Dégradation des sols

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La dégradation des sols  est un processus qui peut prendre plusieurs formes: érosion hydrique, érosion éolienne, modification de la composition chimique du sol, dégradation physique.
Avec une population mondiale qui devrait atteindre 9 milliards d’ici 2050, le sol est devenu une ressource fondamentale à protéger de toute urgence.

Le sol fournit aux êtres vivants alimentation, fibres et combustibles. Il est le support de la vie sauvage et des activités rurales et urbaines. De la fin des années 40 au début des années 90, la dégradation des terres productives est à attribuer, pour plus de 90%, au surpâturage, à la déforestation et à des pratiques agricoles inappropriées. Ces modifications au niveau des sols affectent plus de 2 milliards de personnes et notamment la plupart des 852 millions de personnes qui souffrent de la faim.

Les sols sont des milieux incontournables dans les mécanismes de l’écosystème.

Etat des lieux de la dégradation des sols

Selon les données de l’ISRIC World Soil Information, 46,4% des sols connaissent une baisse importante de productivité, avec des fonctions biologiques partiellement détruites. Ils se situent pour un tiers en Asie, un cinquième en Afrique. 15,1% des sols ne sont plus utilisables pour l’agriculture, leurs fonctions biologiques sont gravement détruites et leur restauration demanderait de gros investissements. Environ 9,3 millions d’ha (0,5%), sont irrémédiablement perdus, et ne présentent plus aucune fonction biologique.

Plus de 50% des sols dégradés par la déforestation sont situés en Asie et 17% en Amérique du sud. La déforestation est la première cause de dégradation en Amérique du Sud (41%), en Asie (40%) et aussi en Europe (38%), principalement dans les pays d’Europe centrale et orientale.

36% des sols dégradés par le surpâturage sont situés en Afrique. Le surpâturage est la première cause en Afrique (50%) et en Pacifique sud et Australie (80%).

37% des sols dégradés par des pratiques agricoles inappropriées sont situés en Asie. Elles sont la première cause en Amérique du Nord et Centrale (58%) et la deuxième en Afrique (25%).

Sur les 133 millions d’ha dégradés par surexploitation de la couverture végétale pour des besoins domestiques, 50% sont situés en Afrique.

Quant aux sols dégradés par les pollutions industrielles, la quasi-totalité se trouve en Europe.

Le système sol

Le sol est un milieu composite qui résulte de facteurs abiotiques (indépendants de l’action des êtres humains) à savoir l’altération de la roche mère (qui fournit les éléments minéraux du sol) et les apports atmosphériques (fixation de l’oxygène, cycle de l’azote, cycle de l’eau) et de facteurs biotiques (liés à l’action des êtres vivants) comme les apports de la couverture végétale et de la décomposition des êtres vivants. L’ examen d’un sol en coupe montre une superposition d’horizons qui sont formés de couches de couleur, composition chimique et taille des matériaux différents. Chaque superposition d’horizons forme un profil pédologique.

The world ressource institute a publié un article dans lequel est souligné l’importance d’une gestion écosystèmique des sols notamment dans la recherche de solutions pour lutter contre la désertification et certaines formes de dégradations des sols. Il s’agit là de saisir le système sol comme un élément s’inscrivant dans un tout. Tel est l’enjeu proposé par ces auteurs pour une meilleure gestion des risques liés à la dégradation des sols.

Types de dégradation

L’activité humaine est la principale cause de dégradation des sols.

L’agriculture participe largement à la dégradation des sols, notamment à travers le défrichement, le labour, l’irrigation, la diffusion d’engrais chimiques et de pesticides, le surpâturage ou encore le passage d’engins lourds.

Le défrichement et la déforestation de grandes parcelles pour augmenter la surface agricole modifient la composition de l’humus et la formation du sol du fait du remplacement de la végétation primitive diversifiée par une végétation secondaire (la monoculture étant le cas extrême).

Le labour détruit les couches supérieures du sol ainsi que la couche d’humus et peut même entraîner l’apparition d’une semelle de labour (couche inférieure du terrain compacté) due au passage régulier de la charrue à la même profondeur. Les engins agricoles participent également à la compaction des sols notamment quand leur poids dépasse les 5 tonnes.

L’irrigation et le drainage des sols peut être à la base de l’acidification et de la salinisation des sols tandis que l’utilisation d’engrais chimiques et de pesticides participe à amoindrir la capillarité des sols (ruissellement) ainsi que leur cohérence. L’irrigation dans le bassin d’Aral a entraîné la salinisation des sols et leur engorgement (imputable au non revêtement des canaux et à un mauvais drainage) ainsi que l’assèchement tristement célèbre de la mer d’Aral.

Le surpâturage, en mettant en cause les capacités de production et/ou de reproduction de la végétation, a pour conséquence de mettre les sols à nu, les rendant ainsi plus vulnérables à l’érosion hydrique (concerne 56% des cas de dégradations des sols) et à l’érosion éolienne (28% des cas).

En milieu urbain, le rejet de polluants tels que les métaux lourds peut affecter les sols, de même que les anciens sites industriels laissent parfois des friches aux sols fortement pollués.

Les conséquences de la dégradation des sols

Selon Lester Brown, un tiers de toutes les terres cultivées perdent aujourd’hui leurs couches arables plus vite qu’elles n’en gagnent, ce qui amoindrit leur productivité. Brown rappelle qu’un des facteurs qui peut expliquer l’effondrement de certaines civilisations, comme les Mayas, est l’érosion des sols ayant conduit à la réduction des quantités de produits agro-alimentaires.

La transformation des sols entraîne une modification de la qualité des eaux,notamment lorsque des particules de sols sont emportées dans les eaux augmentant ainsi leur turbidité et leur apport en phosphore et azote.

L’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques entraîne la destruction de la pédofaune (faune du sol) pourtant essentielle à l’aération des sols, la conséquence notoire de ce phénomène est le ruissellement entraînant inondations et coulées de boue.

L’érosion éolienne, aggravée par le surpâturage et le labour dans certains cas, entraîne des tempêtes de poussière comme en 1960 en URSS ou encore en Afrique où chaque année ce sont 2 à 3 milliards de tonnes de particules de sol qui quittent le continent, lui enlevant petit à petit sa fertilité. La salinisation des sols.

L’agriculture, en modifiant la composition et la structure des sols, rend plus complexe le stockage du CO2 dans les sols. En effet, la conversion de prairies, forêts ou tourbières en culture diminue fortement le stockage pédologique du carbone dans le sol.

En plus de la perte de biodiversité (végétation climax et habitats écologiques) accompagnant la dégradation et la régression des sols, on peut citer les impacts sur les changements climatiques, notamment par la modification de l’albédo au niveau local et l’émission de gaz à effet de serre tels que le méthane et le protoxyde d’azote (sols asphyxiés).

ISRIC World Soil Information

FAO – La séquestration du carbone dans le sol

Worldwatch Institute – Vital Signs 2007-2008

Earth Policy Institute

Sommet mondial pour l’alimentation

Base de données des sols pollués en France

Agence européenne de l’environnement

Agence européenne de l’environnement – Dégradation du sol et développement durable en Europe

– Brown, L. (2001) Eco-Economy: Building an Economy for the Earth. W.W. Norton & Co., New York

– Scherr, S. J. (1999) Soil Degradation. A Threat to Developing-Country Food Security by 2020? International Food Policy Research Institute, Washington, DC

– Cummings, D. (1999) What is soil degradation? Department of Sustainability and Environment, Victoria, Australia

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