Guirec Soudée : « Ce que l’océan m’a appris de plus précieux, c’est le respect et l’humilité »

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Crédit photo : Voyage d’Yvinec

Guirec Soudée est un aventurier. En 2015, il traverse l’Océan Arctique à bord de son voilier, avec sa poule Monique, fidèle compagne des mers. Au contact de l’océan abimé par l’empreinte de l’Homme, il prend conscience de l’urgence du combat contre la pollution et le réchauffement climatique. Un périple qui le conduira à créer l’association « Voyage d’Yvinec » et à écrire le livre pour enfants « la Transatlantique de Monique ». Nous nous sommes entretenus avec ce couple d’aventuriers atypiques.

Pourquoi avoir entrepris ce voyage ?

Je suis né en Bretagne sur une petite île appelée Yvinec. Dès mon plus jeune âge, j’ai été mordu par l’aventure au détriment de mes études. 13 établissements scolaires plus tard, à 18 ans, j’ai décidé de quitter les bancs de cette école qui m’ennuyait pour assouvir mes envies d’ailleurs. Un peu trop téméraire, je suis parti en Australie avec seulement 200 euros en poche, sans parler un mot d’Anglais. Dès mon retour en France, j’ai acheté avec mes économies un bateau à voile baptisé Yvinec, en souvenir de l’île sur laquelle j’ai grandi.  Avec lui j’ai décidé de partir à l’aventure, en solitaire.

Comment s’est déroulé ce périple sur les océans ?

En Mai 2014, ma poule Monique et moi avons traversé l’Atlantique en 28 jours et 25 œufs ! Puis nous avons repris la mer direction l’Océan Arctique et ses montagnes de glace.  J’entretenais depuis longtemps l’idée d’entreprendre un hivernage. C’est ce que nous avons concrétisé au cours de l’Hiver 2015/2016 à bord de mon voilier pris dans la banquise du Groenland sans assistance, ni moyen de communication en totale autonomie. Et on a réussi ! La banquise nous a délivrés en avril dernier, 130 jours et 106 œufs plus tard.

Quel genre d’obstacles avez-vous dû affronter ?

La météo n’a pas toujours été sympa avec nous. Impuissant, coincé par la banquise, à la merci des éléments souvent déchainés, j’ai craint de nombreuses fois perdre mon bateau. Si cette aventure était à refaire, je m’y préparerais certainement autrement. Le premier village n’était pas accessible par les terres et se trouvait à 20km à vol d’oiseau, en cas de problème sérieux, j’étais seul. Néanmoins, j’en ai beaucoup appris sur moi. Dans ces moments extrêmes où l’on ne peut compter que sur soi, nous puisons dans des ressources dont on n’oserait s’imaginer capable. Nous sommes beaucoup plus forts que ce nous pensons !

12032460_10153057048241034_536930368_nPourquoi avoir décidé d’emmener votre poule Monique avec vous ?

L’idée de cohabiter avec une poule m’amusait, mais mon entourage m’en a découragé pensant qu’elle ne survivrait pas. C’est un peu plus tard lors de l’une de mes escales que des amis m’ont offert Monique. Ça a été le coup de foudre immédiat. Momo, c’est une super poule qui a la patte marine ! Je l’ai emmenée à la pêche, faire du surf, du paddle… Aujourd’hui, je peux vous affirmer que manger du poisson frais, c’est son sport favori ! Malgré ses innombrables bêtises, ma poule est une présence essentielle et amusante. Un véritable compagnon de mer pour les traversées qui peuvent durer plusieurs semaines parfois.

Vous passez vos journées à voguer sur les océans…Que vous ont-ils appris de plus précieux ?

Petit, je contemplais l’océan avec envie, sans le comprendre. Sur mon bateau, j’ai appris à faire corps avec lui, à le respecter. En navigation, il faut apprendre à être économe : gérer l’utilisation de son eau, rationner sa nourriture, conserver ses déchets. Nous sommes si petits dans cette immensité qui nous offre ces richesses, et que nous ne respectons pas toujours. Pourtant la planète Terre est recouverte de plus de 72% d’eau. Les océans, c’est un peu le poumon bleu de notre planète, on vient de là, on lui doit tout. La surpêche, l’épuisement des ressources, la pollution, le réchauffement climatique sont des causes pour lesquelles nous devons lutter et réagir au quotidien. Cette prise de conscience, je l’ai eue sur la mer. Ce que l’océan m’a appris de plus précieux, c’est le respect et l’humilité. La nature est plus forte que nous, c’est donc à nous de nous adapter à elle.

Ce voyage est-il lié à des questionnements sur l’environnement que vous auriez pu avoir ?

Non au départ ce voyage, c’était mon école, l’école de la vie.  Mais vivre en harmonie avec la nature, ça vous fait réfléchir, à qui nous sommes, notre rôle sur cette planète, notre façon de l’exploiter, comment la protéger… C’est pour cela que j’ai décidé de monter mon association il y a 8 mois. « Voyage d’Yvinec » organise des projets de navigation afin de sensibiliser le public aux enjeux liés aux océans et à leur protection. Elle participe également à des missions scientifiques ayant pour objectif d’assainir les espaces marins.

Quel a été le moment le plus marquant de votre périple ?

Sans hésitation lors de mon hivernage. Voir pour la première fois mon bateau pris dans la glace m’a procuré une sensation inexplicable. Qu’est-ce que j’étais heureux ! J’avais travaillé tout seul pour l’avoir ce bateau. Je l’avais retapé, remis à l’eau, et maintenant il était là au beau milieu de l’Océan Arctique.

L’empreinte de l’Homme sur les océans était-elle visible au cours de cette expédition ?

Malheureusement, j’ai observé de nombreux déchets, même en pleine mer, en particulier des plastiques. Dès que la météo me le permettait, je ramassais ce que je pouvais. Lors de l’une de mes traversées, j’avais entassé en une semaine de nombreux plastiques, une bouée et une barre métallique qui occupaient toute la place à l’extérieur de mon bateau ! Des études ont démontré que ce sont plus de 150 millions de tonnes de déchets de plastique qui flottent sur les océans. Ce chiffre est alarmant et pourrait doubler avec les années à venir si nous ne modifions pas urgemment nos comportements.

Quels sont vos projets ?

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Crédit photo : Voyage d’Yvinec

Actuellement, je répare et prépare mon bateau pour notre prochaine aventure : tenter de franchir le passage du Nord-Ouest. Ce passage maritime n’est praticable que depuis quelques années du fait du réchauffement climatique, il mesure environ 5000 km de long et relie l’océan Atlantique nord à l’océan Pacifique en passant à travers les îles arctiques du Grand Nord Canadien. Les chenaux étroits, les plaques de banquises dérivantes, les courants violents, les icebergs et les hauts fonds rendent ce passage périlleux, mais pour plaire à Momo je soulèverai les montages ! J’ai également pour objectif de traverser l’Alaska sans aucun moyen motorisé et de parcourir le Pôle Nord à pied ! En parallèle de cette expédition et en collaboration avec mon amie Virginie Nolen-Laissy nous avons écrit un livre pour enfant, qui sera édité très prochainement : La Transatlantique de Monique.

Propos recueillis par Chloé Schlosser

 

Pour suivre les aventures de Monique et Guirec : https://www.facebook.com/Voyage-dYvinec-Guirec-Soudée-264815366998831/

En savoir plus : http://voyagedyvinec.com

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