème avec les politiques qui se sont emparés du concept souvent sans le mettre en œuvre. C’est pourquoi, le concept souffre de plus en plus d’une image négative dans l’opinion, qui soupçonne,parfois avec raison, de n’être que poudre aux yeux.

Le mot durable est une traduction française de l’anglais sustainable. Une traduction imparfaite puisque sustainable se traduirait plutôt par soutenable. Paradoxalement, ce mot viendrait en fait lui-même de l’ancien français soustenir. Le terme est ainsi utilisé dans L’ordonnance de Brunoy, première réglementation forestière en langue française connue, édictée le 29 mai 1346 par Philippe VI de Valois : « les maîtres des eaux et forêts enquerront et visiteront toutes les forez et bois et feront les ventes qui y sont, en regard de ce que lesdites forez se puissent perpétuellement soustenir en bon estat ». La gestion des forêts est un modèle historique de gestion durable en France, avec en 1291 la création de l’administration des Eaux et Forêts par Philippe Le Bel, et la réforme des forêts royales entreprise par Colbert, ministre de Louis XIV – même si son objectif était de fournir du bois pour la marine militaire.

– Le développement durable, Thierry Libaert et André-Jean Guérin, Dunod, 2008

– Le développement durable, Sylvie Brunel, coll. « Que sais-je ? », PUF, 2004

– Plan B, Lester R Brown, Calmann Lévy, 2007.

Portail européen du développement durable

Organisation internationale pour le développement durable (IOSD)

Décroissance ou développement durable ?, Alternatives Économiques n°221, janvier 2004.

Le développement durable est-il soutenable ?, Alternatives Économiques n°206, septembre 2002.

Notre avenir à tous, rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’ONU, présidée par Gro Harlem Brundtland, avril 1987

Club de Rome

Agenda 21

Greenwashing

Rapport Meadows, 30 ans plus tard

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