Vers une pénurie en eau

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irrigation
L’agriculture est l’activité humaine la plus consommatrice d’eau : elle utilise environ 70% des prélèvements d’eau effectués mondialement. L’irrigation a permis d’augmenter considérablement les productions agricoles, mais si elle est utilisée avec excès, elle peut mener à des désastres écologiques comme l’illustre le cas de la mer d’Aral. La désertification et l’assèchement des aquifères sont des conséquences majeures d’une mauvaise gérance de la ressource.

L’irrigation consiste à apporter artificiellement l’eau à des végétaux cultivés pour en augmenter la production. L’irrigation permet de pallier le manque d’eau de pluie et nécessite de prélever de l’eau des rivières, des lacs et nappes phréatiques. Toutes les terres cultivées ne sont pas irriguées, seules 17% l’étaient en 2003, mais elles fournissaient 40% des récoltes mondiales. (1)

Etat de la ressource en eau

L’eau est une ressource renouvelable : la quantité présente sur la planète est quasiment invariable : l’eau utilisée à un moment s’écoule dans les océans, s’évapore, et retombe sur les continents. Toutefois, certains stocks d’eau, en particulier les aquifères (couches rocheuses contenant de l’eau) se renouvellent à l’échelle de milliers d’années. A notre échelle, elle peut donc être consommée plus vite qu’elle se régénère et venir à manquer.

Par ailleurs, seuls 2,5% de la réserve totale en eau est composé d’eau douce. L’eau douce des cours d’eau et des nappes phréatiques souterraines constitue 1 % du volume d’eau douce et 0.01 % de toute l’eau sur Terre. Les eaux directement utilisables pour l’irrigation sont donc limitées. (2)

Selon l’Organisation Météorologique Mondiale, « une grave pénurie d’eau risque de se produire d’ici 50 ans ». Dans certaines régions, la quantité d’eau pompée est supérieure à la capacité de réalimentation de la nappe. C’est le cas du Tamil Nadu, en Inde, où l’excès de pompage a provoqué en une décennie l’abaissement de 25 à 30 mètres du niveau de la nappe phréatique alimentant les puits. (3)

Les prélèvements annuels d’eau dans le monde s’élèvent à environ 3 600 km3. 70% de ce volume est utilisé pour l’agriculture. (4) Les prélèvements en eau pour l’irrigation varient fortement selon les pays, les climats, les disponibilités en eau et les cultures pratiquées (le riz a besoin de plus d’eau que le blé pour pousser), ainsi l’Europe consacre 33% de son eau à l’agriculture tandis que l’Afrique subsaharienne lui attribue 88 %. (5)

L’eau, enjeu stratégique

La ressource en eau est répartie de manière très inégale sur la planète. Dans de nombreuses régions, exploitée au maximum de ses capacités. Même si l’agriculture reste aujourd’hui le secteur d’activité qui consomme le plus d’eau, l’usage industriel et domestique de l’eau représentent une part également importante. Cette consommation de la ressource peut engendrer des conflits d’intérêts entre usagers mais aussi entre pays (la Californie profite de 30% du débit du Colorado essentiellement à des fins urbaines alors que le Mexique n’en reçoit que 9%). [Voir fiche Conflits]

Ces tensions risquent de s’aggraver puisque, selon la FAO, les besoins alimentaires de la population mondiale seront, d’ici 2030, supérieurs de 50% à ceux d’aujourd’hui. [Débat]

Produire plus avec moins d’eau

La croissance annoncée des besoins demande de produire plus avec moins d’eau, l’agriculture irriguée même à faible niveau d’intrants (engrais, pesticides) demeure plus productive que l’agriculture pluviale à fort taux d’intrants. (6)

Le mauvais état des équipements de pompage et d’irrigation entraîne des pertes très importantes: fuites dans les canaux, déversements, infiltrations, évaporation. Dans les pays en développement, la quantité moyenne d’eau utilisée par les plantes représente 38% seulement du volume puisé. Si une partie de cette eau rejoint les cours d’eau et les aquifères, ce qui permet de la réutiliser, les pertes par évaporation dues aux techniques employées peuvent représenter 65%.(7)

Pour réduire les pertes d’eau lors de l’irrigation, différentes techniques ont été développées. Du côté des techniques d’apport en eau aux plantes, le goutte-à-goutte permet de minimiser les pertes en eau causées par l’évapotranspiration tout en attribuant à chaque plante l’eau dont elle a besoin. Il est aussi possible d’agir sur le niveau des sols pour optimiser l’irrigation, d’arroser à des moments plus appropriés ou encore de sélectionner des variétés plus adaptées à un milieu sec. (8)

Dans les zones sèches, la récupération des eaux de pluie permet à la fois de réduire les risques liés à l’irrégularité des précipitations et d’augmenter les rendements. Ceux-ci sont deux à trois fois supérieurs à ceux des cultures sèches. Elle contribue de plus à une meilleure alimentation des nappes souterraines en régulant l’apport d’eau sur une période plus longue qu’une averse. Autre exemple, Israël récupère 75% de ses eaux d’égouts, les épure dans des usines et s’en sert pour l’irrigation des cultures (9).

Une autre solution est de favoriser les cultures vivrières, des espèces ou des variétés moins gourmandes en eau, d’utiliser des pratiques culturales qui préservent les sols (par exemple couverture végétale limitant l’évaporation de l’eau). (10) Autre proposition, celle du Conseil mondial de l’eau, dont l’objectif est d’accroître de 40% la production en augmentant de 9% seulement la consommation d’eau. (11) Elle implique un mode de culture très productif et hautement technologique, l’utilisation de plantes sélectionnées pour leur rendement, le recours aux engrais et produits de protection végétale.

Impacts sur l’environnement

Au niveau local, la consommation immodérée d’eau d’irrigation peut parfois conduire à une réduction considérable des volumes disponibles et entraîner la désertification de certaines régions. Aujourd’hui le lac Tchad est 20 fois plus petit qu’il n’était il y a 30 ans à cause d’une diminution des précipitations et de l’accroissement de la pression sur les ressources en eaux de la région. De même les prélèvements effectués sur les deux fleuves qui alimentaient la mer d’Aral ont abaissé de 15 mètres le niveau de la mer et diminué sa surface de 40 %. [Voir encadré]

De grandes fleuves peuvent pendant un laps de temps ne plus rejoindre la mer, parmi lesquelles le HuangHe (Chine), le Colorado (Etats-Unis) et le Shebelle (Somalie). Le fleuve Jaune en Chine (HuangHe) n’a pas pu atteindre la mer pendant sept mois en 1997.

Une mauvaise gestion de l’irrigation peut également avoir des conséquences dramatiques sur les sols : si l’eau n’est pas drainée, elle stagne dans les champs, s’évapore et laisse en dépôt les sels dissous qu’elle contient. Ces sels stérilisent les terres. Mal contrôlée, l’irrigation entraîne également l’engorgement des sols qui rend ces derniers plus compacts et privent les racines d’oxygène.

Enfin, l’agriculture irriguée non maîtrisée a tendance à amplifier l’érosion des sols, provoquant une sédimentation accrue, avec des inondations dans les zones situées à mi-parcours, des débits fortement réduits en aval, l’envasement des réservoirs d’eau. La FAO estime que 1% des grands réservoirs est ainsi perdu chaque année. [Débat]

Le dessalement

La surexploitation des ressources en eau douce oblige à réfléchir à de nouvelles sources d’approvisionnement en eau. Certains proposent de recourir au dessalement. Au Koweit, 43% de l’eau utilisée pour les cultures provient d’eaux désalinisées. Cette méthode coûteuse reste pour l’instant réservée aux pays riches. Par ailleurs, le dessalement requiert beaucoup d’énergie et n’est donc pas très écologique.

Avant 1960, 55.000 millions de mètres cubes d’eau se déversaient annuellement dans la mer d’Aral. Les prélèvements pour l’irrigation du coton et la construction de réservoirs de stockage de crue ont provoqué une chute du débit entrant annuel qui, entre 1981 et 1990, est passé à 1.300 millions de mètres cubes.

Des 24 espèces de poissons qui peuplaient la mer, 20 ont disparu et les prises de poisson qui atteignaient 44.000 tonnes par an dans les années cinquante et garantissaient 60.000 emplois se sont réduites à néant. Des mélanges toxiques de poussière et de sel émanant du sous-sol marin desséché se sont déposés sur les terres agricoles environnantes. Les faibles débits des rivières contiennent des sels concentrés et des produits chimiques toxiques qui rendent les eaux dangereuses pour la consommation et sont partiellement responsables des taux élevés de maladies diverses (maladies rénales, malformations…) dans la région. Récemment un barrage a permis au niveau de la mer de remonter et la situation de s’améliorer un petit peu.

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