Un kilo de déchets par jour et par personne

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déchets

En France, presque un milliard de tonnes de déchets sont générés chaque année, un volume qui augmente plus rapidement que le PIB. Qu’en faire ? La mise en décharge ou l’incinération posent chacun leur lot de problèmes. Aussi, l’idée est de recycler et de réduire à la source grâce à une meilleure conception des produits.

En France, chaque personne produit près d’un kilogramme de déchets par jour : 353 kg/habitant et par an. Soit 28 millions de tonnes par an en 2004. (1)

Mais à ces déchets ménagers, il faut ajouter ceux issus des collectivités et des entreprises qui atteignent 104 millions de tonnes et ceux de l’agriculture et des mines. En tout, ce sont 849 millions de tonnes de déchets qui sont générés chaque année en France.

Actuellement, 49% des déchets municipaux de l’Union européenne sont mis en décharge, 18% sont incinérés et 33% sont recyclés ou compostés.

Décharges

La solution la plus simple avec les ordures est souvent de les stocker dans des décharges. C’est la destination principale des déchets : aux Etats-Unis (54% en 2005), au Mexique (97% en 2006), en Australie, en Chine, dans le sud de l’Europe ainsi que dans les pays en développement. (3)

Ces décharges peuvent prendre des proportions monstrueuses. La plus grosse décharge à ciel ouvert d’Europe s’étend sur près de 80 hectares, à Entressen, près de Marseille. Elle reçoit chaque jour, entre 70 et 100 wagons remplis d’ordures, soit plus de 1200 tonnes de déchets divers. (4) (voir encadré et vidéo)

L’amoncellement de millions de tonnes d’ordures crée de multiples nuisances: odeurs, dégagement de méthane, jus chargés de polluants s’infiltrant dans les sols ou coulant dans les rivières. Avec pour conséquence de dégrader les espaces naturels, les sites, les paysages ou encore les sols.

Les décharges, surtout quand elles sont mal surveillées ou entretenues, posent également des problèmes de santé aux populations avoisinantes, sans parler de ceux qui vivent dans ou de ces décharges, comme c’est le cas dans de nombreux pays en développement. Ainsi, plus de la moitié des enfants vivant à proximité de la décharge de Dandora, près de Nairobi au Kenya, présentent dans leur sang des taux de plomb excédant les niveaux internationalement acceptés ou souffrent de maladies respiratoires.

L’incinération des déchets

L’incinération est une autre solution, privilégiée notamment par le Japon, Singapour et Taïwan, en raison du manque d’espace dédié au stockage des déchets. (6) Elle permet fréquemment de récupérer de l’énergie. Par exemple, sur les 13 millions de tonnes incinérées en France, 95% font l’objet d’une valorisation énergétique. (7) Une unité de valorisation de 100 000 tonnes produit autant d’électricité que 20 éoliennes de 1MW (mégawatt), ou que 40 hectares de panneaux solaires photovoltaïques. (8)

Cependant, l’incinération a ses inconvénients. Un rapport des Amis de la Terre du Royaume-Uni montre que les incinérateurs producteurs d’électricité génèrent 33% de plus de CO2 par kWh (kilowatt/heure) qu’une centrale électrique au gaz naturel. (9) Surtout, la combustion produit des résidus dangereux (contenant des métaux lourds, des dioxines, etc.), quoique dans des proportions différentes selon les technologies d’incinération. Ils pourraient causer cancers, malformations congénitales et dysfonctionnements de la reproduction. (10)

Le recyclage des déchets

Une alternative est bien entendu le recyclage. Celui-ci permet d’économiser de l’énergie et des matériaux, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Le recyclage, qui nécessite des infrastructures et la participation des citoyens, est pratiqué dans des proportions très variées selon les pays. Aux Pays-Bas, 80 % des déchets municipaux collectés sont recyclés ou compostés, 60 % en Allemagne et Autriche, mais seulement 19 % en France, et 9% en Pologne ou en Grèce.

Le compostage représente une infime part du traitement des déchets (18 millions de tonnes dans les pays de l’Union européenne), alors qu’il pourrait concerner entre 15 et 20% des déchets organiques produits par les ménages. (12)

Le réemploi, pratiqué principalement dans les pays en développement, a été lancé au Québec en 2000 et commence à se faire connaître en France et en Belgique, avec notamment une ressourcerie parisienne qui a ouvert en juin 2007. (13) C’est l’option la moins coûteuse et la moins polluante.

Zéro déchet

Il possible d’aller plus loin encore dans la gestion des déchets. La première piste est de minimiser à la source, dès la conception du produit, son impact environnemental. Quelques mesures très simples ont ainsi permis, pour les emballages ménagers, d’en réduire le tonnage global de 5% entre 1994 et 2006 en France, tandis que la consommation, mesurée par le PIB, augmentait de 30%. (14)

Encore mieux, la Nouvelle-Zélande, les villes de San Francisco et de Kamikatsu au Japon, se sont engagés dans la voie du « zéro déchet » : plus aucune mise en décharge et 100 % de recyclage d’ici 15 ans à 20 ans. (15) Pour ce faire, il faut pousser les logiques de l’éco-conception et du recyclage toujours plus loin. Ce qui peut être difficile et coûteux… (16)

Les déchets dangereux

Les déchets dangereux sont définis par la convention de Bâle qui fixe également les règles de leur élimination. [voir Fiche] D’après l’IFEN (Institut français de l’environnement), l’activité économique en France a produit 9,1 millions de tonnes de déchets dangereux en 2004 (déchets de l’agriculture, sylviculture et pêche exclus) (16) et 400 millions de tonnes seraient produites annuellement dans le monde. (17) Ces déchets suivent des traitements spécifiques: récupération par régénération pour les solvants et huiles usagées, combustion par exemple dans les cimenteries, élimination par incinération ou traitements physicochimiques. Mais plus de la moitié n’est pas traitée et est stockée, au mieux, dans des décharges contrôlées. Une partie est directement rejetée dans le milieu naturel.

Hors-la-loi

La législation beaucoup moins contraignante des pays en développement incite certains producteurs de déchets à les exporter. Parfois même de manière illégale.

Ces déchets sont souvent déversés sur des terrains non contrôlés, en périphérie des villes, et menacent la santé des populations. Ainsi, quelque 500 tonnes de déchets chimiques ont été déversées en 2006 dans plusieurs zones voisines d’Abidjan ce qui a entraîné la mort de 8 personnes. Près de 85 000 personnes ont été hospitalisées. (18) Selon le rapport de Greenpeace, tous les ans, environ 70 % des 40 millions de tonnes de déchets d’équipements électroniques et électriques (DEEE) du monde sont envoyés en Chine.

Mais ce genre de situation n’est pas que l’apanage du Sud. En Italie, la Camora a pris le contrôle du traitement des ordures et la ville de Naples a vécu dans les déchets pendant plusieurs mois de crise, en 2008.

Elle existe depuis 1912 : la décharge d’Entressen, s’étend actuellement sur 80 hectares en un lieu très exposé aux vents de la commune de Saint-Martin-du-Crau, non loin de Marseille. Elle reçoit quelque 500 000 tonnes d’ordures chaque année en provenance de la ville phocéenne et des communes environnantes.

La décharge aurait dû fermer en 2002, puis en 2006, mais continue à fonctionner et a même été modernisée. En effet, l’incinérateur qui devait la remplacer est très contesté, sa construction ayant même été annulée en 2005. La situation évolue donc très lentement tandis que les autorités locales ne parviennent pas à trouver une solution qui satisfasse les citoyens.

Notes et références
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