500 millions de pauvres en moins en 20 ans

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Bidonville du Cap
La pauvreté recule considérablement en Chine et en Inde, mais ailleurs, ce n’est pas le cas. En Afrique, il y a de plus en plus de pauvres, et dans de nombreux pays, les inégalités se creusent. Malgré des engagements forts autour des Objectifs du millénaire des Nations Unies, les stratégies d’aide au développement, destinées à lutter contre la pauvreté, donnent des résultats limités.

Difficile de définir la pauvreté. Elle peut correspondre à un manque de moyens financiers, mais ne peut s’y résumer : entrent également en ligne de compte l’accès aux soins, à l’éducation ou à un abri, par exemple. Par ailleurs, ce que l’on entend par pauvreté varie considérablement selon les pays et les époques.

Le terme peut être défini de façon relative : par exemple en pourcentage du revenu médian d’une population – elle reflète alors les inégalités sociales. Il peut être défini de façon absolue, mais il s’agit alors d’établir une liste de besoins minimaux ou leur équivalent monétaire.

La première approche est d’avantage utilisée dans les études sur les pays riches, la seconde dans les pays pauvres.

Les différentes définitions de la pauvreté sont utilisées par les spécialistes comme autant d’outils pour appréhender le problème et proposer des solutions. Elles sont souvent associées à des modèles de développement et sont donc connotées.

Seuils

S’il est difficile de définir la pauvreté, il est logiquement encore plus difficile d’estimer le nombre de pauvres que compte notre planète.

La méthode la plus classique consiste à évaluer le nombre de personnes dont les revenus sont en-dessous d’un certain seuil. Celui-ci comporte une part d’arbitraire, il peut même évoluer au cours du temps. Ainsi, le seuil de pauvreté international défini par la Banque mondiale est passé de 1$/jour en 1985 à 1,25$/jour en 2005. Il varie selon les pays : le seuil de 1,25$ correspond en fait aux pays les plus pauvres ; dans les pays dits « intermédiaires », ce seuil serait plutôt à 2$/jour.

D’autres seuils existent : l’extrême pauvreté correspond aux personnes disposant de moins de 0,70 $ de revenu par jour.

Les indicateurs monétaires ne reflètent qu’une dimension du problème. Ils ne permettent pas bien d’évaluer la situation de populations vivant dans des zones rurales à l’économie peu monétarisées ; celles qui fonctionnent sur le principe d’autoconsommation, par exemple. Aussi, d’autres organismes internationaux ont mis en place des indicateurs différents. Le programme de Nations Unies pour le développement (PNUD) a ainsi développé deux Indicateurs de pauvreté humaine (IPH) qui prennent en compte la longévité, l’instruction et l’exclusion.

Evolution

La Banque mondiale a publié en 2008 de nouveaux chiffres sur la pauvreté mondiale : 1,4 milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour en 2005, contre 1,9 milliard en 1981, soit 500 millions de moins. Le nombre de pauvres a également diminué proportionnellement, passant de 52 % de la population du monde en développement en 1981 à 26 % en 2005.

L’essentiel de l’amélioration concerne la Chine et l’Inde : le taux de pauvreté a baissé spectaculairement en Asie de l’Est, passant de près de 80 % en 1981 à 18 % seulement en 2005.

Mais si on exclue la Chine et l’Inde, la croissance démographique fait que le nombre de pauvres est resté à peu près constant en 25 ans, à 1,2 milliards de personnes. Et en Afrique subsaharienne, la situation s‘aggrave : le pourcentage de la population en-dessous du seuil reste constant à environ 50 %, mais du fait de l’augmentation de la population du continent, le nombre de pauvres a quasiment doublé, passant de 200 millions en 1981 à 380 millions en 2005.

Querelle de chiffres

Les chiffres de la banque mondiale ont été fortement contestés. Tout d’abord, parce qu’ils contenaient des erreurs, que les auteurs ont reconnues et corrigées, qui sous-estimaient la pauvreté d’environ 400 millions de personnes.

Ensuite, parce que la méthodologie employée est sujette à caution. Pour comparer des niveaux de vie dans des pays très différents, les experts de la banque mondiale ramènent les prix en dollars, compensés par ce qui est appelé la « parité de pouvoir d’achat » une méthode pour prendre en compte les différences de niveaux de vie entre pays. Mais ces calculs sont complexes, reposent sur des données et des hypothèses fragiles. Certains accusent les experts de la Banque mondiale d’avoir favorisé certaines hypothèses optimistes afin de justifier la politique d’aide au développement de leur institution.

Pauvreté et inégalités sociales

Par ailleurs, si les chiffres de la Banque mondiale attestent d’une embellie économique et sociale en Chine et en Inde, des poches de pauvreté persistent dans les bidonvilles et dans les campagnes de ces pays – ce sont les laissés-pour-compte du développement.

De fait, si le niveau de vie augmente en moyenne, les écarts de revenus se creusent aussi, et tout particulièrement dans ces pays. Les disparités économiques et sociales entre les pauvres et les riches ont atteint des proportions inégalées dans l’historie et continuent à s’accroître (8). Aujourd’hui 20 % de la population mondiale détient 80% des richesses.

Pauvreté et environnement

Eau insalubre, pollution de l’air ou des sols, changements climatiques : les pauvres sont les premières victimes d’une dégradation de l’environnement. Le nombre d’années de vie en bonne santé perdues à cause de l’environnement est quinze fois plus élevé dans les pays du Sud qu’au Nord, par habitant (9).

De plus, pauvreté et dégradation de l’environnement sont reliées l’une à l’autre par un cercle vicieux. Les problèmes environnementaux aggravent leur pauvreté (la dégradation des sols frappe très durement les petits paysans, par exemple), l’absence d’alternative pousse les pauvres à prélever de quoi survivre dans la nature (par le braconnage ou la déforestation illégale, par exemple). Par ailleurs, les tensions croissantes sur les ressources environnementales génèrent des conflits dont les pauvres sont les premières victimes (voir fiche conflits)

Lutte contre la pauvreté

La lutte contre la pauvreté dans les pays du Sud est, en général, associée à l’aide au développement. Celle-ci peut prendre de nombreuses formes : coopération économique, allègement ou effacement de la dette, aide publique au développement (dons et prêts préférentiels), solidarité internationale, etc. Toutefois, cette aide reste très insuffisante en rapport des besoins évalués et faible en rapport des moyens de l’Occident. Selon l’OCDE, l’aide mondiale au développement a atteint 106,5 milliards de dollars en 2005, ce qui ne représente que 0,25% du PIB des pays donateurs ; à titre de comparaison, le plan Paulson de sauvetage des banques américaines en 2008 se chiffre à 700 milliards.

Economiquement, d’autres idées ou initiatives ont été proposées. La taxe Tobin, par exemple, vise à instituer un prélèvement fiscal de moins de1% sur les mouvements de capitaux dans le monde en faveur de l’aide aux pays pauvres. Elle n’a jamais été mise en œuvre.

Le micro-crédit permet de financer de petits projets et ainsi de développer l’économie locale. Le système a été développé à très grande échelle par Muhammad Yunus, un entrepreneur bangladeshi, fondateur de la Grameen Bank et Prix Nobel de la paix en 2006.

L’efficacité de toutes ces méthodes reste discutée. De fait, les pays dont la situation a progressé de la façon la plus marquante – la Chine et l’Inde – ne sont pas ceux qui ont bénéficié du plus d’aide au développement.

Les objectifs du millénaire pour le développement

En 2000, les Etats membres des Nations unies se sont engagés sur un programme ambitieux à atteindre d’ici 2015, appelé Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) – Millenium Goals projects en anglais. Le premier et le plus important de ces objectifs vise à réduire de moitié le nombre de personnes vivant en situation d’extrême pauvreté. Les autres objectifs portent sur l’éducation primaire pour tous, l’égalité des sexes, la réduction de la mortalité infantile, l’amélioration de la santé maternelle, la réduction du SIDA et d’autres maladies, la préservation de l’environnement et la mise en place d’un partenariat mondial sur le développement.

Concrètement, les pays en développement établissent leurs propres stratégies nationales d’éradication de la pauvreté, en fonction de leurs besoins et de leurs priorités et de leurs spécificités. Ils reçoivent, théoriquement, en échange le soutien de la communauté internationale.

A mi-parcours, ces objectifs sont loin d’être atteints. Pourtant il s’agissait, selon certains experts, d’objectifs faciles à atteindre en 25 ans. Au travers des difficultés pour atteindre les OMD, ce sont toutes les stratégies d’aide au développement qui sont aujourd’hui débattues.

« Global Poverty Reassessed : a Reply to Reddy » par Martin Ravaillon, Directeur de la Recherche et du Développement Banque Mondiale. Article publié dans International Poverty Centre, numéro 66 de septembre 2008

« Un dollar par jour. Que savons-nous de la pauvreté dans le Monde ? » 21 avril 2008, Centre d’Actualités de l’ONU, bulletin du 27 août 2008

Les pays en développement sont plus pauvres qu’on le croyait, mais le combat qu’ils mènent contre la pauvreté porte ses fruits, Rapport publié, le 26 août, par la Banque mondiale, et intitulé

La Banque mondiale découvre d’un coup 400 millions de pauvres en plus, par Damien Millet et Eric Toussaint du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde

Lester Brown. Le Plan B Pour un pacte économique mondial. Editions Calmann Levy 2006 – p134

Idem

L’Atlas de l’Environnement du Monde Diplomatique, page 60 chapitre intitulé « Du Nord au Sud, malades de l’environnement »

The MDG project in crisis – Midpoint Review and Prospects for the Future, Jens Martins et Tobias Debiel. Global Policy Forum – 2008

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