OGM : un débat dans l’impasse

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champ OGMS
Les plantes transgéniques sont de plus en plus cultivées dans le monde. Qu’elles soient résistantes aux ravageurs, au froid ou tolérantes aux herbicides, 114 millions d’hectares de terres agricoles sont déjà dédiés à ces cultures. Mais l’opposition qu’elles suscitent reste toujours aussi vive en Europe de l’Ouest. Les travaux scientifiques sur le sujet n’ont apporté à ce jour que peu de réponses sur les risques sanitaires et surtout environnementaux liés à ces cultures. Le débat est difficile et les positions tranchées.

Il existe de nombreux types d’organismes génétiquement modifiés : des animaux, des plantes, des bactéries, des levures. Les technologies de transformation sont variées et les objectifs aussi (médicaux, scientifiques, industriels, etc.). Mais le débat s’est souvent focalisé sur les OGM agro-alimentaires ; il ne s’agira que de ceux-là dans cette fiche. Celle-ci ne dressera d’ailleurs que les grandes lignes d’un débat complexe.

Etat des lieux

Depuis la première commercialisation en 1996 d’une plante OGM – une tomate -, les surfaces cultivées en OGM ont cru de façon ininterrompue dans le monde. En 2007, la superficie mondiale de plantes transgéniques cultivées atteignait 114 millions d’hectares. Il y a désormais 23 pays qui en cultivent. Les Etats-Unis arrivent en tête des pays producteurs dans le monde avec 57,7 millions d’hectares (50% de la superficie mondiale des cultures OGM). Ils sont suivis par l’Argentine, le Brésil, le Canada, l’Inde et la Chine. En Europe, l’Espagne est le premier pays concerné avec 50 000 hectares d’OGM cultivés en 2007. (1)

Deux principaux types

Certains de ces OGM sont plus résistants au froid, d’autres à la sécheresse, d’autres à la salinité des sols. Toutefois les plus importants sont de deux types : les OGM tolérants aux herbicides et les OGM résistants aux ravageurs.

Avec les premiers, les fermiers peuvent épandre leurs champs avec un herbicide dit total, qui détruira les mauvaises herbes mais pas la culture modifiée. C’est le cas du soja Roundup-ready ou soja-RR : il a été développé par Monsanto, qui commercialise aussi l’herbicide associé, le Roundup ou glyphosate. Le deuxième type principal d’OGM est constitué des plantes résistantes aux ravageurs, comme le maïs-Bt. Ici, Bt désigne un gène bactérien qui permet à la plante de résister à un insecte : la pyrale.

Dans le monde, 73% des plantes transgéniques cultivées sont tolérantes à certains herbicides (principalement du soja), 18% sont résistantes à certains insectes ravageurs (maïs, coton et colza) et 8% possèdent les deux caractéristiques. (2)

Notons qu’il existe des OGM dits de seconde génération, pour l’instant peu répandus, qui portent des gènes d’intérêt nutritionnel ou sanitaire. (Voir encadré)

Choix paysan

Les agriculteurs qui passent aux cultures OGM le font parce qu’ils pensent y trouver leur intérêt : gagner plus d’argent ou travailler plus facilement. Selon les chiffres de l’ISAAA, un lobby pro-OGM, ils sont plus de 50 millions dans le monde à avoir choisi de le faire. Dans certains cas, les agriculteurs étaient tellement persuadés d’y trouver leur intérêt qu’ils ont acheté illégalement des semences– alors que les OGM étaient encore interdits dans leur pays. Ce fut le cas en Argentine, au Brésil et en Inde, par exemple. (3)

Toutefois, les débats publics portent davantage sur les questions d’intérêt général que sur les intérêts particuliers des paysans.

Avantages

L’un des avantages souvent mis en avant en faveur des OGM est de permettre une augmentation de la production agricole et ainsi d’aider à nourrir la planète. Toutefois, il n’existe pas de consensus sur la productivité des semences modifiées. Les résultats sont très différents d’une année sur l’autre, d’une plante sur l’autre, d’un pays à l’autre ; certaines études montrent des augmentations, d’autres des diminutions. Dans un travail de synthèses portant sur le coton-Bt, des chercheurs ont défendu l’idée que les gains étaient faibles dans les pays occidentaux parce qu’ils possèdent déjà un large accès aux phytosanitaires, mais qu’ils peuvent être élevés dans les pays où cet accès est limité et où la présence du ravageur est plus importante. (4) Par ailleurs, régler les crises alimentaires dépend plus de questions de répartition que de questions de production agricole. [voir fiche alimentation]

Un autre avantage souvent mis en avant est celui de nécessiter moins de pesticides ou d’herbicides, et donc d’être meilleur pour l’environnement (et moins cher pour l’agriculteur). Là encore, c’est un point très difficile à trancher : les données manquent et sont contradictoires. (5) En fait, il semble que cela soit effectivement le cas mais que les pratiques des agriculteurs, qui continuent à épandre en grande quantité, neutralisent voire contredisent cet aspect potentiellement positif. (6)

Coexistence

Les OGM posent un certain nombre de problème non résolus. Le premier est celui de la dissémination de gènes. Poussé par les vents, emporté par les insectes, le pollen peut traverser de longues distances. Il peut féconder des plantes non OGM ; ses descendants pourraient véhiculer plus loin encore les gènes modifiés. Là encore, le problème se pose en des termes différents pour les différentes plantes, il est plus préoccupant pour le colza que pour le coton, par exemple.

En 2001, du maïs génétiquement modifié, originaire des Etats-Unis a ainsi été identifié dans des cultures de maïs mexicain conventionnel, au cœur du berceau historique de cette plante. L’émotion fut forte, mais les chercheurs sont revenus sur leurs affirmations et en 2005, de nouvelles études ont montré l’absence de cette contamination. (7)

Quoiqu’il en soit, on ne sait pas comment assurer la coexistence des plantes OGM et conventionnelles. Certains spécialistes proposent de ménager des espaces entre cultures, mais il est impossible aujourd’hui d’exclure une contamination. C’est pourquoi, un grand nombre d’opposants aux OGM demandent l’arrêt et l’interdiction des essais et des cultures en champ. Cette coexistence est encore plus problématique pour les agriculteurs bio qui peuvent perdre leur labellisation s’ils se trouvent contaminés par des champs voisins. (8)

Risques environnementaux

Quel serait l’effet pour l’environnement d’une dissémination des gènes transférés aux OGM ? La question fait –aussi- débat. Ces gènes pourraient favoriser l’apparition de résistances parmi les ravageurs ou les mauvaises herbes, ils pourraient perturber certains organismes, comme les abeilles, etc. Pour l’instant il n’y a pas de travaux scientifiques probants allant dans ce sens, mais l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence. (9)

Risque sanitaire

Le risque sanitaire que pourrait représenter les OGM est lui aussi très discuté. Certaines études montrent une augmentation du risque allérgique. Ainsi, une variété de soja porteuse d’un gène de noix connu pour être allergène n’a ainsi jamais été commercialisé. (10) Mais si l’on met à part ce risque, il n’y a pas aujourd’hui d’évidence reconnue par les chercheurs d’un risque sanitaire des OGM.

Alimentation

La plupart des plantes alimentaires OGM sont destinées aux animaux d’élevage (le soja en particulier). Y compris en France. Les gènes portés par ces plantes n’ont aucune chance de se retrouver dans la nourriture humaine, car les plantes sont digérées, et il n’y aucune raison de penser que les gènes de ces plantes vont se retrouver dans le muscle des bêtes. Toutefois, certains OGM destinés normalement à l’alimentation animale peuvent se retrouver accidentellement dans des aliments destinés à la consommation humaine. C’est le cas, par exemple, de la variété de maïs Starlink qui a été retrouvé dans certains tacos. (11)

Depuis 2002, les produits qui contiennent plus de 0,9% d’OGM doivent en faire mention. Ce seuil est destiné –entre autres- à prendre en compte les possibles contaminations accidentelles. De nombreux écologistes le considèrent comme inacceptablement élevé.

Des semences brevetées

L’enjeu économique des OGM est aussi celui des semences. Les paysans occidentaux ne replantent plus depuis longtemps les graines de l’année précédente pour la récolte suivante. Ils achètent des semences (OGM ou non) continuellement améliorées.

Ces semences étant brevetées, il leur est interdit de les replanter. Monsanto a même tenté de rendre l’opération impossible avec des semences dites « terminator » qui donnaient des plantes stériles. Mais le projet fut abandonné en 2000 devant les protestations généralisées.

Toutefois, les paysans des pays en développement procèdent encore – ou du moins d’avantage- au réensemencement. S’ils achètent des OGM ils n’en auront plus le droit. Et à partir du moment où ils l’auront fait, il leur sera très difficile de revenir en arrière. Par ailleurs, le modèle économique des OGM encourage la monoculture.

Principe de précaution

Au vu des incertitudes sur les OGM, et au vu des avantages modestes qu’ils apportent, on peut s’interroger sur l’opportunité de se lancer dans la culture des OGM. De fait, la plupart des opposants demandent qu’au nom du principe de précaution on attende.

Le problème est que la précaution nécessite une évaluation des risques. Or les OGM sont protégés par des brevets et par le secret industriel. Ce qui rend difficile les recherches. Par ailleurs, ces études nécessitent des tests en plein champ : ainsi, mesurer le risque représente un risque en soi.

L’étiquetage et la traçabilité, en participant à l’information des consommateurs, sont des éléments indispensables pour choisir d’acheter, ou non, des produits fabriqués à partir d’OGM.

Les citoyens et les OGM

En Europe occidentale, une grande partie de l’opinion est opposée aux OGM. La Grèce, l’Irlande et la France font partie des plus réfractaires. En 2004, selon un sondage TNS Sofres, 76% des Français étaient opposés aux OGM.

Malgré cela, des cultures OGM existent en France, même modestement, et y compris en plein champ. Des décisions que les opposants considèrent donc comme anti-démocratique. Ils affirment que les grandes entreprises – dont Monsanto, la plus connue d’entre elles- exercent des pressions ou font un lobbying qui biaise le débat.

La lutte contre les OGM est incarnée depuis 1998 par le leader altermondialiste José Bové. Depuis 2003, il participe au mouvement des Faucheurs volontaires, dont le but est de détruire les parcelles d’OGM en plein champ. Ce mouvement s’inscrit dans une démarche de désobéissance civile, qui enfreint donc la légalité au nom de principes généraux, quoique de manière pacifique. Les faucheurs, dont José Bové, ont été condamnés à la prison pour leurs actions.

Alors que la création des OGM de première génération visait une amélioration de leurs propriétés agronomiques, les OGM de deuxième génération sont modifiés sur d’autres paramètres.

Le « riz doré », par exemple, enrichi en bêta-carotène (un précurseur de la vitamine A, d’où sa couleur) a été conçu en 2000 dans le but de réduire les risques de cécité dans les pays en développement. En effet, chaque année, entre 250 000 et 500 000 enfants deviennent aveugles par manque de vitamine A. En 2005, une nouvelle variété de riz doré, encore plus riche en bêta-carotène, a été créée. Aucune n’a cependant été commercialisée. Les écologistes comme Vandana Shiva ont en effet manifesté leur opposition, arguant qu’il existe de meilleurs moyens de lutter contre les carences alimentaires.

D’autres végétaux utilisés pour la fabrication d’agrocarburants ont été modifiés ou pourraient l’être à l’avenir pour améliorer leurs propriétés énergétiques.

(1) Etat mondial des OGM commercialisées

(2) Les OGM dans le monde

(3) Un robin des bois indien, Courrier international 26 juin 2003

(4) Productivité des OGM (Qaim et Zilberman, Science, 2003)

(5) Inconvénients, Les amis de la Terre

(6) Pesticides : il y a loin du laboratoire au champ !, La recherche, 2003

(7) Deux articles sur le maïs OGM au Mexique dans la revue Nature, en 2001 et en 2005.

(8) Coexistence, Inra

(9) OGM : le contre, FAO

(10 OGM et allergies, par l’Inra

(11) Starlink, chronique d’un scandale annoncé

Lire aussi :

– OGM le vrai débat, Gilles-Eric Séralini, Pour La Science et éditions Flammarion, 2000

– Le monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin, Éditions La Découverte/Arte, 2008

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