Vers une finance humaine et durable grâce à l’investissement socialement responsable

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Investissements responsables
L’investissement socialement responsable est une déclinaison financière du concept de développement durable par lequel l’investisseur fait intervenir dans sa décision des critères extra-financiers : à caractère éthique, de gouvernance, social et environnemental.

L’ISR est l’intégration de critères extra-financiers à la gestion sous toutes ses formes. Il connaît une nette progression depuis les années 2000, même s’il reste encore marginal au vu de la globalité des encours financiers. L’Europe constitue la région du monde la plus dynamique en matière d’innovation et de création de fonds ISR. Par rapport aux données de 2003, le marché européen de l’ISR en 2006 a augmenté en moyenne de 36% (étude Eurosif). Les pratiques les plus exigeantes ne représentent cependant que 100 milliards d’euros d’encours, soit 1% des actifs globaux européens. Le premier fonds socialement responsable a été créé aux États-Unis en 1971; fin 2005, les investissements s’élevaient à 2.290 milliards de dollars, soit 12% des actifs nationaux, selon une définition très large de l’ISR. Certaines économies émergentes comme la Corée du Sud, la Malaisie ou l’Afrique du Sud commencent à investir dans des fonds éthiques. En Europe, au 1er janvier 2006, le marché de l’ISR est dominé à 96% par les investisseurs institutionnels. La part des investisseurs privés est en augmentation. Une étude européenne (IFOP, juin 2007) sur «les actionnaires individuels et l’ISR» révèle que la terminologie «investissement socialement responsable» n’est connue que par 33% des investisseurs.

Plusieurs approches pour un même fonds… éthique

L’investissement socialement responsable recouvre l’ensemble des approches qui intègrent, dans les décisions de placement et la gestion d’un portefeuille de titres, des critères sociaux, environnementaux ou plus largement de responsabilité vis-à-vis de la société, en complément des critères financiers. Qualifiés de fonds éthiques, ces produits financiers relèvent d’approches diverses :

– Les fonds développement durable s’appuient sur les performances économiques, sociales et environnementales de l’entreprise. Ils identifient les meilleurs acteurs (sélection positive), établissant référentiels et méthodologies spécifiques pour comparer les entreprises, privilégient certains critères dans le choix des sociétés.

– Les fonds d’exclusion refusent d’être actionnaires des entreprises exerçant certaines activités ou pratiques jugées contraires aux convictions de l’investisseur: tabac, alcool, armement, jeux, pornographie, travail des enfants, expérimentation sur les animaux, etc. Les entreprises implantées dans un pays dirigé par une dictature ou celles menant des activités dangereuses pour l’environnement (nucléaire, trafic de ressources naturelles…) peuvent également être exclues. Ces fonds sont très répandus dans les pays anglo-saxons.

– Les fonds de partage rétrocèdent une part des bénéfices à des associations caritatives ou des ONG et sont, en règle générale, investis en obligations, dont la sélection peut faire l’objet de critères de responsabilité sociale.

– Les produits financiers solidaires financent des activités d’économie solidaire (entreprises d’insertion, de micro-crédit…).

L’ISR peut aussi prendre la forme d’un engagement actionnarial pour les investisseurs qui vont s’efforcer d’influencer l’entreprise sur des sujets sociaux ou environnementaux, d’abord par un dialogue discret et, s’il échoue, en portant le débat en assemblée générale. Cette exigence de certains actionnaires internationaux est un des facteurs qui poussent les entreprises à mettre en place une politique de responsabilité sociale, d’amélioration des pratiques, de transparence sur les impacts sociaux et environnementaux de leurs investissements, etc.

Une chaîne d’acteurs de l’investissement socialement responsable

L’ISR met en jeu quatre acteurs principaux:

– L’investisseur privé ou institutionnel, qui intègre de plus en plus des critères environnementaux, sociaux et de mode de gouvernance (ESG) dans ses décisions de placements tout en visant la rentabilité.

– La société de gestion qui construit et gère un portefeuille pour le compte de l’investisseur.

– Le fournisseur d’informations spécialisées sur la responsabilité des entreprises (agences de notation notamment).

– Les entreprises dont les titres composent les portefeuilles. La prise en compte des critères autres que financiers dans la recherche de performance répond autant à la volonté d’intégrer des préoccupations qualitatives liées à leur responsabilité vis-à-vis de la société, que de réduire leur prise de risques à moyen et long termes (par exemple, anticiper les risques liés à la pénurie d’énergies fossiles, à la pauvreté, au changement climatique, etc.).

À ces acteurs, s’ajoutent les États et organismes internationaux qui, par la réglementation, peuvent favoriser ou non les ISR; les consommateurs qui, en exigeant plus de transparence, incitent les entreprises ou les investisseurs à changer leurs comportements; les ONG qui mettent en cause les entreprises via de grandes campagnes médiatiques.

Créées à la fin des années 90, les agences de notation extra-financière évaluent et notent la politique de responsabilité sociale et environnementale ainsi que de gouvernance des entreprises, la plupart du temps pour des investisseurs. Elles sont une trentaine, localisées en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Elles travaillent à partir d’analyses des documents publics, de questionnaires spécifiques et de rencontres avec des responsables d’entreprises. Elles se sont développées dans deux types de structures: des organisations à but non lucratif (associations telles que CAER, Eiris) et des entreprises (Vigeo, Scoris, SiRi Company et divers cabinets de conseil spécialisés). [Débat]

Secteur en croissance

La progression de l’ISR est difficile à mesurer, les critères de comptabilisation variant d’un pays à l’autre. Tour d’horizon:

– En Angleterre, l’ISR est essentiellement calculé sur des fonds d’exclusion. Le marché est évalué à 781 milliards d’euros fin 2005. Part des investisseurs privés: 4% (2006).

– Entre 2004 et 2006, le volume du marché ISR canadien est passé de 65 milliards de dollars à 504 milliards au 30 juin 2006, soit près de 700% de croissance. L’ISR représente près de 20% des actifs sous gestion au Canada. Part des investisseurs privés: 60% (2006).

– Le marché australien de l’ISR atteignait un encours de près de 30 milliards de dollars au 30 juin 2006. Les fonds ISR en gestion collective ont connu, entre 2000 et 2006, une croissance de 3587%. Ce sont les investisseurs institutionnels, et notamment les organisations religieuses et les caisses de retraite, qui dessinent le marché ISR australien avec 75% des encours. Les approches dominantes sont la sélection et l’exclusion d’entreprises, avec un fort développement de l’engagement actionnarial.

– La France est passée de 8,8 milliards d’euros fin 2005 à 16,6 milliards d’encours fin 2006, avec des critères s’appuyant principalement sur la sélection positive. Part des investisseurs privés: 37% (2006).

– L’Espagne s’est envolée avec une augmentation de près de 2000%, passant de 79 millions d’euros en 2003 à 1,5 milliard à fin 2005. Part des investisseurs privés: 3% (2006).

– Dans les économies émergentes, notamment Brésil, Malaisie, Afrique du Sud, Corée du Sud, Taïwan et Thaïlande, les fonds éthiques représentent environ 0,1% du marché ISR mondial, l’encours le plus important concernant la Corée du Sud (2,17 milliards de dollars). Une dimension éthique par l’exclusion se développe dans des pays où la finance islamique progresse considérablement comme en Malaisie.

Les agences de notation réalisent des audits afin d’établir un comparatif des performances extra-financières des entreprises et établissent une note globale sur la base de critères pondérés. Des banques et sociétés de gestion mettent également en place leurs propres systèmes d’évaluation et de sélection des ISR. Certaines agences de notation se sont associées à des fournisseurs d’indices boursiers afin de créer des indices spécifiques ISR (Aspi Eurozone, Dow Jones Sustainability, FTSE4Good, parmi les quatorze existants). L’appartenance à ces indices est surtout utilisée comme un atout de communication par les entreprises, permettant de valoriser leurs politiques de développement durable.

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