Elevage : l’abus de viande nuit à la planète

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Elevage
L’élevage connait un essor sans précédent dans le monde. La consommation mondiale en viande a doublé en 20 ans et continue de croître. Afin de satisfaire la demande, l’élevage intensif et l’élevage extensif se sont largement démocratisés. Cette tendance a des conséquences écologiques néfastes : l’élevage est aujourd’hui responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre et représente une cause de déforestation et de pollution. Par ailleurs, l’élevage industriel, qu’il se destine à l’alimentation ou à l’exploitation de fourrure, pose toujours le problème de la souffrance des animaux.

Entre 1990 et 2010, la consommation mondiale de viande est passée de 143 à 286 millions de tonnes. Elle a donc pratiquement doublé en 20 ans (1). Elle pourrait doubler encore d’ici à 2050. (2) La consommation croît plus particulièrement dans les pays en développement parce que leur population augmente et parce que leur régime alimentaire évolue – des populations parfois sous ou mal nourries accèdent à une alimentation plus riche. Elle atteint aujourd’hui environ 30 kg de viande par an et par habitant, contre 80 kilo dans les pays industrialisés.

Dégradations environnementales

L’élevage requiert des surfaces importantes : c’est l’activité humaine qui utilise le plus de terres. Selon la FAO, les pâturages occupent 26 pour cent de la surface émergée de la terre, tandis que la production fourragère requiert environ un tiers des terres arables. En particulier dans les zones arides, le surpâturage favorise l’érosion des sols.

L’élevage extensif est la principale cause de déforestation en Amérique. La FAO estime qu’entre 2005 et 2010 le couvert forestier diminuera de 1,2 million d’hectares en Amérique centrale et de 18 millions d’hectares en Amérique du Sud. D’ici 2010, respectivement 62 et 69% des terres défrichées d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale seront converties en pâturages.

La culture du soja est l’autre grande cause de déforestation en Amérique latine. Or, elle est principalement destinée à l’exportation pour nourrir les élevages intensifs occidentaux.

Toujours selon la FAO, l’élevage est une source importante de pollution de l’eau, libérant dans les cours d’eau des déchets animaux, des antibiotiques, des hormones. Les tanneries déversent des produits chimiques. Le secteur engendre aussi près des deux tiers de l’ammoniac d’origine anthropique, qui contribue aux pluies acides. Il est responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre, soit plus que le secteur des transports.

Disparition des petits éleveurs ruraux

Le secteur de l’élevage nourrit et fait vivre un milliard de personnes dans le monde, en particulier dans les zones arides, où les animaux d’élevage sont souvent l’une des seules sources de moyens d’existence. Il représente pour de très nombreux autres des revenus complémentaires indispensables.

Mais avec le développement de l’élevage intensif dans les pays du Sud, la production de viande s’est déplacée de la campagne vers les zones urbaines et péri-urbaines. Aujourd’hui, dans le monde, 80% de la croissance du secteur de l’élevage est le fait des systèmes industriels.

Quant au pastoralisme, il est également en voie de disparition malgré le fait qu’il joue un rôle important dans certains équilibres biologiques. Il structure les paysages, aide à débroussailler les terrains et protège ainsi des incendies. En Occident, il bénéficie, quoique modestement, du tourisme vert.

Elevage intensif et souffrance animale

L’élevage intensif créé de la souffrance animale. Entassés dans des bâtiments fermés, mutilés parfois, ils connaissent des conditions de vie effroyables. Sevrés trop rapidement, les porcelets mangent la queue de leurs congénères. Afin d’éviter cela, on la leur coupe. Les poulets élevés pour leur chair, entassés dans des bâtiments surpeuplés, ne voient jamais la lumière du jour, grandissent trop rapidement, souffrent des pattes et font des arrêts cardiaques, pour ne citer que ces exemples.

Elevage intensif et risques sanitaires

Des quantités importantes d’antibiotiques et d’antimicrobiens sont associés à l’alimentation des animaux vivant dans des bâtiments surpeuplés, pour les soigner, mais aussi de façon préventive, et comme facteur de croissance. Cela favorise l’apparition de microorganismes résistants aux traitements qui peuvent se propager ensuite à l’Homme et représenter un danger sanitaire.

Menace sur la biodiversité

La pratique de l’élevage intensif conduit à sélectionner les races d’animaux les plus productifs. Ainsi, au cours des six dernières années, 62 races d’animaux d’élevage ont disparu, soit pratiquement une par mois.

Pour répondre à la demande croissante de leur population en produits animaux, les pays en développement sont tentés de copier les pays développés en remplaçant leurs races locales par des espèces plus productives, menaçant ainsi un peu plus la diversité des races domestiques dans le monde.

Les élevages biologiques

Si l’on prend en considération les coûts engendrés par la lutte contre la pollution et les maladies développées par les animaux élevés de manière industrielle, alors un élevage biologique, qui respecte le bien-être animal, ne coûte pas forcément plus cher qu’un élevage industriel. Les animaux, en meilleure santé, ne nécessitent moins de dépenses en médicaments et ont un taux de mortalité plus faible.

La viande d’animaux élevés dans ces conditions est réputée avoir meilleur goût. En France, le label agriculture Biologique (AB) garantit aux consommateurs des produits animaux élevés dans des conditions décentes.

Les animaux d’élevage non alimentaires

Les conditions de vie des animaux d’élevage non alimentaires ne sont guère meilleures que celles des animaux élevés pour leur viande. En France, par exemple, environ 90% des fourrures proviennent de l’élevage. Les 40 élevages de vison produisent chaque année environ 500 000 peaux. Les visons et les renards sont élevés dans des petites cages grillagées, alors qu’à l’état sauvage, leur territoire s’étend sur plusieurs kilomètres.

Symptômes de leur souffrance, les animaux élevés pour leur fourrure adoptent des comportements anormaux d’auto-mutilation et d’agressivité envers leurs congénères ou leur progéniture. Aux Pays-Bas, l’élevage des renards et des chinchillas pour leur fourrure a été interdit à la suite des campagnes menées par les associations de défense des animaux. Il en est de même en Suisse pour les visons.

En Chine et en Asie, des animaux sont élevés pour la médecine chinoise. Ainsi, des milliers d’ours à collier, élevés dans des fermes insalubres, sont maintenus en captivité afin d’extraire leur bile. Un cathéter enfoncé dans leur vésicule biliaire, ces ours passent leur vie dans la souffrance. En décembre 2006, le Parlement européen a demandé à Pékin d’interdire ce type d’élevage, mais la Chine a refusé. (12)

Les conséquences de l’élevage sur le climat

La production de viande exige des quantités importantes de ressources. Ainsi, pour produire un kilo de viande de bœuf, il faut environ sept kilos de céréales – deux kilos seulement pour du poulet. Et comme il faut entre 1000 et 2000 litres d’eau pour produire un kilo de blé, cela signifie qu’il faut plus de 10 000 litres d’eau pour un kilo de bœuf.

En termes d’émissions de gaz à effet de serre, un kilo de bœuf issu de l’élevage intensif équivaudrait à une trentaine de kilos d’équivalent CO2 ; presque dix fois moins pour un kilo de volaille (les chiffres varient selon les calculs). C’est pourquoi Rajendra Pachauri, président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et récent prix Nobel, invite à manger moins de viande et en particulier moins de bœuf.

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