Aquaculture : du poisson d’élevage plein nos assiettes

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 5 minutes  

aquaculture

Près de la moitié des produits de la mer consommés dans le monde provient de l’aquaculture. Avec la diminution des volumes de pêche et une demande en poisson toujours plus forte, le secteur jouit de la plus grande croissance de toute l’industrie alimentaire et brasse aujourd’hui 78 milliards de dollars dans le monde. Si l’aquaculture peut aider à lutter contre la faim dans les pays en voie de développement, elle est aussi le vecteur de nuisances environnementales : eutrophisation, contamination chimique, espèces invasives etc.

L’aquaculture englobe toutes les activités de culture de plantes et d’élevage d’animaux d’eau continentale (douce ou saumâtre) ou marine. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 43% du poisson consommé dans le monde en 2005 provenait de fermes aquacoles, contre 9% en 1980, ainsi que 22% des mollusques et 6% des crustacés, ce qui représente une augmentation de 8,8% par an depuis 1970. L’ensemble de la production aquacole mondiale était de 63 Mt pour une valeur de 78 milliards de dollars. 92% de la production est réalisée par les pays d’Asie et du Pacifique, dont 70% par la seule Chine. Les pays d’Europe de l’ouest assurent 3,54% de la production. Et sur les 11 millions de fermes aquacoles recensées, 95% se situent en Asie.

La croissance de l’aquaculture au cours des dix dernières années (+124% en volume) a été légèrement plus soutenue dans le domaine des élevages en eau douce que dans celui des élevages marins. Les premiers fournissent 60% de la production aquacole, principalement des poissons. L’aquaculture marine est surtout orientée vers la production de coquillages (au moins 70% en volume), les crustacés représentant environ 10% des apports de la mariculture, les poissons environ 16%. Les poissons d’élevage sont nourris avec des aliments issus de la pêche dite minotière, qui représente un quart des prises mondiales (22 millions de tonnes) et fournit, après transformation, 6 Mt de farine et 1 Mt d’huile.

L’aquaculture est le secteur de l’industrie alimentaire qui affiche la plus forte croissance au monde. Il y a deux raisons à cela. D’une part, la demande en protéines de poisson ne cesse d’augmenter, compte tenu de la croissance démographique mondiale et d’une alimentation se tournant de plus en plus vers les produits de la mer. À l’échelle mondiale, la consommation moyenne de produits d’origine aquatique a été de 16,5 kg par personne par an en 2004 dont 12,3 kg de poissons, avec un maximum de 187 kg pour un habitant des Maldives, 66 kg par habitant pour le Japon, 26 kg pour l’Union Européenne et la Chine. D’autre part, les produits de la pêche diminuent, les écosystèmes étant arrivés au maximum du potentiel de prélèvement pour de nombreuses espèces. Les prises de poissons de mer fluctuent autour de 80 à 90 millions de tonnes par an depuis le milieu des années 80, et, selon une étude récente, celles-ci diminuent depuis plus d’une décennie.

Contribution de aquaculture à la «sécurité alimentaire»

L’aquaculture offre une nourriture riche en protéines, en acides gras essentiels, en vitamines et minéraux. Environ 56% de la population mondiale tire du poisson au moins 20% de son apport en protéines animales et, dans certains petits pays insulaires, cette dépendance est pratiquement totale. 90% de la production provient de petites fermes piscicoles familiales. Les poissons d’eau douce représentent plus d’un poisson de ferme aquacole sur deux. Ce sont essentiellement des carpes, produites en Chine et en Asie. Les pays de l’Europe de l’ouest fournissent 55,6% des salmonidés, d’une valeur marchande plus élevée. Dans les pays en développement, l’aquaculture améliore la sécurité alimentaire et contribue à la réduction de la pauvreté. Elle procure du travail et des moyens de subsistance à des millions de personnes. En Asie, elle offre un emploi direct à quelque 12 millions de personnes, dont 4.000.000 en Chine et 700.000 au Vietnam.

Impact environnemental de l’aquaculture

L’impact de l’aquaculture sur l’environnement est très variable selon les méthodes d’élevage utilisées. Il se traduit de différentes manières.

– Pression croissante sur les pêches pour obtenir la farine et l’huile de poisson, principaux ingrédients des aliments destinés aux espèces carnivores et omnivores (saumons, mérous, dorades…). L’aquaculture consomme 53% du marché des farines, et 87% de la production mondiale d’huile. La production d’un kg de poisson d’élevage nécessite de 1,2 à 5 kg de poissons pêchés en milieu naturel, selon les espèces et les implantations.

– Accumulation de sédiments provenant de la concentration animale et des excédents de farine, conduisant à l’enrichissement en éléments nutritifs et organiques des eaux réceptrices et des risques d’eutrophisation des lacs ou des zones côtières (prolifération d’algues, chute de l’oxygène disponible…). L’aquaculture intensive produit 110 kg d’azote par tonne de poissons et 12 kg de phosphore.

– Contamination de l’environnement et des espèces sauvages par les médicaments et substances chimiques employés dans l’élevage (antibiotiques, hormones, pigments, vitamines, herbicides).

– Transmission d’agents pathogènes aux espèces sauvages par les espèces introduites.

– Concurrence pour les ressources avec dans certains cas leur épuisement (en eau, par exemple).

– Risques liés à la fuite de poissons d’élevage (dérive génétique, interactions écologiques avec des poissons sauvages, comportements encore mal connus des espèces exotiques).

– Menaces sur les mangroves grignotées par l’implantation à leurs dépens de fermes aquacoles industrielles. La surface des bassins d’élevage abandonnés dans le monde est estimée à 250.000 hectares.

– Contribution aux émissions de gaz à effet de serre, 450 kg de carbone par tonne de poissons produite.

Tous ces facteurs peuvent menacer la biodiversité ainsi que les communautés benthiques, animaux qui vivent au fond de l’eau.

Des études ont été menées en Norvège (Erik Petersson, direction nationale de la pêche de Suède, pour le Dossier de l’environnement de l’INRA n° 26), dans les élevages de saumon de l’Atlantique. Chaque année, plusieurs centaines sortent des cages. On estime que pendant la période 1989-1996, les poissons d’élevage échappés représentaient 34 à 54% des captures le long de la côte. En plus de la concurrence pour la nourriture que cela entraîne avec les saumons sauvages, cela les perturbe dans leur cycle de reproduction. Les évadés fraient plus tard et abîment les nids de leurs congénères sauvages. Et comme ils ont un taux de reproduction plus faible, ils ne compensent sans doute pas ce qu’ils détruisent.

Media Query: