Patrimoine mondial de l’Humanité : la convention Unesco

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patrimoine UNESCO

La Convention de l’UNESCO concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel a été adoptée par la 17ème conférence générale de l’UNESCO le 16 novembre 1972 et signée le 23 novembre 1972. Elle est entrée en vigueur le 17 décembre 1975. Elle a été ratifiée par 185 États Parties.

Objet et enjeux

C’est historiquement le projet de construction du barrage d’Assouan qui a été à l’origine de la Convention. En 1959, l’UNESCO lance une campagne internationale pour sauver les temples d’Abou Simbel et de Philae de l’inondation et, grâce aux efforts de plusieurs États, ils seront finalement déplacés. Cet événement témoigne de la nécessité d’une coopération entre les pays pour préserver les sites culturels exceptionnels.

D’autres campagnes internationales du même type se succèdent et l’UNESCO prépare alors un projet de Convention sur la protection du seul patrimoine culturel. Finalement, sous l’impulsion notamment des États-Unis, c’est une Convention portant à la fois sur le patrimoine mondial culturel et naturel qui est adoptée, ce qui lui confère toute son originalité. La Convention définit le type de sites naturels ou culturels qui méritent d’être inscrits sur la « Liste du patrimoine mondial », bénéficiant alors (théoriquement) d’une attention et d’une protection particulière.

Contenu

Pour figurer sur la liste du patrimoine mondial (1), les sites doivent avoir une « valeur universelle exceptionnelle » et satisfaire à l’un (au moins) des dix critères de sélection fixés par la Convention. Parmi ces critères, le site doit par exemple « apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue ». C’est sur le fondement de ce critère qu’a été inscrit le centre historique de Saint Marin et du Mont Titano, en tant que témoignage de la continuité d’une République indépendante depuis la période médiévale (site abritant des murs d’enceinte, des tours, des couvents…). Le site peut aussi « représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles ». C’est le cas du Parc national du mont Sanqingshan en Chine, dont le paysage est constitué de pics et de colonnes de granits ressemblant à des silhouettes humaines ou animales. Un bien peut encore « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique (…) ». Ont ainsi été récemment inscrits l’Archipel de Socotra au Yémen (dont la majorité des reptiles et escargots ne se trouvent nulle part ailleurs), et les lagons de Nouvelle-Calédonie notamment pour la diversité des coraux.

Les critères de sélection sont régulièrement révisés par le Comité du patrimoine mondial, pour tenir compte de l’évolution de la notion de « patrimoine ». Ainsi depuis 1992, la notion de paysages culturels a été reconnue, pour refléter les interactions majeures entre les hommes et leurs milieux naturels.

Il existe enfin une liste du patrimoine en péril (31 sites).

Effets et application

La Convention fixe des devoirs pour les États Parties dans l’identification des sites potentiels, et précise leur rôle dans la protection des sites. En signant la Convention, chaque État s’engage à assurer non seulement la bonne conservation des sites inscrits qui se trouvent sur son territoire mais aussi à protéger son patrimoine national. Les États sont également encouragés à intégrer la protection d’un tel patrimoine dans les programmes de planification régionaux, à mettre en place du personnel et des services sur leurs sites, à entreprendre des études scientifiques pour la conservation, à sensibiliser le public aux valeurs des biens inscrits (programmes d’information et d’éducation). Un fonds du patrimoine mondial est mis en place pour assister financièrement les États.

La Liste du patrimoine mondial comporte aujourd’hui 878 biens, dont 679 sites culturels, 174 naturels, et 25 mixtes. Ce déséquilibre a conduit le Comité à lancer en 1994 la « Stratégie globale » pour une Liste du patrimoine mondial équilibrée, représentative et crédible. De nouvelles catégories de sites sont favorisées, comme les itinéraires culturels, le patrimoine industriel, les déserts et les sites insulaires de petite taille. Consécutivement à cette Stratégie, le nombre de pays signataires a augmenté ainsi que le nombre d’États soumettant des listes de sites.

Pour encourager la diversité de sites sous-représentés (architecture vernaculaire par ex) et améliorer la couverture géographique de la Convention (l’Europe étant actuellement surreprésentée), le Comité a récemment décidé de limiter le nombre de propositions d’inscriptions pouvant être soumises par chaque Partie. On peut en effet reprocher à la Convention de l’UNESCO de n’avoir visé, pour l’instant, que le patrimoine exceptionnel, favorisant ainsi une approche élitiste de la protection des sites.

Il faut ajouter que l’application de la Convention se heurte aussi à la multiplication de conflits culturels, comme en témoigne la destruction en 2001 par les talibans des deux grands bouddhas de la vallée de Bamyan (Afghanistan). Si l’UNESCO a tenté d’empêcher leur destruction à travers la presse de pays « amis » du régime, celui-ci ne reconnaissait de toutes façons ni la convention ni la légitimité de l’organisation. Inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril en 2003, les deux bouddhas ne seront pas reconstruits, l’opération coûtant trop cher. Les efforts se portent aujourd’hui dans deux directions, la consolidation de la falaise et plus particulièrement des niches et la recherche d’un troisième bouddha couché, qui se trouverait dans la vallée.

Aujourd’hui, l’UNESCO ne pourrait plus intervenir aussi librement qu’auparavant pour sauver le patrimoine en péril (comme elle le fit en Egypte), et elle se heurte aussi à un manque de moyens financiers.

Contrôles de mise en œuvre

L’Assemblée générale des États Parties à la Convention et le Comité ont un rôle normatif (ils prennent des décisions comme l’inscription d’un site), tandis que les États Parties sont responsables de la gestion et du suivi des biens.

Les États doivent rendre compte régulièrement au Comité du patrimoine mondial de l’état de conservation de leurs biens. Ces rapports sont cruciaux pour le travail du Comité, qui a choisi de privilégier récemment une approche par régions (2). Le Comité étudie et répond aux rapports périodiques. C’est sur ce fondement qu’il formule des recommandations.

Il existe aussi une procédure de suivi « réactif », qui prévoit que les États fournissent des rapports spécifiques et des études d’impact chaque fois que des circonstances exceptionnelles se produisent (conflit armé, catastrophe naturelle) ou que des travaux susceptibles d’avoir un effet sur l’état de conservation du site sont entrepris.

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