Espaces protégés

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Galapagos
Depuis la création du premier parc naturel en 1872 (Yellowstone, Etats-Unis), on dénombre plus de 102 000 aires protégées. Ces aires, qui recouvrent 4% de la planète, sont inégalement réparties et fonctionnent sur des modes divers. Pour bien fonctionner, elles doivent prendre en compte les besoins des populations locales.

Etat des lieux

En quarante ans, le nombre d’espaces protégés recensés par les Nations unies a été multiplié par dix. Le centre mondial de surveillance de la conservation du PNUE (Programme des Nations-Unies pour l’environnement) a répertorié plus de 102 000 sites terrestres et marins couvrant près de 19 millions de km2, soit 4% de la planète et plus que la surface de la Chine et de l’Inde confondues. En revanche, moins de 1 % de la surface des mers et des océans est protégée. (1)

Le parc du Groenland est à ce jour le plus grand du monde (970 000 Km2), suivi de l’aire Ar-Rub’al Khali en Arabie saoudite (640 000 km2) puis du parc marin de la grande barrière de corail en Australie (345 000 km2).

L’Europe est le continent qui abrite le plus d’aires protégées (43 000) ; l’Asie en compte 18 000 ; l’Amérique du nord 13 000 ; l’Australie 9000 ; l’Afrique 6990. Mais, proportionnellement, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud sont les parties du monde les plus protégées. (1)

Une longue histoire

Le premier exemple connu de protection date de 252 av. J.-C., quand l’empereur Asoka, en Inde, a établi des aires protégées pour mammifères, oiseaux, poissons et forêts. Le parc national le plus ancien est celui du Yellowstone, au nord-ouest des Etats-Unis, créé en 1872, sur une superficie de 8 983 Km². Il fait maintenant partie du réseau des réserves de biosphère.

Si les premiers parcs ont été créés dans une logique de préservation (maintenir un état antérieur), d’autres ont été créés comme des réserves de chasse. Aujourd’hui, on privilégie la logique de conservation, qui correspond au développement durable : assurer la pérennité de la ressource pour les générations futures. (3)

On prend également conscience de la valeur des écosystèmes. (4) Cette valeur est culturelle, sociale, scientifique mais aussi économique. Le World Ressource Institute estime ainsi, entre autres exemples, que plus d’un milliard de personnes dépendent des forêts protégées pour leur subsistance. Au Cambodge, 20 à 58% des ressources quotidiennes des habitants proviennent des mangroves protégées, notamment pour les populations les plus pauvres.

Avec ou contre les hommes

Les protecteurs de la nature ont souvent, dans le passé, considéré les hommes (souvent des populations autochtones) qui habitaient les régions à protéger comme des obstacles. (5) L’exemple type est le parc Kruger, le plus grand d’Afrique. Son fondateur, Stevenson-Hamilton, fit expulser des zones protégées toutes les tribus qui y vivaient. D’autres furent expulsées au moment de l’extension du parc.

Aujourd’hui, les écologistes incluent l’homme dans leurs projets, à la fois par réalisme car les terres désertées sont plus facilement la proie des braconniers, mais aussi parce qu’ils ont compris que beaucoup de paysages « sauvages » ou « vierges » avaient en fait été forgés par les interactions entre les hommes et la nature, depuis des millénaires. En associant les populations à la protection de leur environnement, on aussi est beaucoup plus efficace. L’Unesco est l’un des précurseurs de démarches « participatives », avec le programme Man and Biosphere créé dès 1970. (6)

Reste à redresser les torts du passé. Les Makuleke, expulsés du nord du Kruger pendant l’Apartheid, ont obtenu de récupérer une partie de leurs terres et d’être associés à l’exploitation économique du parc, notamment via la gestion des hébergements touristiques. (7) Au Kenya, l’ex-parc national d’Amboseli a été rétrocédé aux Masaïs.

Hot spots

Faute de pouvoir protéger la planète toute entière, y a-t-il des endroits dont l’importance est primordiale pour la biodiversité ? En 1988, Norman Myers, avec d’autres scientifiques, a développé le concept de « hot spots » – littéralement : hauts lieux– de la biodiversité. Il en a identifié 34 sur toute la planète. Ensemble ils ne représentent que 2,3 % de la surface du globe, mais hébergent plus de 50 % de toutes les plantes et 42 % de tous les vertébrés, par exemple. (8)

Que protéger ?

Les spécialistes débattent aujourd’hui de la manière de protéger la biodiversité. Globalement, ils s’accordent sur le fait de privilégier la protection d’écosystèmes entiers plutôt que telle ou telle espèce, qui, privée de son milieu, n’a de toute façon que peu de chances de survivre. Toutefois, certaines espèces qui jouent un rôle majeur dans l’écosystème (on parle d’espèces-clés ou keystone species) ou qui sont médiatiques (permettant ainsi de mobiliser des moyens importants pour protéger tout un écosystème) peuvent être favorisées.

Une protection fragile

La création d’une zone protégée n’assure pas automatiquement la survie des espèces qui l’habitent. Braconnage, biopiraterie, constructions clandestines, exploitation forestière illégale, etc., peuvent toujours les menacer. C’est particulièrement vrai dans les zones où l’Etat n’a pas les moyens d’assurer un contrôle effectif. C’est évidemment le cas des zones de conflit, comme le parc des Virunga, en République démocratique du Congo, à la frontière du Rwanda et de l’Ouganda. (9) C’est aussi le cas de grandes zones de pays plus développés, comme la Guyane française : ses réserves naturelles et son parc national sont très peu contrôlés, et deux gardes ont été assassinés en 2006. (10)

Par ailleurs, un financement suffisant et régulier est indispensable au fonctionnement des zones protégées. La plupart mettent donc en place des programmes d’écotourisme pour se financer ().

Diversité des modes de protection

Il existe une grande diversité de statuts de protection. On peut, très schématiquement, distinguer les zones protégées par une réglementation précise limitant ou interdisant certaines activités humaines (sites classés, parc nationaux), les espaces protégés au moyen de la maîtrise foncière (acquisition du terrain, comme le fait le Conservatoire du Littoral en France par exemple), et les espaces soumis à une certaine obligation de résultat mais sans contrainte (les parc naturels régionaux français ou les sites Natura 2000 en Europe). (11)

Deux cas peuvent être signalés : les sites du Patrimoine mondial culturel et naturel de l’Unesco, dont 174 présentent un intérêt naturel. Le premier d’entre eux fut les îles Galapagos, en 1978. Souvent, ce sont des sites remarquables qui ont été parcourus, exploités et protégés par des populations autochtones, comme la région de Laponie, en Suède, où les Saamis élèvent des rennes, ou le parc d’Uluru-Kata Tjuta, parcouru par les aborigènes. Aujourd’hui, 17 sites sont considérés en danger.

Quant à Natura 2000, c’est un réseau européen institué en 1992 par un texte connu sous le nom de Directive Habitats. (13) Le projet a pris du retard, et la Commission européenne a même dû faire des remontrances à la France ou à la Pologne.

La superficie protégée dans le monde PNUE

Croissance des aires protégées 1872-2003

Aires protégées selon classification de l’IUCN

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