Alimentation et malnutrition : l’injustice Nord / Sud perdure

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Aujourd’hui, 850 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde. La Terre produit pourtant suffisamment de nourriture pour tous. Parallèlement, plus de 400 millions de personnes souffrent d’obésité. Meilleure pour la santé et l’environnement, l’alimentation biologique attire rapidement de nouveaux consommateurs mais reste encore marginale.

Production alimentaire mondiale et sous-alimentation

Dans le monde, on produit près de 350 kilo de céréales par personne chaque année (1). Si elles étaient réparties équitablement entre tous les hommes, chacun aurait de quoi manger à sa faim. Selon Jean Ziegler (2), ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, l’agriculture pourrait nourrir aujourd’hui 12 milliards d’êtres humains, alors que nous ne sommes que 6 milliards. Pourtant, 854 millions de personnes dans le monde sont encore sous-alimentées (3). [Débat]

L’aide alimentaire

En 2007, le Programme alimentaire mondial (PAM) a distribué 3,3 millions de tonnes de produits alimentaires à plus de 86 millions de personnes dans 80 pays du monde entier. (4) Bien gérée, l’aide alimentaire soulage les populations. En revanche, dans certains cas, elle décourage la production locale destinée à l’alimentation en faisant baisser les prix ; parfois, elle contribue à rendre certains pays dépendants de l’importation de nourriture. A la fin des années 50, un tiers du blé distribué dans le cadre de l’aide alimentaire provenait des Etats-Unis.

Progression de l’obésité dans le monde

Tandis qu’une partie de la population mondiale souffre de sous-alimentation, une autre partie souffre de sur-alimentation. En 2005, dans le monde, 400 millions d’adultes étaient obèses. En 2015, cette proportion pourrait atteindre les 700 millions (5). L’obésité frappe largement les pays développés, émergents (Brésil, Inde, Chine) et ceux dont la population adopte un mode de vie similaire. Celui-ci allie un mode de vie relativement sédentaire à des habitudes alimentaires riches en sucre et en graisses et qui font la part belle à la viande. (6) L’OMS reproche à l’industrie agro-alimentaire d’encourager, dans les pays industrialisés, l’obésité en faisant la promotion, notamment auprès des enfants, de produits trop gras, trop sucrés ou trop salés. (7)

L’industrie agro-alimentaire

La logique économique mondiale entraîne les pays du Sud à privilégier des cultures de rente destinées à l’exportation, au détriment des cultures vivrières locales et des zones forestières. C’est le cas, par exemple, de la culture du soja au Brésil, destiné aux poulets et aux bœufs européens, qui détruit la forêt amazonienne et ne répond pas aux besoins de la population locale. Par ailleurs, les pays dont l’agriculture est largement subventionnée (notamment celle des pays de l’Union Européenne et des Etats-Unis) vendent leurs produits alimentaires dans les pays pauvres à des prix inférieurs à ceux des marchés locaux, menaçant ainsi l’agriculture locale. C’est le cas par exemple des tomates cultivées en Europe et vendues à bas prix en Afrique. A l’OMC, l’Organisation mondiale du Commerce, ces subventions sont fortement critiquées par les pays en développement, qui y voient des mesures protectionnistes créant des distorsions de concurrence. [Débat]

Les risques alimentaires

Afin de plaire aux consommateurs, l’industrie alimentaire mondiale recourt de manière croissante aux additifs alimentaires. Ces additifs (aromatisants, édulcorants, etc) sont des produits qui améliorent la couleur, la saveur, la texture et la durée de conservation des produits alimentaires. Trois cent additifs alimentaires sont actuellement autorisés sur le marché européen (8). Et en 2007, l’industrie alimentaire a dépensé dans le monde près de 25 milliards de dollars en additifs alimentaires (9). Si la plupart de ces additifs sont indiqués sur les étiquettes des produits alimentaires, ce n’est pas le cas des substances aromatiques, en raison du « secret commercial », prôné par les industries agro-alimentaires.

L’Union européenne reste vigilante sur les risques que présentent ces additifs sur la santé humaine. L’utilisation de l’additif E425 konjac dans les confiseries gélifiées, par exemple, a été interdite au sein de l’Union en 2003, en raison d’un risque de suffocation, principalement chez les enfants et les personnes âgées (10).

Enfin, les OGM utilisés dans l’alimentation pourraient représenter un autre risque sur la santé humaine

Les produits alimentaires biologiques

Depuis, notamment, la maladie de la vache folle, les consommateurs s’inquiètent davantage de la qualité des aliments qu’ils consomment. Différents labels peuvent leur garantir des produits sains. Au-delà des « labels de qualité » (comme le label rouge par exemple en France), il existe des labels spécifiques pour l’agriculture biologique. En France, par exemple, le label « AB » pour « agriculture biologique » garantit que l’aliment sur lequel il est apposé est composé d’au moins 95% d’ingrédients issus de l’agriculture biologique (11).

Les aliments biologiques sont en général considérés comme meilleurs pour la santé que les aliments cultivés de manière industrielle. En particulier parce que ces derniers contiennent des résidus d’engrais ou de pesticides nuisibles à la santé. En 2004, une étude de la Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes a montré que 43,8% des fruits et légumes analysés contenaient des résidus de pesticides, certains au-delà des limites légales. (12)

Par ailleurs, l’agriculture biologique consomme moins d’énergies fossiles et ne dégrade pas les sols. Enfin, la réglementation européenne en matière d’agriculture biologique interdit les OGM.

Marché du bio : une demande croissante

Dans le monde, la demande de produits biologiques est en forte croissance. En 2006, l’agriculture biologique était pratiquée dans 120 pays et représentait un marché de 40 milliards de dollars, soit 2% des ventes mondiales de produits alimentaires. (13) En 2012, ce marché devrait atteindre 70 milliards de dollars (14). En France, il augmente de 10% par an (15). En raison de la demande croissante de produits alimentaires biologiques, certains pays n’arrivent plus à faire face et sont obligés de recourir massivement à l’importation. Ainsi, au Royaume-Uni, 75% de la nourriture bio consommée est importée (16). Le transport des aliments biologiques sur une longue distance, gourmand en énergie et donc source d’émissions de CO2 (en particulier dans le cas du transport aérien), annule une partie des bénéfices pour l’environnement.

Les écologistes s’intéressent de plus en plus aux « kilomètres alimentaires », c’est-à-dire à la distance en kilomètres parcourue par le produit et ses composants, depuis sa fabrication jusqu’à son arrivée dans l’assiette du consommateur. Un exemple très connu est l’étude réalisée en 1993 montrant que les différents ingrédients entrant dans la composition d’un simple pot de yaourt aux fraises vendu dans un hypermarché de Stuttgart avaient parcouru au total 9115 km ! (Stefanie Böge – Wuppertal Institut, 1993) Ces distances énormes sont liées au fonctionnement de la grande distribution. Evidemment, les produits frais importés de l’autre coté de la planète sont également lourds en kilomètres alimentaires. Pour diminuer les kilomètres alimentaires, la solution est de consommer local et de préférer les produits de saison.

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